Ruger : le modèle 77, et le calibre 375
Il en traîne une petite demi-douzaine sur le Net et il n’est peut-être pas inutile pour les amateurs d’occasion d’en savoir un peu plus sur cette très bonne carabine bien sûr moins connue que les emblématiques Winchester 70 et Remington 700. En annexe, nous aborderons le calibre qui, depuis 2007, va avec, le 375 Ruger, offrant un concurrent direct et récent du célèbre 375 Holland/Holland.
Ruger a su se tailler une place à part dans l’immense industrie armurière US grâce à des initiatives hardies comme relancer (1955) avec son Mod. N°1 une magnifique carabine à un coup sur base Farquharson (1), revisiter des revolvers au look vintage genre Colt (Blackhawk, Redhawk), ou une semi auto en 22 LR qui plait toujours : le modèle 10-22. En 1968, la carabine Mod.77 sous l’impulsion de l’ingénieur J.Sullivan, (aidé pour le design par le collectionneur Lenard Brownell ) joue, face à la concurrence des atouts de design, précision, fiabilité et à moindre coût en faisant largement appel à des pièces moulées par microfusion, plus solides que les anciennes pièces forgées, et partout où c’est possible des ressorts hélicoïdaux. La culasse est à deux tenons comme le système Mauser, mais sans garder le large extracteur à lame fixe et l’alimentation contrôlés qui va avec. L’éjection s’effectue par un bonhomme sous tension. La principale originalité consiste en une liaison crosse-action dont la vis inclinée vers l’arrière « tire » la crosse vers le métal, et dans le sens du recul, assurant solidité et meilleure liaison de l’ensemble.
En 1991, la carabine est affinée sous le vocable MK II qui revient à l’alimentation contrôlée type Mauser, une sécurité non plus à deux, mais trois positions, permettant de bloquer le percuteur tout en pouvant actionner le verrou et décharger en toute sécurité. Le déclencheur n’est pas encore réglable, mais aux USA, des tas d’adaptations (Timney entre autres) sont possibles, et en 2006 le modèle Hawkeye améliore ce point. De nombreuses versions avec toutes sortes d’options de crosses et de finitions voient le jour : Lightweight et International, dans toutes sortes de calibres du Varmint au Safari Magnum (375 HH, 416 Rigby, 458 Winchester, 458 Lott).
Il est à noter que cette carabine servira de base au fusil canadien SAR pour la recherche et le sauvetage (en 30-06) avec crosse orange repliable, et canon de 14,5 pouces, pour les aviateurs perdus dans le Grand Nord, et jouera le jeu du cahier des charges pour faire (en 308W avec canon de 16,5 pouces) une carabine « Scout » selon les critères définis par le colonel Jeff Cooper de la Gunsite Academy (2).
En 2007, Ruger développera avec Hornady un calibre spécial le 375 Ruger initialement adapté aux modèles Hawkeye African (crosse en bois canon de 23 pouces), et Alaskan (composite Hogue canon de 20 pouces) relativement lourdes (4,25kg) pour encaisser la grosse charge. Les performances avec des grosses balles de 250 (16,2 grammes) à 350 grains (22,7 grammes), en font une munition non ceinturée un peu plus rapide (700m/s) mais aussi puissante (4000 joules à 100m) que le 375HH dont c’est le concurrent le plus direct car les armes qui le portent sont moins chères. En effet, le fait d’être non magnum évite d’avoir à modifier une conception d’action peu coûteuse et déjà largement amortie, l’autre atout étant d’offrir des performances optimales sans passer par des boitiers longs. Le large et compact boitier Ruger permet de faire aussi bien qu’un classique HH avec un canon de 20 pouces, et mieux en vitesse avec un canon de 25 pouces. Autre vertu de la grosse section, à distance proche, le canal lésionnel est important permettant mort immédiate ou suivi rapide pour les gibiers de grande taille ou dangereux. S’il n’y a que quatre chargements actuellement produits par Hornady, ces derniers sont assez bien répartis démarrant avec une GMX 250 grains (16,2 g.) pour le tir de près qui garde une énergie d’impact de plus de 5000 joules permettant de tirer des animaux de 600 kg ou plus. L’Interlock 270 grains (17,5 g.) demi-blindée à pointe renforcée est préconisée pour les animaux jusqu’à 350 kg tirés à moins de 250m distance au-delà de laquelle la prise au vent peut poser problème. Autre demi blindée en acier doux cuivré, la DGS de 300 grains (19,44g) a une pointe plate pour éviter le basculement à l’impact. Elle est adaptée aux tirs placés pointe de l’épaule et partie avant des poumons pour arrêter sur place les gibiers dangereux. Même objectif pour la DGX de même poids à nez rond et chemisée acier doux cuivré destinée à pénétrer en ligne droite après expansion. Ces deux projectiles de conception maîtrisée et économique, sont admis pour des gibiers dangereux notamment les félins, jusqu’à 600 kg.
Les rechargeurs manuels peuvent toujours tenter de monter en vitesse avec certaines balles (Nosler 260 grains), mais dont le potentiel balistique et la précision ne sont vraiment utilisables que dans des canons de 26 pouces, sans même parler de l’économie de bruit, de souffle et de recul avec ces canons longs. Si l’on suit les sites spécialisés US, c’est plutôt « vers le bas » que la polyvalence de ce calibre relativement récent peut s’envisager avec des balles légères (Sierra 200 grains) au départ conçues pour le 375 Winchester et la chasse de gibiers plus légers autour de 100 mètres. La vitesse est conséquente (787m/s) mais n’atteint pas les limites du taux de torsion des rayures (1/12) rédhibitoire quand on approche les 900m/s, ni la prise au vent toujours à craindre pour des balles légères et rapides : à 250m, un souffle de travers de 10km/h peut balader la balle sur trente centimètres ! Toute erreur en ce domaine entraînera un tir mal placé, éthiquement condamnable. Plusieurs balles de 235 grains (15,23g) sont offertes par Speer, Barnes (TSX), Woodleigh (Weldcore), autour de 660m/s, les balles plus lourdes, si bien placées étant encore efficaces à 200 mètres sur les cerfs et grandes antilopes. Parmi les balles classiques moyennes à lourdes, Sierra avec les Gameking (250 et 300 grains), présente des gaines presque doubles par rapport à leurs homologues de plus petit calibre et des noyaux plus robustes. La première convient aux cervidés à distance proche ou modérée, la seconde aux grandes antilopes genre koudou, de même que l’orignal ou l’ours. Pour la longue distance, comprenez par là à des conditions de tir inconnues (voire peu recommandées en France), les rechargeurs US utilisent des grosses balles de 270 grains (Speer BTSP) qui dépassent encore 550m/s à plus de 500 mètres sur des gibiers jusqu’à 200 kg !
Par contre les canons, en général de 22 pouces ne permettent pas forcément d’exploiter au mieux l’avantage de vitesse. Dans ces dimensions pour respecter les oreilles des voisins, le frein de bouche est à proscrire, mais nous avons là des carabines maniables et polyvalentes dans un calibre qui pourrait intéresser la battue car une grosse balle de 375 quelconque sera bien plus tolérante qu’une « 30 » mal choisie, qui plus est sur un tir mal placé. Mais dans ces « hauts » calibres tout n’est pas forcément un lit de roses et beaucoup affaire de compromis. Plus de vitesse dit plus de recul…moins de poids, encore plus de recul, et l’addition des deux… une belle ruade ! A méditer donc avant de se lancer sur ces munitions disons « viriles » !
1/ Voir notre archive du 7 février 2017
2/ Voir notre archive du 1er février 2019




