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9 août 2019

Kimber et Dakota : le choix du retour à l'alimentation contrôlée

Il est toujours difficile d’abandonner une bonne idée, et de ce côté, l’alimentation contrôlée inventée par Mauser sur son modèle 89 en fut assurément une, au point que Winchester, quand il abandonna en 1964, le large extracteur à lame de sa fameuse carabine 70, permit à deux marques américaines, de reprendre à leur compte ce concept, de l’étoffer et d’en faire leur cheval de bataille pour s’établir dans le paysage de l’armurerie locale, puis mondiale.

Kimber in rifleman

Fondées en 1979 et 1982, elles sont quasi contemporaines avec des trajectoires économiques presque parallèles qu’on ne peut retrouver qu’au pays de l’oncle Sam où toute initiative individuelle, particulièrement en matière d’armement peut arriver à déboucher à tout moment, loin des tracasseries administratives en tous genres. L’odyssée de Jack Warne (décédé en 2006) est celle d’un australien fondateur de Sportsco pour des 22 LR qui suivit en 1968 son repreneur, le groupe Omark (propriétaire un peu plus tard également en 1975 de CCI, Speer, Weaver) et fonder Kimber of Oregon en 1979. Il buta sur des difficultés économiques l’obligeant à s’associer dix ans plus tard, avec un industriel du bois, puis en 1993 avec le fonds Eldermann qui rapatria l’affaire à Yonkers (New-York) et Ridgefield (New Jersey) diversifiant la marque devenue « Kimber of America » dans l’arme de poing et notamment avec un grand succès pour des reprises du Colt 45 modèle 1911.

catalogue dakota

Dakota de son côté fut fondé en 1982 par Don Allen (1941-2003) et Peter Grisel à Sturgis (Dakota du Sud), ville célèbre pour son grand rassemblement annuel de motos Harley-Davidson, acquérant ensuite des petites marques pionnières de l’usinage par électrofusion (Nesika Bay), et de la conception assistée par ordinateur (Miller) technologies nouvelles à l’époque, permettant de diminuer de plus de moitié certaines opérations. Dakota avec son modèle 76, tout comme Kimber s’engouffrèrent dans la brèche laissée béante par le retrait en 1964, chez Winchester, du large extracteur à griffe qui avait fait le succès du modèle 54 né en 1925, (vendu à 450 000 exemplaires jusqu’à la crise de 29), puis au modèle 70 vendu ensuite à deux millions d’exemplaires. La fiabilité de cet extracteur n’était plus utilisée en 1986 que par Ruger et son modèle 77 et il présentait deux atouts : une sécurité sans faille face à la charge des animaux dangereux quand il s’agissait de doubler, et surtout de proposer des boitiers permettant de monter jusqu’aux plus gros calibres du marché.

images (1)

C’était, si on veut, une réponse américaine aux anciennes carabines Rigby, Holland-Holland, Westley-Richards mais cette fois dans un style très US : crosses  droites dans l’axe du canon, poignées pistolet d’un angle non agressif, devant s’amincissant progressivement pour s’arrondir au bout et couronnées d’ajout en bois différents, ébène, palissandre. Dakota poussa même jusqu’à décliner en 1992 une gamme de munitions exclusives avec l’aide de Hornady (7mm, 300, 330, 370,404), toutes basées sur le 404 Jeffery, antique calibre africain introduit en 1910, raccourcies à 2,5 pouces. Seul, tout en haut de l’échelle, son 450 dont les caractéristiques étaient assez proches du 460 Weatherby, était issu du 416 Rigby, mais toutes ces munitions étaient non magnum. Un choix assumé pour une alimentation plus rapide et fiable que des cartouches à fort épaulement et plus forte capacité de poudre.

Kimber a ses débuts reprit grâce également à la conception assistée par ordinateur l’amélioration de Winchester pré 64 avant de reprendre à son compte le large extracteur Mauser élargi et fiabilisé sur une action au profil plus arrondi favorisant en outre un bedding plus précis et proposer au tournant du siècle trois boitiers : un standard autour du 308 W mais pouvant aussi accueillir 7X57 et surtout 30-06 ; un grand format allant du 375  HH au 458 Lott ; enfin un spécifique pour les petits formats « bouteille » Supershort Magnum.

D’un côté comme de l’autre c’est en se rapprochant de groupes plus puissants, notamment Remington depuis 2009 pour Dakota que ces sociétés ont pu se développer. Les difficultés de l’une comme de l’autre butèrent d’ailleurs sur le franchissement de sauts technologiques : par exemple, en 1989 pour Kimber et la réalisation de ses boitiers Big Game, et Dakota un peu avant face à la concurrence des armuriers artisanaux catégorie qu’elles commençaient toutes deux à quitter pour prendre une autre dimension. Il faut en effet comprendre que si, en France on ne compte que sur les doigts d’une main, les armuriers capables de concocter à l’unité des carabines « sur mesure » pour les clients en ayant les moyens (citons pour ceux qui nous viennent le plus rapidement à l’esprit Eric Briano, Joël Dorléac, J.P.Ridon par exemple), aux USA il y en a un ou plusieurs dans chaque grande ville, sans même parler des passionnés de calibres spéciaux ou « wildcatters » capables de bricoler là-dessus plus ou moins efficacement au fond de leur garage ! Faites ça dans notre beau pays, et la maréchaussée ne tardera pas à venir aux nouvelles surtout en ces temps d’état d’urgence…

Un bon exemple : en 1980 une Dakota mod 76, extrêmement aboutie (4 choix de bois, et 4 grades qu’on pouvait choisir sur ébauches) valait 1200 dollars somme qui doublait si on voulait lui installer que du meilleur en embases, lunettes, etc . Par contre une Winchester 70 d’occase pré 64 en bon état se négociait 400 dollars, prix également d’une Zastava neuve, toutes armes présentant les caractéristiques des Mauser 98 à grand extracteur. On peut donc comprendre que les « customers » en tous genres préféraient partir de ces armes de base pour concocter à leurs clients, et à peu près pour la même enveloppe finale, des carabines collant cette fois exactement aux desiderata précis de chacun.

Dak bloc tombant farq Mod 10

Ce sont ces nouvelles considérations économiques liées à leurs premiers déboires, qui permirent donc aux deux marques de diversifier considérablement par rapport aux artisans de base leur offre et d’atteindre comme pour Dakota en 2009 la barre des 35 salariés. Outre son emblématique modèle 79 de ses débuts avec même une version Traveler démontable (on dit takedown de nos jours) en trois grades (Classic, Safari, African) elle déclina ensuite un modèle 97 sur la même base, mais plus simple et légère avec des crosses synthétiques et également des productions plus anecdotiques comme une reprise (réduite à 80% de ses dimensions d’origine !) de la carabine Sharps, et surtout (en 1991) un modèle 10 à un coup sur boîtier type Fahrquarson proposé du minuscule 17 HMR à son gros 404. (ci-contre à gauche)

kimhunter5

Pour Kimber of Oregon, devenu en 1993 Kimber of America, l’arme de poing, notamment la reprise en high tech du Colt 45 modèle 1911 partagea la une des revues spécialisées avec cinq modèles de carabines couvrant toute la gamme des chasses possibles dans le monde. Des carabines légères faisant appel à la fibre de carbone pour la montagne (Adirondack, Alpine, Ascent)  et des munitions puissantes pour tirer juste et loin. Une Open Country pour la plaine, là où se concentrent, des Rocheuses aux Appalaches, la majeure partie des chasseurs de « whitetail » (cerf de Virginie), et une généraliste « Hunter » modèle disons économique (autour de 1000 dollars quand même)  d’une gamme assez onéreuse dans les calibres moyens (243W au 30-06) : des plus modernes (6,5 Creedmoor) aux plus anciens tel le « vieux » 257 Roberts. Le tir lointain des nuisibles ne fut pas oublié avec la « Pro Varmint » sur toute la gamme habituelle 222-223, 204 Ruger, 22-250. Et en 2009 on compléta par le haut avec la Big Five avec la classique Caprivi, et la moderne Talkeeta pour les amateurs de chasses exotiques du 375HH au 458 Lott.

Ces deux marques encore assez confidentielles en France, surtout pour des raisons de prix, méritent d’être connues en ce qu’elles sont caractéristiques d’options armurières particulières : un retour au classique certes,  mais de haute qualité en vertu du fait que chaque chasse au gros gibier est un moment rare et précieux de rituels à partager pour une arme de haut niveau, et donc d’un certain prix, et bien sûr associées à des accessoires du même acabit.

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