Tir sportif : pourquoi le superposé a supplanté le justaposé ?
Si l’on en croit certains forums, il n’y a guère que 6% de tireurs sportifs, FU, FO, compak, skeet, à utiliser des juxtaposés. Le sujet a déjà été ébauché ici (1), et on croit trop souvent qu’il ne s’agit que d’un effet de mode, à l’orée des seventies, quand se propagea également le boom des semi-automatiques.
Après tout, si on feuillette les archives, on se rendra compte que le tir sportif débuta fin XIXè avec des fusils juxtaposés : Annie Oakley, du Wild West Show de Buffalo Bill (ci-contre à g.) s’en servait pour faire des exploits sur des boules de verres multicolores, et le tir aux pigeons vivants conserva longtemps ce type d’armes, très prisées en collection car à canons longs et renforcées pour assumer, déjà, de longues séries de tirs.
C’est en termes de configuration et de construction que le juxtaposé a dû céder le pas au superposé car, entre de bonnes mains, il suffit d’aller sur les pas de tir pour s’en convaincre, il y a peu de différences. Au tir c’est assez facile à comprendre : chaque fois que vous actionnez la queue de détente, allez, mettons canon droit, le recul s’effectue en montant, du côté tiré. Si vous doublez, opère un effet de cisaillement horizontal droite-gauche sur les crochets, aussi bien conçus et de haute qualité métallurgique soient-ils. Le phénomène étant additionné dans une saison où les grands tireurs de compétition peuvent aligner le tir de 40 000 cartouches on voit tout de suite la faille car, au contraire un superposé qui fait la même chose, mais sur le plan vertical… là les deux forces contraires s’annulent !
Sur le tir lui-même, les mêmes effets sur un juxtaposé créent une ligne de mire en quelque sorte déviée, qu’il faut reprendre à la chasse, si raté au premier coup, par exemple sur l’envol rectiligne de certains oiseaux : faisans, perdrix. Ce qui n’était pas grave au pigeon vivant crochetant sans cesse, ou à la bécasse, devint plus évident, avec les lanceurs mécaniques de pigeons d’argile aux trajectoires paraboliques. En « sautant » moins la ligne, le superposé permit de suivre de manière linéaire et de doubler sans se reprendre, à cela s’ajoutant des atouts de meilleure visibilité de la cible en vol, et surtout autour de celle-ci. Même une discipline comme le skeet qui offre à profusion des « traversards » où on aurait pu penser que la ligne des deux canons « soulignait » en quelque sorte mieux le plateau, on abandonna très vite, pour les mêmes raisons, les juxtaposés qui se cantonnent désormais presque exclusivement à la chasse devant soi. Seule, la « qualité de son défaut » originel peut lui donner un certain atout sur, par exemple, pour un droitier, un lièvre raté derrière au premier coup, et s’échappant vers la gauche. Car le second coup, si on accompagne bien, relèvera le tir en haut et à gauche…et si possible, dans le mille !
S’il existe a existé quelques juxtaposés de trap comme SKB, actuellement seul Mercurey-Mansart (ci-contre à dr.)offre un 76 de canon full-bore avec chokes longs et bande haute dont, atout qui semble enfoncer le clou de la tendance actuelle, on dit qu’il tire…comme un superposé ! Ah, c’était bien la peine de se décarcasser à jouer les originaux…
1/Voir notre archive du 3 janvier 2017.



