La chasse dans l'Allemagne nazie
Telles sont les lois de la recherche informatique dites de l’arborescence : vous creusez un sujet, la chasse sous l’Occupation en l’occurrence (paru ici dans le post du 18 janvier dernier) et vous en venez par inadvertance, à tomber sur ce qui se passait en Allemagne à la même époque ! On va le voir, cela intéresse un peu le chasseur d’aujourd’hui.
C’est vrai qu’il est assez piquant de constater que, si la chasse s’arrêta net chez nous sous l’Occupation (où nombre de fusils disparurent, confisqués…ou cachés mais à grands risques de déportation), en Allemagne elle continuait de fonctionner depuis 1934 sous une organisation rationnelle, structurée, encadrée…germanique quoi ! Nous avons parlé (voir archives du blog du 27 nov.2016) de l’esprit bien différent de la chasse allemande et l’arrivée d’Hitler au pouvoir voulut l’ intégrer fortement au parti nazi par une loi (Reichjagdtgesetz) créant une Ligue de la Chasse commandée par un « maître-chasseur du Reich » vieux titre datant du saint empire germanique, en la personne d’Hermann Goering, jusqu’à sa mort en 1945.
Paradoxalement, Hitler et la plupart des dignitaires du Reich détestaient la chasse (1), et cette loi qui toiletta et unifia la multitude disparate de pratiques qui s’étaient maintenues dans les divers états allemands donna les pleins pouvoirs à Goering qui lui était certes un passionné, mais guère regardant sur les règlements qu’il édictait. Depuis Guillaume II peu après le début du siècle, il n’y avait plus de vénerie, mais déjà une organisation disons « moderne » de la chasse avec stages pour obtention du permis de chasser, police des bois incluant le privé, et une fascination pour les trophées liée à « l’âme allemande », c’est-à-dire l’esthétisation disons « romantique » d’une réalité très prosaïque où la représentation s’oppose à l’action. En gros « on voit le gibier, on le tire, mais on continue l’action en l’admirant ensuite ».
C’est ce qui explique pourquoi la gestion du grand gibier avait atteint une dimension…qu’on commence juste à percevoir actuellement chez nous ! Plans de chasse, tir à balle, interdiction des chevrotines, analyse quantitative et qualitative du grand gibier tout ça était déjà là quand la loi de 1934 (2) intégra la chasse dans le cadre d’une société véritablement totalitaire dont la « vitrine » fut la grande exposition internationale de Berlin (1936-1937) : 500 000 visiteurs, 12 000 trophées exposés avec l’invitation de délégations étrangères qui virent 232 têtes de grand gibier (cerfs principalement), et près de 10 000 espèces autres abattues. Ci-contre à g. l'inauguration de cette expo.
Une organisation de la chasse qui éblouit même notre compatriote Maxime Ducrocq président à l’époque du conseil international de la chasse (1930-1949) disant que la chasse allemande était « la meilleure du monde » (3). A y regarder de plus près, on se rend compte que l’influence de Goering put non seulement y donner toute la démesure de sa paranoïa (uniformes chamarrés, grand cérémoniaux dans ce qui fut un véritable « état dans l’état »), mais aussi tenter de la ramener dans un fantasme bien d’époque, celui du culte et de la fascination pour « l’Urwild » soit les gibiers des temps anciens ou « germaniques » : bison d’Europe, aurochs, ours, loup, lynx, quitte à créer artificiellement (4), particulièrement en Pologne occupée, de vastes territoires où il tenta de réimplanter ces espèces disparues ou en déclin.
Dans la conscription liée à la seconde guerre mondiale, les chasseurs allemands rejoignirent particulièrement les Gebirgsjäger, corps de montagne (l’équivalent si on veut de nos chasseurs alpins) sous l’insigne de l’edelweiss suivant les traditions des Alpenkorps autrichiens et bavarois, unités auxquelles les prédisposaient la connaissance de ce terrain particulier et aussi l’emploi longue distance des armes rayées. Les délinquants cynégétiques qui existaient eux aussi en Allemagne rejoignirent la sinistre épopée des « chasseurs noirs » de l’unité spéciale Dirlewanger constituée en 1940 autour d’un petit noyau de 80 braconniers qui, paradoxalement dans les forêts de Prusse et de Pologne combattirent de la manière la plus atroce, les partisans…qui se taillaient des steaks dans les troupeaux expérimentaux de Goering, ci-contre à g. sonnant du cor. ! Côté armes de chasse, il faut retenir que les pilotes, au-dessus du territoire ennemi emportaient comme armes de survie…des drillings fabriqués à Sühl, cité armurière qui fournit également des « armes d’honneur » à la plupart des dignitaires nazis. L’amateur d’occasions devra se méfier de juxtaposés de toute origine (capturés en grande partie dans les pays conquis), tamponnés à Sühl marqués de l’énigmatique « dem erfolgreichen scharfschützen » (pour le succès du tireur) et signés Himmler soi-disant pour récompenser les tireurs d’élite. Il s’agit le plus souvent de faux.
1/Hitler, Hess, Himmler, Goebbels étaient tous, peu ou , végétariens. Himmler on le sait reçut comme arme d’honneur un Merkel 303 maintenant dans une collection US. Il existe certes une photo de lui en chasseur (ci-contre aux côtés de Heydrich autre nazi de sinistre mémoire au centre) mais sans qu’on soit sûr qu’il ait beaucoup pratiqué…étant myope comme une taupe !
2/ Cette loi, ne fut en rien « nazie » car elle fut reprise sur ce qui se faisait en Prusse, présidée par Otto Braun, lui-même chasseur dans un état à l’époque socio-démocrate. Elle fut mise en œuvre par le forestier Ulrich Scherping. Goering (1893-1945), ne fut semble-t-il dans sa jeunesse chasseur…que dans l’aviation ! Il délégua l’aspect technique à l’équipe Scherping, se servant de la chasse pour son ambition personnelle et mener une vie de Patachon !
3/ Guère politique, plutôt d’experts, cette loi ne fut pas exempte d’erreurs, notamment en privilégiant, pour cause de trophées, uniquement le cerf, par rapport au chevreuil . Tout ça a été corrigé par une nouvelle loi, cette fois de 1952, et la chasse allemande est certes de nos jours exemplaire, mais avec quatre fois moins de chasseurs que chez nous. Il est à noter que les « verts » actuels critiquent la chasse allemande comme héritière de ce legs historique embarrassant, d’autant plus que l’Allemagne nazie put fut précurseur de la « cause animale » en pointe notamment contre la vivisection, alors que les pires expériences, cette fois sur l’humain, eurent lieu dans l’univers concentrationnaire ! Le débat est loin d’être clos…
4/ Goering s’annexa des pans entiers des forêts primaires de l’Est, notamment pour tenter de réimplanter l’aurochs (disparu en 1700) que tentèrent de ressusciter pour lui les frères Heck directeurs du zoo de Munich.




