Le culte suranné du calibre et des marques
Il faut bien le dire, nous en sommes un peu tous là, nous avons tous tendance à vanter les armes, cartouches, calibres que nous utilisons. Tout ça n’est bien sûr basé sur rien de bien tangible, c’est un réflexe émotionnel à défendre plus que ce que nous possédons, ce qui semble avoir bien marché pour nous.
En fait, si nous regardons bien, c’est un peu comme pour les voitures : entre Peugeot et Citroën (qui font pourtant partie du même groupe) vous aurez toujours des tenants de la marque au lion comme celle du chevron non ? Tout cela est-il bien raisonné et raisonnable ? Sans doute non car nous n’investissons jamais vraiment techniquement dans un matériel mais plutôt émotionnellement. De la même manière qu’on se définit comme petit ou gros « plombiste » on s’investit dans des marques ou des concepts techniques dont s’embarrassent peu les pragmatiques, les gens de terrain qui se ficheront bien de caractéristiques, pour eux ésotériques. Qu’importe la vitesse d’une cartouche, sa charge de plomb pourvu qu’elle fasse tomber à coup sûr le perdreau visé non ?
A l’arme rayée c’est encore pire car là, les performances et les munitions elles-mêmes, et c’est bien là le cas de le dire, sont beaucoup plus « pointues ». Qui tue le plus : la vitesse, l’énergie, la densité de section ou le poids de balle ? Le chasseur pragmatique vous demandera juste d’aller au dépouillement du gibier, et vous démontrera, couteau en main, le résultat du tir sur les organes bien plus causant que l’analyse comparative de toutes les tables balistiques. Faites-en l’expérience : deux balles de coffre, semble-t-il au même endroit, qui plus est avec la même arme, feront bien souvent deux blessures et deux situations de chasse différentes.
L’empirisme parfois, et avec la meilleure bonne foi du monde, peut prêter à la superstition. Certains vous défendront mordicus, telle cartouche qui « tue plus net » qu’une autre, et même parfois, appréciez la précision, dans un numéro de plomb particulier, pair pour les uns, impair pour les autres afin d’aller au pigeon ou au canard. Or chacun le sait « dedans c’est derrière, et devant, c’est dedans » et il suffit de bien tirer pour atteindre sa cible. Au grand gibier il y ainsi des vogues, pour le Magnum, pour les carabines légères, des munitions « in » quelques années, et des vieilles lunes qui s’obstinent, sans doute pour quelques bonnes raisons à ne pas disparaître. En fait, la bonne balle, bien placée, au bon endroit et à la bonne distance fera toujours le boulot sur le terrain. Par contre là où la polémique des armes et des calibres devient un vrai délice, c’est quand elle se décline entre copains, autour d’une bonne table dans les agapes d’après-chasse, quand elle se nourrit d’anecdotes et de coups fameux (et fumants !) où la mauvaise foi devient un art de vivre : les chasseurs tuent toujours par adresse, et de leurs explications confuses c’est aussi…presque par adresse qu’ils manquent aussi parfois !


