Canalblog Tous les blogs Top blogs Tourisme, Lieux et Événements Tous les blogs Tourisme, Lieux et Événements
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
FCM 25.00
Publicité
23 avril 2018

J'suis pas vieux...j'suis "vintage" !

Je ne sais pas si vous êtes comme moi, mais je sens dans l’air du temps comme une glissade irrémédiable vers un horizon armurier qui échappe à notre compréhension, nous autres que l’on qualifiera par modestie, de  tireurs « anciens » plutôt qu’expérimentés. La mondialisation est là, les médias édulcorent notre jugement, l’arme « traditionnelle » est encore présente, mais à quel prix ?

577 NE Francotte

La mode du « tactical » arrivée insidieusement par l’arme rayée a signé l’invasion des crosses synthétiques et moulées par injection qui ne tiennent pas dans la durée, les canons « flottants » aux beddings sommaires pour des armes « légères » …comme le coût de leur main d’œuvre extrême-orientale. On peut ranger là-dedans les finitions mates dites plus esthétiques ou faussement techniques voire non réflectives, plus rapides et moins coûteuses à fabriquer qu’une action polie. Elles sont désormais présentées comme le « must have » à des populations de jeunes permis qui, soit ne connaissent rien d’autre, soit manquent de culture armurière pour  choisir, à l’autre bout du rack de superbes occasions classiques qui leur tendent les bras, mais qu’on se gardera bien de leur montrer, car on ne marge pas grand-chose là-dessus…

Bon, les goûts et les couleurs vous me direz, ça ne se discute pas non ? N’empêche, je conserve la nostalgie de l’artisanat où si on connaissait un poil la maison, on pouvait filer dans le fond de l’arrière-boutique fleurant bon l’huile de lin où un vieux compagnon en blouse grise vous présentait quelques belles réparations en cours. On y manipulait des armes qu’on ne put s’offrir que bien plus tard, l’heure de la retraite sonnée. Maintenant nous sommes accueillis par des jeunes « hipsters » qui jonglent avec les écrans, les concepts, les lois du marketing. Ah, pour sûr, nous ne sommes plus à l’époque du noir de fumée…On nous le reprochera, mais quoi qu’on en dise, la nostalgie a du bon. Elle nous renvoie dans un temps où personne n’aurait compris le charabia de « l’obsolescence programmée », où l’authenticité du produit était évidente sans qu’il soit besoin d’argument publicitaire parce que la valeur perçue sautait tout bonnement aux yeux.

A46F80BEB45EE9644825C18F12EB6A40

Dans les années noires qu’a  connu  l’armurerie après-guerre, les manufactures s’accrochaient à des valeurs sûres de leurs catalogues, des fusils souvent mythiques sachant parler au cœur des connaisseurs. Et ce n’est pas un hasard si, regardez bien, on les retrouve quasi identiques des lustres plus tard, mais dix fois plus chers, dans les catalogues actuels,  bien que fabriqués par dix fois moins d’ouvriers qualifiés. Demeure malgré tout leur charme intemporel : ils sont mécaniquement parfaits, à la fois techniques et élégants car implicitement chargés de la sueur et du savoir-faire de générations d’armuriers. Ils sont nantis de pièces de tradition aux noms charmants et mystérieux qui imposent la légitimité d’une arme bien faite : des verrous qui ont fait leur preuve plutôt que des mécanismes complexes qui seront vite jetés aux oubliettes de l’histoire armurière, ou l’utilisation de matériaux miracles encore mal maîtrisés et aux noms biscornus quand « Orkral » de la Manu se battait avec « Makrolon » de chez Steyr, par exemple.

Pourtant les armes traditionnelles non seulement représentaient un art, mais elles étaient avant tout fonctionnelles, c’est-à-dire développées, que dis-je façonnées par des dizaines d’années de tâtonnements, d’essais et de pratiques entérinées par des milliers de chasseurs. Leur manipulation en sus de leur beauté intrinsèque née de l’usage de matériaux nobles (bois, acier) était avant tout rationnelle. C’était fait pour tomber bien, au bon moment sous la main, avec évidence. Maintenant les armes modernes sont au mieux laides, avec des devants bizarres, des angles de crosse étranges, des pontets tarabiscotés, des couleurs de fête foraine, des nuances « tan » ou « désert » dont on devine bien l’origine militaire, mais qui feront un peu tache sans doute au poste, à Lamotte-Beuvron !

Tout avait-il donc été dit et fait avant 1960 ? De nos jours, l’avant-gardisme semble l’apanage de tout le monde, le classicisme ne se cultive plus que par quelques-uns parce que l’art de la simplicité est des plus difficile qui soit. Il n’est pas qu’une question d’esthétisme  les simplicités mécaniques, la qualité des bois y trouvent aussi leur place, et faut être honnête : si on regarde bien, en soixante ans, les exigences armurières, au moins pour l’arme lisse, ont elles tant que ça changé ? Au marais, l’averse soudaine vous trempe toujours autant, la poule faisane « au cul levé » n’a pas de réacteur additionnel pour la booster là où je pense, et la mordorée au bois nous joue toujours ses tours sans avoir besoin de GPS…

sxwq 001

Ah mais mon brave monsieur, la mondialisation est passée par là ! J’entends bien, il y a aussi les effets de mode, le plastoc et les alliages légers qui passent encore sur les entrées de gamme, mais le pire c’est que les grandes marques s’y mettent aussi. Il y a eu quelques « flops » retentissants de « concept guns » dont, par charité chrétienne on taira les noms. Ceux qui, comme nous, ont l’âge des papys ronchons seront sans doute d’accord : les tops models  d’il y a cinquante ans c’était quand même autre chose non ? Le pire, c’est que vu la ronde infernale des créations nouvelles, leur valeur résiduelle n’existe plus. Tant mieux alors pour ceux qui savent où se situe la vraie nature des choses ! Et à eux d’en profiter amplement.

Quand on est au poste en bout de ligne, que les chiens se récrient au loin, et que les rayons obliques du soleil d’hiver  viennent réchauffer les bois sublimes d’un fusil bien plus vieux que vous. Son quadrillage a disparu tant il a été mille et mille fois manipulé, et il semble irradier encore la présence et les souvenirs de ceux qui l’ont porté au point qu’on a l’impression de le partager encore un peu avec eux. De  « prolonger » en quelque sorte la passion, les émotions et le souvenir de ceux qui sont partis…

G.M.

Publicité
Commentaires
FCM 25.00
Publicité
Archives
Publicité
Publicité
Publicité