Balles en or et en argent
Rassurez-vous aimables lecteurs, nous ne vous embarquons pas aujourd’hui dans la littérature fantastique où ces projectiles, avec la croix, les gousses d’ail et un pieu bien acéré, avaient irrémédiablement la peau des vampires les plus endurcis. Retour plutôt sur la seule fois où leur emploi fut historiquement attesté, celui de la fin de la Bête du Gévaudan, le 19 juin 1767.
Nous avons déjà examiné ici (voir nos archives de mars 2015) avec l’œil du chasseur, les trois années de chasse (de 1764 à 1767) à cet animal encore mystérieux, sans doute un ou plusieurs hybrides de chien et de loup, plus ou moins dressé, et parfois même peut-être « mené » vers ses victimes. Nous avons aussi mis en question l’aspect fortuit de l’heureuse battue du 19 juin, déclenchée (à minuit !) par une douzaine de postés sur des milliers d’hectares : un chasseur tous les 2 km environ. Le tir lui-même de Jean Chastel, la soixantaine, un âge canonique à l’époque avait tout de suspect. Vers 10 h, en poste depuis deux heures, lisant un ouvrage pieux, il vit la Bête qui, à une quinzaine de mètres vers sa droite, s’assis tranquillement pour avoir le temps d’ôter ses bésicles, et comme au stand lui envoyer un seul coup de fusil avec une des trois balles, coulée à partir de médailles d’argent bénies un peu plus tôt au pèlerinage annuel de N.D. de Beaulieu !
Au défaut du cou, elle fracassa dans sa lancée l’épaule droite, pas besoin de doubler. S’agissant d’un double fusil à silex de calibre 24 (15,1mm) et sachant que c’était une balle unique ou « lingot » de 19 grammes propulsée à 350m/s par 4,5 g de poudre noire, c’était, balistiquement la meilleure solution pour tirer avec assez de précision et de pas trop loin un tel fauve de 50 kg si l’on en suit le rapport d’autopsie du notaire royal Marin qui suivit. Il aurait pu employer des « postes à loup » ou chevrotines de 7 mm empilées derrière une bourre de bois ou de feutre, voire des balles « mariées » mais qui auraient fait chuter la vitesse d’une bonne centaine de m/s en sus d’une précision aléatoire de 3 mètres à 50 m.
Maintenant, parlons du métal employé : à calibre et taille de projectile égaux l’argent est 7% plus léger que le plomb, mais avec la même qualité d’énergie en poudre noire, la balle d’argent partait 4% plus vite, et devait donc frôler les 380m/s donc pas loin d’une de nos cartouches de chasse standard, surtout avec son très long double canon lisse. Autre argument, si le plomb est plus dense et lourd, l’argent est plus dur, ce qui expliquerait l’aspect radical de ce qui ressemble plus à une exécution qu’à une péripétie (heureuse bien sûr pour la population locale) de chasse. Rare et cher, comme l’or, l’argent en dehors de cet aspect disons « folklorique » ne fut pas employé comme projectile, mais théoriquement, rien ne l’empêche.
Pour l’or c’est la rareté, et donc le prix qui sont en cause car question de masse, l’or vaut bien le plomb, et sa ductilité permettrait sans aucun doute de prendre fort bien les rayures d’une arme. La littérature s’est bien sûr emparée de cette improbable association puisque nous avons eu en BD Blueberry avec un spectre tirant des projectiles du même métal et surtout le gadget de James Bond dans « l’homme au pistolet d’or ». Une arme qui, bien sûr n’a jamais existé mais inspiré d’un pistolet de survie fabriqué en 1913 par le fabricant Simplex Arms.


