Pigeon ramier : préparez vous au "grand truc" de la Saint-Luc
Dans notre région, même s’il n’a jamais eu le même engouement que dans le Sud-Ouest, le ramier, du fait de la raréfaction du petit gibier naturel, gagne peu à peu du terrain. Autrefois pis-aller de quelques retraités perclus qui continuaient à promener leurs fusils sous les grands chênes, ou de ceux qui n’avaient pas de chien, il intéresse peu à peu les gens et remplace le lapin, comme « fonds de chasse », sur toute l’étendue d’une saison.
Bénéficiant d’une trame d’observations précises grâce aux palombières du Sud-Ouest qui tiennent des carnets de cabanes (comme nos sauvaginiers au gabion), on sait que l’espèce est loin d’être en danger, bien au contraire comme le montre une récente enquête ONCFS sur les vingt dernières années. L’analyse de près d’un millier d’observations confirme les impressions des chasseurs : les pigeons sédentaires, particulièrement dans l’Ouest ont augmenté de 100%, et les hivernants de 67% ! Finis donc les « grands passages » des cols pyrénéens de l’après-guerre, chers au Docteur Rocher : la migration, du fait des nouveaux modes de cultures, et principalement du maïs, fait stationner la vague bleue en s’échelonnant sur tout l’Ouest, au gré de sites de stationnement nombreux et bien fournis où entrera sans doute de plus en plus en cause, le réchauffement climatique.
Pour nous, chasseurs de l’Ouest, un nouveau paramètre va également entrer en ligne de compte outre les sédentaires cantonnés « sauve bredouille » du début de saison, dans l’attente du « pic » de migration souvent aléatoire (1), celui des oiseaux dits désormais « en mouvement ». Expliquons-nous un peu. Nous savons tous que l’excédent de sédentaires qui, par faute de prédateurs multipliant les couvées dans les haies de nos villages, se regroupe un peu avant les grandes dates de la St-Michel et de la St-Luc. Ces petits groupes, après les ensilages, n’ont pas besoin d’aller bien loin, avec des temps de vol raccourcis pour se nourrir et risquent fort de s’agréger aux bandes issues de la migration et incitées elles aussi, à stationner plus longtemps de place en place selon la nourriture disponible.
Le chasseur va donc devoir être beaucoup plus technique et spécialisés, au niveau du matériel bien sûr, lequel a bien évolué certes (2), mais surtout être plus attentif à la météo, aux premiers coups de froid, aux vents d’Est ou de Nord, et à la lune qui influe, comme l’ont démontré les études scientifiques sur les déplacements nocturnes. De ce côté, le calendrier 2019 nous montre un premier coup de pleine lune les 12-13 octobre qui risque bien d’ouvrir la saison. A surveiller ensuite la nouvelle lune du 28 octobre et une nouvelle pleine lune des 10-13 novembre. Pour les raisons évoquées plus haut, il faudra aussi être plus mobile, s’adapter à d’autres lieux (talus, bordures de zones de pose, couloirs de passage vers des dortoirs de quelques jours), et non plus se contenter d’aller, par habitude vers des halliers répertoriés depuis des lustres, dans la mémoire cynégétique du patelin…
1/ Dans notre région, aux confins de trois provinces (Normandie-Bretagne-Maine) un grand vol de mille palombes a été observé un mois durant mi-janvier disloqué ensuite en petits groupes. Le dernier grand passage d’une telle ampleur, datait de 2015.
2/ Les chasseurs spécialisés pigeon, disons ceux qui disposent d’un minimum de formes variées susceptibles de s’adapter aux changements de conditions climatiques changeantes, se comptent encore sur les doigts d’une main dans nos chasses communales même si tout le monde en tire plus ou moins, et en désespoir de cause pour n’avoir rien fait les jours ouverts, le soir « à la passée ». Celui qui s’investit dans ce secteur s’engage au minimum dans la demi-journée du fait du temps de camouflage du poste, et de la mise en place des leurres. Une attitude qui est à rapprocher de ce que font les chasseurs de gibier d’eau.



