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20 mai 2017

Souvenirs de chasse : faut tout garder !

Dédions cette petite rêverie à trois anciens de notre société qui, l’âge venu  -et ils se reconnaîtront ici sans peine- arrêtent la chasse en cette fin de saison. Sous ce titre nous voulons parler, des ambiances, des petits moments, des objets, des vieilles nippes qui évoquent les souvenirs et les regrets qui émaillent une longue vie de chasseur.

nature

Notre coeur s’en remplit, s’en nourrit sans jamais être rassasié. C’est un rêve vécu toujours trop court à présent qu’il est en passe de se terminer, et toutes ces petites choses le prolongent. Le carnet de tir en fait partie, il classe et date, toutes ces indications, de lieux de dates, de personnages rencontrés renvoie vers des odeurs, des images d’instants  inoubliables  :  une période où les « gris » abondaient dans les cultures. Les compagnies groupées ne se levaient pas au diable bouilli et où si on voulait tuer son lièvre, il n’était pas nécessaire de découpler une meute entière car un épagneul  un peu broussailleur et débrouillard y suffisait. Mis au carnier, le gros capucin de sept livres vous tirait aux épaules, pesait sur les fesses, étranglait au col quand il fallait le trimballer sur des lieues, toute la matinée. Mais quelle satisfaction enfin chez soi au retour, belles oreilles pendantes d’un côté, longues pattes de l’autre,  voire le soir en le portant chez ceux  qui n’avaient pu être de la fête en ces temps où  les maîtres de maison aimaient à traiter les hôtes selon un usage moins banal que de nos jours. Le « miot » de café (« arrosé » cela va de soi) lançait l’évocation d’une journée épique agrémentée de tous les détails qu’on se plaît à commenter entre chasseurs. Car ils sont les prémices d’autres projets encore, pour tous les beaux jours à venir, et salués à l’avance en débouchant de derrière les fagots, venu du cellier tout proche, un vieux Bordeaux encore tout poussiéreux.

La modernisation et le remembrement sont passés par là, nos anciens chemins creux du Bocage sont des passages à demi perdus, mangés de ronciers, enclavés d’épineux buissons sous des voûtes de châtaigniers et de chênes qui ne laissent plus passer la lumière. Ce ne sont plus que de longs ravins, fondrières détrempées l’hiver, ornières desséchées l’été, éphémères abris pour nos faisans lâchés, impeccables remises  aussi pour l’implacable goupil qui aura ainsi à disposition tout à la fois le gîte et le couvert…

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Ah, se diront-ils, les heureux temps où en des pays divers s’en donnaient à cœur joie, nos mollets encore jeunes ! Pendu au clou, le vieux compagnon, le « deux coups » parfois hérité d’une ombre tutélaire depuis longtemps disparue évoque dans sa simplicité plus de justesse pratique que les modernes « machines à tuer ». Quelques cartouches étalées sur la table donneront quelques indications : voici du « six » pour nos ramiers de pays qui ne font jamais défaut en début de saison et véritables aubaines contre la maudite  bredouille en ces temps de disette. Nichant dans nos troènes, nos parcs et nos stades à raisons de deux ou trois couvées par an, ce sont ces familles qui se soudent fin septembre par bandes comptant une vingtaine d’oiseaux. Tous ces « roucouleux » se jettent sur la mer à peine entamée des premiers maïs qui, immanquablement, échappent à la voracité des ensileuses. Après, ils iront droit aux futaies qui offrent à leurs cousins migrateurs les fugitives escales où le chasseur patient et observateur, saura un peu plus tard, en octobre, les surprendre.

pointers noirs

Voilà maintenant du « deux » et quelques vieilles Brennekes patinées par l’âge souvenir des battues hélas  désormais abandonnées, le long combat de la chasse collective devant cesser…faute de combattants ! Souvenirs encore des retrouvailles bi mensuelles avec les chasseurs de la commune ou invités voisins, et de perspectives combinées comme des plans d’état-major, dès que le chevreuil pointa le bout de son museau il y a maintenant une quinzaine d’années. Fallait partir de bon matin, par des temps sombres qui ne présageaient rien de bon, et revenir  grisés par un succès parfois au rendez-vous et   tout simplement grandi parce qu’il était partagé avec d’autres, voisins de poste, amis par l'émotion du moment fort vécu ensemble, un peu comme en sport on devient tout à coup  « amis par la foulée ».

pexxix

Pour nous tous, nés dans l'après-guerre, le soir tombe et il sera bientôt comme vous, le temps de rentrer. C’est l’heure vague de la « brune » où des sentiments opposés se bousculent toujours dans l’âme d’un vrai chasseur : comment mettre fin à ce qui fut la passion d’une vie ? Amis, gardez vos bons  souvenirs des gens et des bêtes poursuivies, et ne regrettez rien ! Nous autres chasseurs, on ne croit plus qu’aux saisons parce qu’on sait qu’elles, au moins, reviennent toujours. On attend les belles soirées sans vent de la St-Georges (sinon, il  n’ y aura plus « ni cerises ni cormes » ce qui serait bien dommage n’est-ce-pas !), l’eau calme des étangs de l’ouverture au marais d’été que sillonnent les  rapides sarcelles, les vols lourds de palombes parées de bleu cendré en octobre…et la neige en hiver ! N’ayez crainte, elle viendra bien assez vite…

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