Finn 612, un concept sans cesse affiné
Le dernier salon IWA de Nuremberg vient de consacrer, avec le Finn 612 un concept d’arme modulable pas si nouveau que ça puisque, comme on va le voir, sur une idée française copiée par les Américains, ont rebondi les Finlandais qui ont ensuite transmis le bébé… aux Italiens. Mais examinons d’abord la bête.
Voici un fusil léger (3kgs en lisse, 3,2 en « combo » lisse-rayé, 3,5 en express), modulable qui permet de passer de la bécasse au sanglier sans changer de base. Même réflexes et repères pour épauler, il suffit, sans outils spécifiques de changer de canons. Pour le mixte on a privilégié le rayé en position haute dans tout un tas de calibres disponibles (1). Son canon rayé qui vient de chez le réputé Lothar Walter a la particularité d’être enveloppé dans un tube de carbone, et d’être réglable, ce qui vaut bien sûr également pour l’express. Pour le lisse il propose mono détente sélective, chokes amovibles longs, éjecteurs, mais c’est surtout sa bascule qui nous interpelle, nous autres bons français avec le Falcor ou le Petrik voire Darne dans ses versions luxe : il s’agit de canons montés sur tourillons, et d’un verrou en tuile dont nous avons déjà parlé ici (2), ce qui va nous permettre d’introduire la genèse de ce concept.
Le principe d’un superposé montés sur tourillons est ancien, avec l’armurier Pidault à Auxerre en 1885, mais le premier verrou supérieur en tuile est proposé en 1920 par un exilé tchèque Boniface Petrik qui crée deux sociétés pour exploiter son brevet néanmoins vite vendu à Damon et Cie, St-Etienne. Le but est de rapprocher le plus possible le verrouillage de la source d’effort au départ du coup, de limiter le porte à faux des verrous, et en annexe d’assembler moins de pièces mécaniques internes. Le fameux Damon Petrik est né, mais vite copié dès que les brevets arrivent à expiration par Remington qui sans doute agacé par le succès de Browning en Europe avec le B 25 met sur l’affaire un de ses ingénieurs confirmé (il est dans l’entreprise depuis 1912 !) C.Loomis. Sur ce principe de verrouillage haut en tuile, il conçoit en 1930 le Remington 32 un superposé « proudly U.S. » (ou vraiment et fièrement américain si on veut !) commercialisé deux ans plus tard. Le concept Petrik est amélioré mais en « lourd » pour faire des armes solides prévues pour des utilisations à haut volume qui aboutiront pour le sport au Remington 3200, mais aussi on l’a vu dans un dernier sujet évoqué plus haut, au Krieghoff K 32 et ses successeurs dont le fameux et renommé K 80.
Et la Finlande dans tout ça ? On retrouve le Remington 32 comme inspiration pour Valmet et son ingénieur Paavo Narinen en 1948, d’abord en calibre 16, puis à partir de 1950 en 12 sous le nom de modèle « Lion », puis Valmet 330 et 333. L’action de base du Finn 512 est identique au modèle R 32 de chez Remington, mais sans atteindre cependant le raffinement du Remington 3200 qui fera une immense carrière sur tous les pas de tir de sporting ensuite en Amérique du Nord, et plus confidentiellement en Europe. On retrouve l’orientation d’un fusil « lourd », renforcé de partout d’abord confidentiel puis peu à peu grand public avec le 412, mais surtout le Finn 512. Il s’agit de fusils lourds mais solides, le seul problème récurrent rencontré semblant avoir été des ressorts d’éjecteurs trop rigides et donc cassants, facile à résoudre pour un armurier compétent.
Le groupe Valmet (dissous depuis dans le conglomérat Sako-Tikka) qui avait déjà dans les années 60-70 construit par l’intermédiaire de Marocchi des superposés Savage 330 pour Beretta avait donc le contact avec cette entreprise transalpine qui fit aussi pour lui des carabines Tikka. C’est donc fort naturellement que Marocchi a pris en main depuis quelques décennies cette série 412-512-612 en améliorant les finitions et l’esthétique d’un concept finalement pas mal abouti depuis quelques décennies.
1/ Pour le tube rayé : 222 R, 223 R, 30-06, 308 W puis 6,5X55, 7X57, 8X57 JRS et 9,3X74 R.
2/ Nous avons expliqué la genèse du Krieghoff K 80 dans un récent envoi du 19 avril 2017, et du Damon Petrik dans la rubrique du 23 janvier 2015.



