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28 juin 2017

Eloge de la cartouchière

C’est un de ces éléments de la chasse sur lequel on ne s’appesantit guère tant il est banal qui fait partie de la longue liste des mots que les chasseurs partagent avec ceux de la chose militaire. Cela fait partie du barda (1) qu’on trimballe sans y penser et qui commence même à donner dans le rétro tant il est concurrencé par les gilets de chasse de toutes couleurs et de toute nature.

chasse 1955

Et pourtant, il évoque tant de souvenirs. Au milieu des années cinquante je me souviens de mon grand-père Chamonaz, dans les Dombes, pour qui garnir la cartouchière était tout un art la veille de l’ouverture. Etant assez ventripotent et portant comme beaucoup de gens à cette époque, en toute saison la ceinture de flanelle, il en avait une « rallongée » par les soins de ma grand-mère qui était couturière, et  qu’il garnissait soigneusement : deux-trois balles franches à gauche, ensuite les gros plombs et les moyens, puis les petits à droite, ce qui ne l’empêchait pas d’en emmener une poignée en vrac pour bien « faire peuter ». Ce qui, avec son accent traînant de viticulteur bourguignon, voulait tout simplement dire chasser. Il y avait du gibier partout, en nombre et en qualité, la cartouchière était vite dégarnie. Quand on avait bien « fait peuter », c’est  tout simplement qu’on avait bien chassé !

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Se repencher sur la cartouchière, amène à repenser aux carniers, aux besaces, gibernes, bissacs et autre havresacs qu’on ne voit plus guère dans la campagne de nos jours. C’est vrai aussi qu’il y a moins de pièces à couler dedans, ni tout l’équipement du chasseur, quasiment comme le militaire en campagne, en ces temps où l’automobile était encore rare. On y retrouvait l’esprit des « quarts, des gamelles, des bidons », des « bouteillons » (2) à véhiculer pour servir d’autres « canons » que ceux qui servent à tirer sur le gibier. La chasse avait toujours cet esprit de convivialité incitant à toujours, en cas de rencontre à sortir du panier une « fillette » vite débouchée.  De nos jours, on promène tout dans le coffre, mais cela n’empêche pas de garder présent à l’esprit cette sorte de sagesse de nos anciens, et de l’adapter au temps présent.

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Que faut-il emmener d’utile dans son gilet de chasse ? Déjà pour les cartouches, malgré la profusion de tubes disponible, divisez-le par deux car tout le côté droit est inutilisable ! En effet, les culots, en saillie vont immanquablement rayer la jolie crosse du beau superposé qui vous a coûté un bras ! La poche basse, à rabat recevra donc, à la limite, du mou, du textile : gants et « buff » ou tour de cou si utile tant au pigeon qu’en battue (3), voire un bon paquet de mouchoirs papier utiles pour tout, quand le rhume survient où dans la situation embarrassante  évoquée dernièrement en archives (4). « Tout à gauche » comme les cyclistes quand ils gravissent les cols, on peut, de haut en bas, en descendant, mettre deux balles, deux coups de deux, et  ainsi du petit au grand. La poche à rabat peut accueillir un canif toujours utile quand il s’agit de saucissonner (sans oublier le tire-bouchon hein !), un sécateur pour ceux qui vont au poste, faire le…planton…toujours les analogies avec le langage des camps et des bivouacs. Il y a encore de la place pour une petite pibole, guère plus longue qu’une cartouche, au cas où on aurait oublié les grosses trompes dont on protège les cuivres pour le son comme pour les éclats de lumière face au grand gibier, par de vieilles chaussettes.

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Dans le dossard ou dossier que le gibier encombre moins qu’autrefois, on peut mettre une « petite laine » voire un de ces impers camouflés qui tiennent si peu de place. Et surtout, si on va régulièrement au poste, migrateurs ou battue, une petite pelote de forte ficelle toujours utile qu’il s’agisse d’accrocher des choses, ou récupérer un chien perdu de passage et ainsi rassurer les piqueux. Beaucoup de gilets prévoient à gauche un mousqueton intéressant pour y suspendre un couteau de camp ou une dague. Le premier, sera avant tout coupant mais, si on veut préserver sa polyvalence en battue, il faudra éviter d’utiliser la pointe. La théorie néanmoins veut que l’usage de la dague soit exclusivement destiné à « servir » le gibier blessé. Sa lame devra toujours excéder la vingtaine de centimètres, sa pointe régulièrement affutée frottée à  la graisse qui, non seulement la protégera des atteintes du sang toujours très corrosif, et nourrira le fourreau en cuir tout en  aidant aussi à mieux percer le gibier sur ses fins.

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1/Un mot emprunté de l’arabe « berdâa » qui désignait la couverture placée sur le dos des mules pour protéger l’animal du frottement du bât. Il fut popularisé par les soldats du corps expéditionnaire en Algérie (1830-1848), mais on pense qu’il avait déjà traversé la mer une première fois lors des croisades pour donner le terme « bardes » désignant les lames de fer d’une armure. De la même manière d’ailleurs qu’en gastronomie, il s’agisse par analogie, de garnir une pièce de viande d’un entourage de lard.

2/Les puristes ont raison de l’écrire aussi « bouthéon » car il a été inventé par un intendant militaire du même nom. Une loi de 1887 parle du « nécessaire individuel dit bouthéon destiné à remplacer marmite et gamelle à quatre hommes et gamelle individuelle ». Le terme se généralisa dans les tranchées de la Grande guerre, prenant aussi le sens inattendu de bruit, rumeur, ragot, circulant dans les boyaux comme le fameux récipient. Ce qui peut valoir aussi pour certains histoires de chasse qu’on se raconte autour du feu ou « radio layon »…

3/ Ces fourreaux de textile camouflés, bon marché ont des tas d’usages fort utiles : tour de cou, masque, bonnet ou bandana. Discret comme un foulard au rond de battue, relevé au poste avec les gants il rend invisible tête et mains, masses blanches sans cesse en mouvement, visibles de très loin.

4/ Voir archive du  8 juin 2017.

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