Browning : 2000 euros pour un B25 d'occase...ou un B 725 neuf ?
C’est l’esprit de ce site, pas trop interactif certes, (pour éviter les trolls ou les digressions interminables), mais qui propose néanmoins soit des réponses directes via les adresses mails quand le sujet le mérite, ou collectives s’il peut intéresser le plus grand nombre. Quand on m’a demandé « faut-il acheter un Browning B25 d’occase ou un B 725 neuf pour la même somme (2000 euros en gros) ? » mon sang n’a fait qu’un tour et j’aurais presque répondu instinctivement… « foncez sur le B25 », avant finalement d’y réfléchir à deux fois, et de creuser un peu plus le petit sujet que nous vous proposons aujourd’hui.
Avant, faut un peu situer le débat non ? Le Browning B 25 ce fut chez les anglo-saxons « the superposed », l’archétype du superposé cogité par J.M.Browning peu de temps avant sa mort, mis au point en 1926, sorti et commercialisé en 1931. Assez paradoxalement, il n’était absolument pas conçu à ce moment pour être une arme de luxe, mais plutôt coller au marketing de l’époque : faire un superposé solide, encore accessible face à une production de masse balbutiante en ce domaine, ou intouchable financièrement chez les artisans britanniques (Boss, Woodward, Purdey, etc.) tenant le haut du pavé de l’armurerie mondiale. Qu’on en juge, à sa sortie il coûtait à peine plus cher que le fameux Auto 5 ! Or, quand ces derniers mythiques « automatiques » se vendaient au temps bien oublié maintenant de 8000 Francs…le B25 triplait ce prix !
Que s’était-il passé entretemps ? Le B 25 est certes un fusil artisanal de haute qualité. Ses canons non chromés étaient rectifiés à la pierre, il était possible d’en décliner des armes de luxe plus ou moins évoluées à la demande. Son âme de 18.3, bien adaptée aux versions trap permettant également aux chasseurs de tirer hors saison et la réussite de Michel Carrega, plusieurs fois champion du monde avec, illustrant au besoin la réputation d’être capable d’encaisser des milliers de cartouches.
Le montage demi-bloc (1) de ses canons étant déjà un argument à lui seul, son équilibre faisant oublier son poids (toujours plus de 3,250 kg en 12) loin du « light » de maintenant, avec une bascule haute pas encore passée de mode (2) et non trempée donc plus souple au coup de feu, gage de fermeture et de longévité, également utile pour rebronzer ensuite. Le B 25 a toujours eu la réputation d’un fusil « facile », peu technique au tir de chasse comme de sporting, la seule critique, bien évidemment corrigée depuis, étant la relative longueur des départs dont ses aficionados finirent même par faire…une qualité ! Contrairement au tir à la cible, les départs « longs » sur les planches pouvant corriger les défauts de la plupart des tireurs débutants qui amorcent leur swing à la voix, et non au départ réel du plateau.
Le B 25, produit à Herstal connut pour le marché US des grades (lightning, standard, pigeon, diana, midas) moins raffinés que ceux destinés à l’Europe, même s’ ils avaient également accès aux commandes spéciales. De nos jours, le B 25 neuf n’est plus produit à Liège que par le Custom shop (devenu depuis peu J.M.Browning collection) aux prix (16000 euros mini) des armes fines, mais il est toujours très recherché et disponible en occasion à des prix bien plus accessibles d’où la fameuse question qui a légitimé cet article. Pour nombre de chasseurs, il n’y a qu’à voir les réactions sur le Net, c’est encore la référence en superposés, le fusil qu’on a et qu’on aime…ou celui qu’on n’a pas encore, et dont on a envie ! Vous l'aurez deviné, l'auteur fait partie de la seconde catégorie...
Le problème c’est plutôt sa descendance qui donne un peu le tournis et embrouille la donne. La FN sortit assez rapidement un B26 (appelé aussi « Liège ») en étant dérivé mais à coûts réduits : bascule réalisée par microfusion, verrouillage simplifié, longuesse démontable (contrairement au coulissant non amovible du B25), ajustages non manuels. On en fit bien sûr des versions chasse, parcours, et skeet. Il y eût même dans la même veine un B27 fabriqué au Portugal. Après, c’est le Japonais Miroku qui s’attela à la longue série aboutissant à l’actuel 725. Le 125 qui n’est plus fait depuis longtemps, une copie bon marché du B25, mais peut-être plus solide encore avec sa potence de bascule non rapportée mais taillée dans la masse de la première. Le B 325 est un 125 simplifié conservant un demi-bloc à came d’armement fixe et devant classique ; le 425 idem mais à canons frettés (3) ; le 525 un 425 aux finitions différentes notamment avec les chokes Invector plus, c’est une arme de conception moderne industrielle assez près du système original d’excellente qualité et aux canons chromés ; le 625 n’est jamais sorti en Europe sachant enfin que toute la série 325-425-525 se diffusa sous le nom « Citori » aux Etats-Unis. Toutes ces séries alignèrent petit à petit des bascules plus basses et un équilibre différent qui a pu rebuter les puristes. Le 725 actuel est un hybride réunissant la somme de toutes les dernières technologies de la gamme, et au prix…la boucle est bouclée…de 2700 euros…là où on commence à trouver des belles occasions en B25 !
En surfant sur le Net, il faut savoir qu’il y a eu des copies de B25, des basiques retravaillés pour faire croire à des grandes supérieurs et l’offre varie de 1000…à 10 000 euros ! Méfiance donc. On dit que les B25 d’avant 1976 étaient meilleurs car fabriqués par Herstal à 100% firme dont, depuis 1963 tous les canons chambrés 70 bénéficiaient de l’épreuve supérieure à 1200 bars. Il est assez facile (grâce au site Browning.com/customerservice) de retrouver les années de fabrication, et le rétreint des canons obéit à la codification suivante : *(astérisque) égale full ; *- (astérisque et tiret) = ¾ choke ; ** = demi ; **- =quart ; **S = skeet ; *** lisse ou cylindrique. Pour les amateurs, ne pas oublier que les vieux Miroku de trente ans et plus (MK 38 par exemple) avaient été copiés sur le B25…suffisamment bien pour que la firme belge lui confie ensuite, jusqu’à nos jours, l’exécution de sa production décentralisée au Japon de toute la série des 325-725 ! Et là aussi il y a sûrement des occasions à faire…
1/C’est le montage des armes fines : canon, bascule et verrou dans une seule pièce, plus coûteux et compliqué à fabriquer mais infiniment plus solide dans le temps.
2/ La bascule haute est sans doute moins élégante, mais répartit bien le poids un peu au-dessus du pontet, juste au centre de gravité de l’arme. Essayez par exemple un Merkel 303 qui en est un peu l’archétype : c’est un modèle d’équilibre et pourtant il pèse le même poids que certains « automatiques » aux allures et au poids mal réparti vers l’avant d’une « pelle à tarte » !
3/Les canons assemblés à force dans une seule pièce bascule-verrou, industriellement plus facile à produire en masse.




