224 Walkyrie : de quoi relancer le débat sur la munition militaire
Aux limites de la balistique, la chasse n’est jamais bien loin des préoccupations militaires, et ce site de vulgarisation, on le sait, aime flâner à l’orée de ces deux domaines, partant du fait que nombre de nos lecteurs ont porté…les deux armes ! Et comme le 223 Remington qui équipe de nouveau le successeur teuton de notre vieux « clairon » (1) est désormais connu de tous, il est intéressant de voir ce que ses concurrents ont dans le ventre.
Depuis octobre 2017, c’est l’enthousiasme général autour du 224 Walkyrie, nouveau calibre fourni par Federal dont la balle de 90 grains reste supersonique à plus de 1300 m ! Il a moins de recul que le 6,5 Creedmoor (2), lequel porte c’est vrai de plus grosses balles (130-140 grains) avec la même trajectoire, même tenue au vent, et des munitions bien moins chères sur des bases mécaniques AR 15 qui, tout à coup bien sûr, font tendre l’oreille aux militaires.
Comme bien souvent, c’est le retour « de terrain » qui relance un débat vieux…comme l’apparition des poudres sans fumées (3) et de la valse-hésitation entre Lebel (7 mm) et Daudeteau (6mm) il y a plus d’un siècle maintenant. Les théâtres d’opérations militaires, ont montré des retours d’expériences contradictoires. L’Afghanistan a montré un besoin de tirer plus loin et avec plus de punch que le 223R qui ne permet pas le tir d’interdiction au-delà de 250-300m. Toutes les vidéos le montrent ce rôle est alors dévolu aux mitrailleuses en 308 (le 7,62 NATO), et si ça se corse aux missiles Javelin, voire aux hélicoptères de combat si l’ennemi se rapproche trop dangereusement ! L’Irak, ses combats de rues rapprochés semblait plus adapté au 223, mais on s’est aussi rendu compte que passé une centaine de mètres, le tir contrôlé en rafales était difficile, même pour des forces spéciales qui, si elles représentent 10% des effectifs sont parfaitement entraînées au tir puisqu’elles emploient 90% des munitions employées. Alors, pensez pour un tireur « moyen » issu de la conscription qui deviendrait vite « mauvais » parce que les qualités du 223R furent avant tout théoriques quand il prit le pas, il y a bien longtemps, dans les années soixante sur des munitions plus classiques, et pour tout dire plus lourdes. Ci-contre à g. la différence entre le 224 Walkyrie et le 223 R : douille boostée et plus grosse balle à fort coefficient balistique.
Il s’agissait d’atouts pensés su stand et non sur le terrain, ou sans tenir compte du champ de bataille où entrent en jeu des tas de problèmes parasites, protections végétales, débris divers volant autour du théâtre de combat. La guerre d’Algérie avait déjà montré ça lors des « accrochages » avec l’ineptie de la carabine US et de la Mat 49 face aux Mausers de récupération adverses. L’ actualité a bien montré la même chose : que peut faire un pauvre ilotier, même avec son petit PM Beretta (en 9 mm) face à la « Kalache » des terroristes ou des trafiquants ? Il a fallu les gros attentats pour, dans l’urgence, les faire monter en puissance.
Ces dilemmes, bien sûr pas trop chez nous où ces débats restent cantonnés aux cercles feutrés de quelques grandes administrations sont sur la place publique aux Etats-Unis. Des besoins des forces spéciales sont nés des petits calibres boostés qui, testés, finissent par intéresser les chasseurs. Le 224 Walkyrie est issu d’un de ces derniers, le 6,8 SPC dont on a rétreint le col et loger dans l’AR 15 (dont les déclinaisons civiles sont innombrables…mais avec tous les dégâts constatés derrière dans les tueries de masse) des projectiles plus lourds et à meilleur coefficient balistique que le 223R. Pour fortement résumer, faudrait réaliser un 308 mais très allégé tant du côté de l’arme que de la munition pour résoudre cette quadrature du cercle…
Pour la chasse dans notre pays, cette nouveauté a peu de chances de percer, malgré ses atouts, notamment sa balistique constante jusqu’à 1300 m. A part les militaires, il y a peu de stands civils pour ces longues distances d’ailleurs en théorie illégales passés 300m. Elle y sera certes ultra précise, mais avec un impact déjà juste au plan de l’éthique : 841 Joules à 500 m et 500 à 1000 m ! Il y a bien le « varminting » qui avec les tirs d’été du renard commence à intéresser pas mal de monde, mais cette notion n’a pas vraiment d’équivalent en Europe où, de surcroît, tout ce qui est inférieur à 6mm n’a pas la cote. Mais sa sortie a le mérite d’agiter le cercle des tireurs où le remplacement du « Clairon » par le HK…mais toujours en 223 R n’a pas clos le débat.
1/ Voir notre archive du 6 mars 2018
2/Voir notre archive du 8 novembre 2017
3/Voir notre archive du 5 février 2018


