Peur du recul et calibres dits "virils"
Dans le choix d’une arme, le recul n’entre pas forcément en première ligne car on peut se laisser influencer par le look, les effets de mode, l’opinion des uns et des autres. Les armes modernes offrent toutes désormais une précision suffisante, disons de la minute d’angle à 100 m ( 2,9 cm ou une pièce de deux euros si on veut, pour résumer), et bien tirer signifie que tout un chacun doit être capable d’en tirer parti.
Oui mais voilà, manipuler tranquillement une arme à l’étal de l’armurier, ou tirer confortablement au stand pour essai est bien différent de la réalité du terrain où il faut improviser, dans le « sale », l’accidenté, la végétation rebelle. Là, deux minutes d’angle ( une boîte d’allumettes ) peuvent suffire voire même un peu plus, mais tout se complique si on a fait le choix d’un calibre qui « cogne », l’appréhension du tir pouvant alors faire passer la précision d’un demi-mètre à portée de ragot !
N’importe qui peut tirer sans coup férir avec une 22LR sans trop de technique, mais pas avec certains calibres (1) qui exigent de se familiariser, et au moins de tirer avec, plus d’une centaine de cartouches par an. L’augmentation du recul n’est pas linéaire, mais exponentielle et obéit à quelques notions simples : pour le poids de l’arme, 10% de plus diminue d’autant sa réaction, et pour les munitions plus 10% de poids de balle et de vitesse augmentent de 20% le recul. Donc, il suffit d’observer les tables balistiques pour comprendre qu’en se basant sur un 7 Remington Magnum (balle de 160 grains à 850 m/s) qui secoue juste un petit peu sec plus qu’un douze, un 375 HH (balle de 300 grains, 700m/s) va doubler la sensation de recul, un 458 Lott (500 grains, 650m/s) en rajouter une louche autour de deux fois et demi, et le 416 Weatherby Magnum (400 grains, 730m/s) un petit tiers de plus que tout ça car il s’agit une carabine, a priori plus légère qu’un express dont certains peuvent avoisiner les dix kilos.
Dans la peur du recul peuvent entrer en ligne de compte : une arme mal conformée, un état physique amoindri, le stress lié à la montée d’adrénaline. Parmi les premières conséquences, la « claque » d’un épaulement hasardeux, mais surtout le « retour d’optique » qui peut toujours surprendre, même avec des calibres moyens dans certaines conditions de tir très fichants où il faut « rentrer » dans la lunette pour ajuster le gibier sur le réticule. On peut y pallier par des bonnettes, des lunettes montées plus en avant, des points rouges, et pour l’équipement des crosses leur adjoindre des plaques de couche munies de pads épais ou techniques.
Supposant que ces critères résolus aient amélioré les choses, l’autre problème est lié à la balistique de ces calibres dont puissance et vitesse peuvent déjà faire dévier l’arme de manière significative avant même que la balle ait quitté le canon. Il s’agit donc, même pour quelqu’un d’aguerri avec un calibre « medium » de revoir l’épaulement qui doit être plus rigoureux, au fond de l’épaule et non plus au petit bonheur la chance occasionnant un écart latéral, assez haut cependant pour éviter une remontée inopinée de crosse qui fera monter le coup. Il faut, de plus épauler fort et en ligne pour que la crosse n’ait aucun jeu horizontal, la « technique » d’épaulement n’étant plus ici nécessaire pour rendre le recul acceptable, mais bien pour le gérer tout en restant précis autour des 1-2 minutes d’angle promis par ces armes aux distances usuelles de tir.
Si l’on suit les forums, on se rend compte qu’en Afrique où la plupart de ces calibres forts sont couramment employés, cette précision est régulièrement atteinte car aux mains de gens qui s’appliquent et surtout s’entraînent avec des armes différentes à ce qu’ils emploient habituellement. Les conseils des guides, sur le terrain, sont d’ailleurs de tirer quelques boîtes de douze magnum, puis avec sa carabine avec des charges légères qui rendront acceptables ensuite les pleines charges.
1/Citons pêle-mêle parmi les quelques « brutes » qu’il importe de savoir dompter avant d’espérer en tirer quelque chose : les 338 Weatherby et Lapua Magnum, le 375 Remington Ultramag, le 378 Weatherby Magnum, les 416 et 460 Weatherby magnum. Tous les Nitro Express et autres fusils d’arrêt, boxent dans une autre catégorie car plus lourds, et se tirent le plus souvent sans optiques, aux visées « fer » et reculent autrement. Voir à ce sujet la belle vidéo sur le Net du 700 NE fabriqué par l’Atelier Verney-Carron calibre certes énorme, mais toujours tirable parce que l’arme est parfaitement équilibrée.



