Les premières carabines semi-auto
Le long recul du canon rendu célèbre par le fameux Auto 5 inventé par J.M.Browning a aussi été utilisé, et assez rapidement on va le voir pour l’arme rayée et toute une génération de carabines, de nos jours bien obsolètes certes mais dont l’histoire aide à comprendre ce qui se passe de nos jours en technologie armurière.
L’affaire est connue et a été largement commentée ici : J.M. Browning avait des accords avec Winchester pour les nombreux brevets qu’il produisait, mais vu leur succès, demanda une commission sur chaque arme vendue, ce que la firme ne put accepter car cela aurait créé un précédent funeste, vu le nombre d’accords conclu avec d’autres inventeurs. JMB, c’est de bonne guerre, alla donc chez le concurrent Remington…dont le directeur mourut d’une crise cardiaque le jour de l’entrevue ! JMB alla donc nouer une collaboration plus que fructueuse dans tous les domaines (armes de poing, militaires, etc.) avec la FN Herstal, au point qu’il cassa sa pipe en Belgique, en 1926 lors des ultimes mises au point du superposé B 25.
Sur le principe du long recul avec son frère Matthew il avait fait breveter en 1900 aux USA une carabine semi-auto, mais un peu plus court cependant (6mm) que l’Auto 5 pour mieux encaisser la puissance des armes rayées. Pour les raisons vues plus haut c’est malgré tout en Europe qu’il sortit entre 1910 et 1936 assez peu de ce « modèle 8 » (5000 unités vendues), le peu de succès incitant la FN à céder assez rapidement ses droits à Remington qui en vendit beaucoup plus, environ 70 000 entre 1906 et la guerre.
Ce qui peut se comprendre car sa déclinaison de calibres venait à point nommé pour la marque d’Ilion, battre en brèche la suprématie de Winchester sur le fort marché naissant non seulement des armes à levier de sous-garde, mais aussi des « pompes » et des semi-auto. Le 25 Remington (1) empiétait sur les plates-bandes du 25-34W, le 30 R (2) était lui, en concurrence directe avec le 30-30, le calibre emblématique de la conquête de l’Ouest, les 32 et 35 R contre le 32 Victory SP. Toutes ces munitions étaient balistiquement et de capacité comparable, mais bien sûr non interchangeables.
La capacité de 5 coups en semi-auto n’échappa pas aux militaires, et il faut retenir qu’aux débuts de l’aviation pendant la Grande Guerre, avant que les mitrailleuses prennent place sur les avions c’est avec ces armes (y compris bien sûr les modèles 7 et 10 de Winchester) que les aviateurs se tiraient dessus dans le ciel de la Somme. Les forces de l’ordre U.S. surent aussi en tirer parti (parfois avec un magasin rallongé de 15 cartouches !) lors des combats de la prohibition, où par exemple, stopper la cavale meurtrière des fameux Bonnie and Clyde en 1934.
Remington modernisa l’arme en 1936 en sortant le modèle 81 ou « Woodmaster », délaissant le plus petit calibre (25 R) pour lui adjoindre le 300 Savage dont nous avons parlé récemment (3) modèle qui fut produit jusqu’en 1950 environ. Pour la chasse, nous avions affaire à des carabines certes lourdes (3,7 kg sans optique) mais bien équilibrées, le ressort récupérateur étant situé dans la crosse. Il s’agissait de calibres moyens, mais obsolètes avec une portée de précision réduite à 100 m. du fait des balles disponibles à l’époque, et au coefficient balistique bien plus faible que ce qui est proposé de nos jours. Seuls le 30 R et le 35 R ont surnagé vaille que vaille jusque dans les années 90 où les collectionneurs s’échangent de vieilles boîtes et bien sûr les rechargeurs peuvent s’en donner à cœur joie car avec le matériel adéquat, elles sont plus ou moins compatibles avec leurs concurrentes Winchester de l’époque (4).
Pour nous autres, les 5 cartouches gênent considérablement en collection car classées en B alors que ces carabines désuètes devraient plutôt être en D 2 puisque les munitions ne sont plus produites, et la conception date de plus d’un siècle. C’est un des dégâts collatéraux de la nouvelle législation de 2013 qui a quand même eu le mérite de légaliser les anciens calibres dits de guerre, 30-06, 7X57, etc.
1/ Le 25 Remington était un bon calibre de varminting notamment pour le coyote avant-guerre : balle de 100 grains vitesse de 675m/s et 1175 Joules à 100m.
2 / Le 30 Remington utilisait des balles 150-170 grains, c’était le grand concurrent du 30-30 avec lequel on pouvait à peu près tirer tout dans le Wild West, mais de près !
3/ Voir notre archive du 20 février 2018, le 300 Savage utilise des balles de 150 grains, et 700m/s et 2500 Joules à 100m. Cette cartouche pallia longtemps en France l’interdiction du 308 W car elle possède à peu près les mêmes caractéristiques de puissance d’arrêt et de précision. C’est pourquoi, comme on l’a dit dans notre précédente envoi il traîne encore quelques belles occasions de la carabine Savage sur le Net.
4/Par rapport au 30-30, la différence ne joue que sur l’angle d’épaulement, 23 ° contre 13 °, ce qui est à la portée du rechargeur bien outillé.



