Le 6,5 Creedmoor va-t-il tout emporter ?
Nous avons déjà abordé ici (1) la genèse de ce calibre nouveau, né il y a dix ans, dont le succès US laisse présager un destin mondial car tout le monde s’y met : encartoucheurs, marques d’armes, et que ne débutent sur le Net les polémiques sur son emploi à la chasse.
Issu de l’univers du tir longue distance US pour concurrencer le 308 Winchester car aussi sinon plus précis, mais avec 42% de recul en moins (ce qui est appréciable pour des gens tirant beaucoup), il n’a pas tardé à glisser vers le monde des chasseurs du cerf de Virginie influencés par le film « American sniper »... Son (petit ?) calibre déjà pourrait poser question, et le réserver à l’affût-approche comme c’est un peu le cas dans les pays scandinaves où le 6,5 est un best-seller depuis plus de cent ans pour prélever même les gibiers les plus lourds comme l’élan. D’ailleurs, en 1927 le célèbre auteur et concepteur Thomsen Whelen, créateur du « 35 » du même nom, n’hésitait pas à le placer aux côtés du 30-06 comme une des deux meilleures cartouches de grand gibier au monde !
Signe qui ne trompe pas, les grandes marques de cartouches font déferler en Amérique du Nord des kyrielles de chargements (15 chez Federal), ou Hornady qui en propose plus encore que de 30-06. Browning qui débute là-dedans vient de l’inclure dans sa gamme avec une balle Sierra Matchking, et même Remington le propose dans sa vénérable (75 ans) Core-Lokt ! Pour les armes, tout le monde le fait avec des carabines légères : Remington avec son modèle Seven qui propose d’autres munitions, mais sa 783 Varmint ne fait que ce 6,5 au prix bon marché de 650 dollars. Browning propose sa X Bolt qui n’existe pas en 30-06, et surtout Steyr dans sa célèbre Scout, pourtant destinée initialement à tirer la cartouche de 308W choisie par Jeff Cooper de Gunsite Academy, la fait désormais en 6,5 Creedmoor…Ci-contre à dr. une arme Savage pour ce calibre.
Conçue pour une balle de 140 grains, la munition (2) est polyvalente dans la limite des 300 mètres, mais offre surtout précision et énergie (plus de 1200 Joules) à 800 mètres, ce qui peut tenter, mais pas en France (3) les adeptes du tir lointain. A la limite, ce calibre pourrait intéresser celui qui, dans l’optique « varmint », voudrait remplacer sa 222 R en ayant à l’esprit la composante sanglier qui s’impose de plus en plus partout. Mais là, on trouvera sur le marché de l’occasion, et à pas cher, du 270W qui marche bien et depuis fort longtemps. Intrinsèquement, son calibre nominal est au minimum légal, et sa puissance à la bouche (3300 Joules) est bien au-delà du minimum de 2200 Joules requis, mais il risque fort d’être regardé de travers à la battue où on pense depuis longtemps « que le Bon Dieu est du côté des grosses balles »…
1/ Voir notre archive du 8 novembre 2017.
2/Les performances à 100m du 6,5 Creedmoor : balle de 120 grains 780m/s et 2654 Joules ; balle de 130 grains : 900m/s et 2960 Joules ; balle de 140 grains : 780m/s et 2750 Joules.
3/La législation du 1er août 86 intervient sur les organes de visée. Si l’on tient compte que la zone létale d’un chevreuil est de 10 cm, d’un chamois de 20 cm, d’un cerf de 30 cm on se rend compte qu’au-delà de 300 m, on n’est plus guère dans le domaine du tir éthique de chasse : la balle, même bien placée, n’étant plus trop sûre de bien faire son boulot.


