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31 mai 2017

Les derniers agriculteurs-chasseurs

Ils  ne représentent plus que 3% de la population active, et seulement 8% des chasseurs en France, les agriculteurs se raréfient donc aussi, fusil en main. Ils représentaient pourtant, autrefois, le cœur de nos chasses villageoises.

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Point besoin de relire Pagnol et « la gloire de mon père », pour  nous qui avons pu connaître les derniers feux de cette période, où le gibier semblait être encore un produit dérivé de la terre. La loi du 10 juillet 1964 se chargea d’organiser les associations communales et intercommunales- vieille lune qui datait de la monarchie de juillet- dans un moment crucial, celui du croisement de deux phénomènes : la forte augmentation du nombre des chasseurs (1960-1975) et la modernisation de l’agriculture. Celle-ci, de la disparition du dernier cheval, aux ultimes travaux connexes de remembrement  (1960-1980) bascula d’un monde  semble -t- il immuable car paraissant incarner la permanence, aux immensités infinies du « village mondial ». On la somma de se dépouiller de ses derniers archaïsmes pour entrer dans le soi-disant monde de la modernité, et des « managers ». Trente ans plus tard on vit ce qu’il en advint…

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La chasse jusqu’alors faisait partie des solidarités traditionnelles du village, qui se délitaient déjà  et de la paroisse  mise à mal dès 1870 quand on se divisa sur l’école « libre » contre celle « laïque et obligatoire », puis les inventaires (1905-1906). On retrouva quelques communautés d’idées lors des ligues d’anciens combattants, les luttes fiscales (bouilleurs de cru), les débuts du syndicalisme paysan mêlé de catholicisme social d’avant-guerre : les grandes heures des « patronages », le début du sport associatif.

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La chasse communale, pratiquée uniquement par des agriculteurs du cru renforçait le sentiment d’être encore actifs dans un réseau de solidarités paysannes qui s’étiolait. Tout le monde chassait sans que ce soit vraiment organisé et cela faisait partie de tous ces moments de retrouvailles mais aussi de compétition que l’on rencontrait dans toutes les étapes de la vie rurale : du conseil de révision aux conscrits, des foins aux corvées de bois hivernales, des comices jusqu’au bistrot où il fallait se montrer apte à « tenir la chopine » (1) devant la compagnie quand s’entamait la valse des « demoiselles de blanche »… La « fierté villageoise » dont nous parlons souvent (et pas qu’en bien en ce qui concerne  la chasse !) entrait dans le cycle de ces défis, tous résolument masculins, qui rythmaient la vie locale.

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C’est dans cette jeunesse laquelle, dans les années soixante, reproduisait encore les idéaux familiaux que se recrutent encore, et pour très peu de temps, les derniers agriculteurs-chasseurs de nos petites communes rurales. Ils ont pour beaucoup connu les djebels, et  remettent peu à peu le fusil au clou, à 80 ans bien sonnés et il n’y a plus comme en 1960, des « jeunes ruraux » pour prendre la relève et chanter la seconde strophe trop méconnue de notre hymne national : « nous entrerons dans la carrière quand nos aînés n’y seront plus »… Dans une société désormais anonyme où tous les repères anciens se brouillent, la jeunesse d’aujourd’hui est une génération considérée dans son ensemble, et même, comme le disent de manière bien moche les économistes, une « part de marché » que la consommation rapproche des mêmes loisirs. Inutile de préciser que la chasse n’y a plus cours : 56 % des jeunes interrogés sont soit contre, soit ne s’y intéressent pas !

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Pas étonnant donc que les agriculteurs non chasseurs se sentent assez peu concernés  dans ce climat et  une démographie, on l’a vu,  fortement défavorable à la chasse. Beaucoup, et on peut les comprendre puisqu’ils sont nés longtemps après, ont même oublié les principes fondateurs des associations locales qui étaient toutes au départ clairement identifiées comme formées « de cultivateurs, propriétaires et chasseurs ». Les dégâts aux cultures les font même passer parfois de l’indifférence polie, aux tensions subites que les chasseurs responsables auront vite intérêt à bien identifier pour tenter de les résoudre rapidement. Certaines orientations fédérales (corvidés, étourneaux, sanglier), heureusement, veillent à « déminer » une situation en fragile équilibre mais que le peu de chasseurs restant devra sans cesse conforter pour sauvegarder ce qui peut l’être encore.

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1/ Tiens pour rappeler à certains quelques vieux souvenirs qui n’ont certainement plus cours de nos jours quand on va, après la messe, à l’estaminet : dans notre Bocage pour le cidre et les alcools, la mesure de base était le pot (1,861 litre) qui se déclinait en chopine (ou moitié d’un pot soit un peu moins d’un litre),  en pinte (un quart de pot : 0,46 l), puis quand on était nombreux à table à partager la « goutte » en petit pot (1/16 de pot soit 0,116 l). La demoiselle qu’on servait individuellement avec le « miot » de café faisait 1/32 de pot soit 0,58 l. Ces deux derniers servis régulièrement à la table des auberges faisaient à peu près une canette de bière pour le petit pot  et sa moitié pour la demoiselle…fallait donc étaler la charge, surtout quand les tournées se succédaient ! Ce qui n’était guère un problème car il n’était pas encore question de « souffler dans le ballon », et puis, de toute façon, la jument savait prendre toute seule au retour le chemin de l’écurie quitte à retrouver la patronne pas trop contente à la maison au retour, et à dormir dans la foulée le soir « à l’hôtel du c…retourné » ! A la frontière bretonne, donc pas très loin de chez nous, dans le Coglais et le pays de St-James qui nous jouxte,  où l’on sent l’influence du pays gallo, on allait « boire un mic » abréviation de demi-camot, bien décrit par J.M. Deguinet au grand pardon de Kerdevot : « et ses longues tentes blanches étant remplies de gens buvant des demi-camots, eau noircie de la plus mauvaise eau-de-vie ».

 

 

 

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