Régulation : au tour du chouca...des tours ?
Houla…on va aborder ces jours-ci quelques sujets épineux en espérant qu’ils ne nous amènent pas trop de polémiques. La régulation de corvidés est en train de se terminer, au bénéfice de l’agriculture, mais il n’est pas rare que le chouca des tours se mêle aux corneilles et freux, et il est donc important de bien le différencier puisqu’il est lui, protégé…mais jusqu’à quand ?
Ce corvidé miniature, gros comme un petit pigeon (65 cm d’envergure contre plus de 80 aux vieilles corneilles) a un appel bien différent. Plus métallique et bleuté son œil est de couleur bleu pâle. Son habitat est celui des clochers, des vieilles tours, en vastes sociétés bruyantes qui, en campagne, colonisent aussi les arbres creux. Son vol est plus rapide et moins lourd que les autres corvidés avec lesquels cependant il partage une intelligence hors-pair. Il est aussi peu farouche et facile à apprivoiser en ville…que méfiant en campagne, tenant comme tous les autres corvidés d’une grande sociabilité et adepte de la théorie de l’esprit (1) qui l’amène à partager une somme de connaissances formidables pour la gent ailée.
C’est un oiseau de rapine : graines, fruits comme les pommes qu’il vide sans toucher à la peau, voire brin d’herbe en cas de pénurie où il peut se contenter d’insectes et de vers. Dans tout parage gibier c’est un « mauvais client » surtout en début d’année quand, chargé de famille, ses petits crient famine. Il attaque tous les œufs jusqu’au geai, les petits oiseaux et mammifères qu’il bloque sous patte et occis proprement en leur défonçant le crâne de son bec massif effectuant un travail quasi chirurgical laissant à peine quelques plumes. Pour la régulation éventuelle, comme pour nombre de becs droits, c’est sa curiosité qui pourrait lui jouer des tours : de même que la pie, ce qui brille l’attire, et il adore le pain. En cas de régulation jouerait en sa faveur son manque de régularité de fréquentation des lieux d’alimentation et son vol plus rapide et acrobatique que ses sombres commensaux.
Vous l’avez vu, parlant régulation nous avons prudemment employé le conditionnel car, répétons-le il est à ce jour intégralement protégé depuis 1989, mais peut-être pas pour longtemps. Côté gibier on l’a vu, couvées, levrauts et lapereaux peuvent être au menu, mais comme d’habitude ce ne sont pas les arguments des chasseurs qui seront retenus mais plutôt ceux de nos amis les agriculteurs qui peuvent incriminer eux aussi quelques griefs à ce « mini corbeau ». Dans le Finistère, les colonies sont passées de 50 000 oiseaux en 1990 à 200 000 actuellement, et en trois ans les maraîchers ont accumulé un million d’euros de dégâts : ils percent les bâches des ensilages, arrachent les jeunes plants de légumes, particulièrement de pois et d’échalotes. Dégâts estimés à 4000 euros par saison et par cultivateur, encore non remboursés. Dans un clocher d’église qui leur servait de nichoir, il a fallu enlever 12 mètres cubes de branchages, mais surtout ils ont failli tuer…toute une famille intoxiquée par le monoxyde de carbone, et dont ils avaient bouché la cheminée !
Evidemment, un éventuel changement de leur statut amène déjà une levée de boucliers des associations anti-chasse se basant sur des études scientifiques biaisées (basées sur des observations anciennes, en Suisse où son impact n’était estimé qu’à 0,6% sur le maïs). Il existe même un site spécifique de défense des corvidés dont la stratégie : surveillance discrète des chasseurs en action de régulation, vérification des autorisations propriétaires, des permis de chasse, des autorisations préfectorales, éventuellement en filmant, montre clairement un but totalement anti-chasse à moyen terme.
1/ Développée par les comportementalistes animaux qui ont prouvé que les corvidés ont une intelligence proche du dauphin, du chimpanzé, d’un enfant de 5 ans. A la lumière de quelques années de recul et d’observations notées depuis quelques années, lors des régulations agricoles de printemps notamment, nous y reviendrons bientôt plus complètement. Les corvidés ont une intelligence pratique (outils, imitations) forte, renforcée par leur longévité (jusqu’à 40 ans ce qui est exceptionnel chez les oiseaux), mais surtout des comportements sociaux interactifs, une empathie qui renforce les apprentissages et permettent sans cesse de s’adapter.

