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30 mai 2017

Où vont nos chasses rurales ?

La saison précédente est terminée, une autre va bientôt commencer et quelques questions se posent : combien de chasseurs encore en France, et pour combien de temps, voire comment ? Dans un âge (premier permis à l’aube des seventies) qui nous permet de regarder les choses avec un certain recul, tout n’est pas forcément sombre, mais il faudra sans doute chasser autrement.

paysage 1nantes

En quarante ans on a perdu la moitié de nos pratiquants et le petit million actuel (1) atteint à 50%, c’est-à-dire  l’ âge de la retraite ! C’est dire si la pyramide des âges ne nous est pas favorable. On le sait, (voir le compte rendu de notre dernière AG départementale), les nouveaux « jeunes » permis couvrent à peine la moitié des arrêts liés, il faut bien le dire, au grand âge des derniers chasseurs encore nés avant-guerre. C’est de cette époque que datait  le grand mouvement des associations (2), et un peu plus tard des ACCA nées de la loi Verdeille tendant à organiser une chasse essentiellement rurale, et pratiquée surtout par des ruraux. Nous y reviendrons dans le prochain envoi.

Avant même la population, c’est le paysage qui a évolué en deux décennies : celle de la modernisation qui, de 1955 à 1965 vit tous les chevaux disparaître au profit des tracteurs, puis en « deuxième lame » celle de 1975 à 1985, avec les remembrements qui  modifièrent  radicalement non seulement le biotope, mais encore la sociologie rurale. Là où il y avait 60 exploitants, vingt ans plus tard, il ne restait plus que 4-5 « gaéques », et comme chez nous depuis maintenant dix bonnes années, plus un agriculteur-chasseur sur la commune ! Cette nouvelle agriculture, déjà pas mal accablée par tous les soucis économiques que l’on connaît tous, (suffit de regarder « dans le poste » !) non seulement n’a cure de l’avenir du lièvre ou du faisan -et on peut les comprendre- mais généralement ne tolère plus la faune sauvage, ni les dégâts qui en résultent sur les océans de maïs qu’elle contrôle.

sdc

Les sociétés communales ou le peu qui en reste, menées le plus souvent par la génération de ceux qui avaient connu l’abondance de l’après-guerre se sont raccrochées, (après que le lapin eut totalement disparu lui aussi voire notre précédent envoi) aux lâchers, ersatz pour continuer de gambader encore un peu derrière les chiens « comme avant ». Elles se sont généralement focalisées uniquement là-dessus sans voir combien augmentait le budget pour un jeune permis (3), tandis que les territoires se « mitaient » progressivement sous l’action de la chasse dite « privée ». On l’a déjà dit ici, celle-ci, dans nos régions de Bocage,  ne fait que « priver » les autres de terrain sans rien faire de réel pour la chasse en général : pas d’entretien du paysage, de gestion cynégétique, de régulation des nuisibles…

On s’endormit là-dessus au moment où la pression sociale sur la chasse commença à basculer (après 1981 et le tournant « écolo ») dans le mauvais sens, en comparaison par exemple avec ce qu’on peut voir dans d’autres grands pays de chasse et d’activité nature (4). Accidents, mouvements contre la souffrance animale (abattoirs, fermes intensives), végans et autres fariboles qui ont pignon sur rue dans ce qu’on appelle « les mouvements sociaux » (désormais majoritaires en termes de déplacements  d’opinion depuis dix ans dans le pays), n’ont fait qu’accentuer la tendance. En public, on a presque honte à se dire chasseur sans être regardé, au mieux comme un attardé égaré dans un monde nouveau, au pire comme un dangereux psychopathe (5). Attention donc sur cette « toile »…de ne pas en faire une comme on dit au foot, par une communication désastreuse : « exploits » discutables filmés en direct par des chasseurs irresponsables, voire reportages à l’influence déplorable sur les chaînes spécialisées.

Le chasseur  devrait pouvoir défendre à  armes égales avec ses détracteurs une position pourtant acceptable par l’opinion. Celle d’un retour entre conscience et nature par la transcendance de sentiments anciens profondément inscrits au cœur de l’homme, même par rapport à l’animal et à tous les débats actuels sur son supposé « bien-être ». Le chasseur qui lui est confronté le sait bien, même avec ses armes, il n’est presque jamais à égalité avec lui tant il sait déjouer ses ruses et ses pièges. Il est à même de comprendre et d’expliquer  la Nature « de terrain » car c’est lui qui pratique vraiment l’écologie au jour le jour. Il exerce aussi la responsabilité exorbitante de porter une arme et de donner la mort, expériences qui ne sont plus données, dans notre société, qu’aux seules forces de l’ordre. Ce qui implique des devoirs qu’il faut assumer et savoir expliquer et défendre, car ils ne font plus partie dans nos sociétés aseptisées, ni du domaine de l’humain qui était autrefois partagé par tous dans nos campagnes, qu’il s’agisse pour nos pères de tuer le cochon, ou pour nos mères de préparer le rôti dominical.  C’est cet instinct -qui en quelque sorte aurait « mal tourné »- que renvoient contre la société quelques esprits dérangés par la violence virtuelle (celle du net ou des jeux vidéo), et bien sûr du terrorisme porté, lui, par des idéologies délétères, religieuses ou non. Tiens, comparez par exemple les taux départementaux de criminalité violente avec ceux du nombre des permis, et vous verrez bien que chasse et violence gratuite n’ont rien à voir.

chasse à courre

L’exemple de la vénerie, notre mère à tous, pourtant si ancienne et décriée (avec des opposants encore plus résolus et violents que les nôtres !) devrait nous éclairer. Elle ne s’est jamais si bien portée ! Elle a su communiquer, s’allier par force du fait de l’organisation complexe qu’elle nécessite au monde du cheval, des chiens, de la photographie animalière dans un débat pourtant impossible avec ses détracteurs,  car il est assez similaire avec celui de la corrida  mettant  en face deux réflexions irréconciliables : la morale contre l’esthétique et la culture. Mais chacun sait que si la morale devait s’imposer partout dans notre société, la vie serait quasiment impossible ! Qu’on aille déjà voir un peu du côté de la politique pour s’en faire une idée : quelques « affaires » récentes et le débat entre le « légal » et le « moral » l’ont largement démontré…

 Les arguments de la vénerie ont donc porté, celui d’une forte éthique (un animal pris sur quatre chassés en gros), montrant que ce prélèvement, somme toute mesuré, analysé, débattu, n’est que prétexte à un fort rapport à la Nature et au Social. On ne peut que recommander à tout chasseur de suivre au moins une fois dans sa vie cet engouement de gens de tous milieux pour un spectacle gratuit fortement encadré par des usages et des traditions anciennes. Au-delà du spectacle et d’un cérémonial suranné, tout chasseur en reviendra transformé, notamment sur certains préjugés que mettent en avant des détracteurs qui, la plupart du temps… n’y ont jamais mis les pieds !

Notre chasse rurale a changé : plus de petit gibier, peu de lièvre, une tendance fédérale louable mais qui sera difficile à mettre en œuvre vers les souches de faisans sauvages, mais surtout maintenant le grand gibier qui arrive partout en force. Ce dernier, surtout quand le sanglier, comme partout ailleurs en France sera plus prégnant,  obligera les associations locales à s’organiser autrement, surtout du fait du manque de fusils pour toutes les bonnes raisons expliquées plus haut. Il impliquera d’autres comportements.  A s’associer entre voisins là où autrefois on entendait tout le temps, surtout chez nous en Normandie, pays de Bocage et de cloisonnement qui enferme le paysage…mais aussi malheureusement l’esprit des gens selon un adage connu : « chacun chez sé, et les vaques sont ben gardées » ! Voir de ce côté l’évolution de la chasse occitane où des petites communes similaires aux nôtres ont abandonné le petit gibier pour aligner, dans leurs chasses communales, des centaines de bracelets sanglier avec tout ce que ça implique derrière : salles de découpe, congélateurs, etc… Ils font tout simplement appel aux chasseurs des grandes villes voisines qui ne sont pas taxés, comme par chez nous, de « villotins » tout juste bons, nous en savons quelque chose,   à chasser dans les livres, et de nos jours, sur internet ! Ma foi, comme on le sait, nul n'est prophète en son pays !  Les nouvelles « pratiques » (6) il faut l’espérer, amèneront peut-être un nouveau regard sur la chasse et  un chasseur qui aura changé : mieux formé, mieux informé, plus technique et proche de la Nature qu’autrefois. Nous avons souvent fustigé ici et sur le terrain, la « fierté villageoise » : celle du temps des gens de notre âge, où l’aura du chasseur se mesurait à l’aune des hécatombes dominicales sans trop se soucier du pourquoi ni du comment il opérait. Elle  découlait d’une pulsion venue du fond des âges où de l’habileté du « grand chasseur » local dépendaient la prospérité et même la survie du clan, puis du village bénéficiant de sa réussite et de ses effets d’aubaine. Nous n’en sommes plus là, autre temps, autres mœurs…

1/ Ce chiffre est sans doute largement inférieur à la réalité, car la Fédé et l’ONCSF font entrer dans ce total les permis temporaires ou encore valident deux fois les permis bi-départementaux qui sont légion.

2/La nôtre qui est la doyenne des associations de notre commune date de 1935. L’examen des archives a montré qu’elle a totalisé, en 1960, une soixantaine de chasseurs…soit trois fois plus qu’à l’heure actuelle.

3/Entre 1986 et 1992 le budget annuel d’un chasseur moyen, arme comprise, a augmenté de 6,5% puis s’est emballé à  18,5% entre 1992 et 2006 où on estimait le budget annuel moyen à 1500 euros par an. Ce qui s’explique par la baisse du nombre des chasseurs et les rentrées moindres amenant l’augmentation générale des cotisations administratives, mais surtout derrière, de l’accès aux territoires, le reste passant dans les « consommables » : vêtements, cartouches, etc.

4/Aux USA, chiffres à méditer compte tenu du contexte local (états plus ou moins pro armes, et donc une autre culture, celle du « citoyen armé » né du particularisme de la guerre d’Indépendance)  le nombre total de chasseur reste stable depuis 50 ans, et surtout 80% de la population soutient la chasse éthique !

5/ Pour ceux que ça intéresse, notons que Freund et Jung qui furent les pères de la psychanalyse étaient tous les deux chasseurs… Voir ci-dessous. 

Freud_Jung 04

6/ Celles tendant vers des chasses  de gibier purement sauvage (bécasse, pigeon, anatidés, grand gibier) sont mieux comprises du grand public car plus exigeantes en matière de connaissances théoriques et d’observation, long apprentissage qui facilite l’évolution vers une chasse responsable. N’importe quel quidam comprendra mieux qu’on fasse l’effort d’élever du faisan sauvage plutôt que de lâcher le samedi (voire le dimanche matin !) des « cocottes » à « zigouiller » dans la foulée pour faire le malin, à l'heure de l'apéro, au café du village. Même chose au grand gibier où il est plus facile, au chevreuil d’été, d’expliquer au promeneur de rencontre ce qu’on est en train de faire en  tir sélectif, que le tumulte de la battue organisée de bric et de broc, où on tiraille dans tous les sens abattant, horreur suprême « Bambi et sa maman » !

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