La véritable histoire du "Revenant"
Ce film véritable best-seller où l’on voit l’acteur Léonardo di Caprio, chasseur gravement blessé par un grizzly et menant une longue vengeance contre ceux qui l’avaient abandonné part, ce que l’on sait peu, d’un fait réel, mais largement brodé pour les besoins du film.
Hugh Glass, la quarantaine, originaire de Virginie était un des participants de l’expédition Ashley-Henry, menée au printemps 1822 sur le Missouri pour les fourrures de castors et il fut bien victime d’une attaque d’ours, mais en plein territoire indien hostile, il était difficile de s’attarder autour d’un blessé grave, quasiment condamné. On donna donc une prime aux deux volontaires susceptibles de veiller à ses derniers instants et de l’enterrer le plus discrètement possible. Jim Bridger était un tout jeune homme, orphelin à l’âge de 5 ans, originaire de Virginie qui se laissa convaincre par John Fitzgerald, plus âgé, d’abandonner le blessé à son triste sort. Glass, et en cela le film fut assez fidèle à son odyssée parvint…après 200 km de marche à retrouver la civilisation, et en premier lieu Bridger à qui il pardonna en raison de son jeune âge. Ce fut plus difficile pour Fitzgerald qui, entretemps, s’était engagé dans l’armée…mais en fut quitte un peu plus tard pour une bonne râclée !
Le jeune Bridger tint sûrement compte de cette triste expérience pour devenir rapidement un expert de la chasse et des fourrures qui créa en 1830 la Rocky Mountains Fur Company, et fut le guide principal de l’expédition (1854) du milliardaire britannique Sir Georges Gore qui emmena une cinquantaine de personnes sur les pistes du Wyoming. En 18 mois, elle préleva 40 grizzlys, 2500 bisons, et un nombre incalculable de wapitis, élans et autres menus gibiers. Mort en 1881, rangé de toutes ces aventures dans un des plus importants ranchs du Missouri, il fut marié trois fois, toujours à des Indiennes, et une forêt nationale porte son nom dans le massif des Tetons, au N.O. du Wyoming.
Un état où perdure le danger des ours puisque le 13 septembre 2018, un guide de chasse y a été tué, un peu aussi il faut bien le dire, par manque de précaution. Le lendemain, après que son client eût fléché à l’arc un wapiti, étant occupé à dépecer le cervidé, il fut attaqué par une ourse suitée d’un petit de 80 kg. Il avait bien une arme de poing…mais il s’en était débarrassé dans son sac à dos pour avoir les mains plus libres ! Le client, sur ses indications, courut la chercher, fut poursuivi par l’ourse qui le mordit à la cheville, mais quand il voulut tirer…le Glock n’était pas approvisionné, et le fauve retourna sur ses pas s’acharner sur le guide. Comme le montre la publicité ci-contre à droite : "personne n'est assez fou pour négliger les bonnes vieilles recettes concernant le pouvoir d'arrêt"...
Pragmatiques, comme toujours, les chasseurs US se préoccupent d’ailleurs de ces possibilités de « mauvaises rencontres » plus difficiles à résoudre qu’autrefois avec les calibres « moyens » dont dispose à peu près tout le monde dans le bush. Il faudrait en effet des balles « lourdes pour le calibre » selon l’expression consacrée, qui malheureusement, n’existent plus forcément au catalogue des fabricants depuis que la mode est aux hautes vitesses. Autrefois il y en avait au moins une par calibre : pour les 308 on poussait jusqu’à 220 grains, les 7 mm (7X57, 7 Weatherby) 175 grains, les 6,5mm, des round nose de 160 grains. Le vénérable 270 Winchester, calibre « moyen » par excellence étudié au départ pour 130 grains, pouvant monter jusqu’à 160 et même 170-180 grains ! Seul le rechargement, plus commun Outre Atlantique que chez nous peut y pourvoir, certains experts préconisant même, pour ce tir de défense, plus que de chasse proprement dite, des munitions moins chargées en poudre et offrant moins de recul, et donc un meilleur contrôle pour des tirs plus précis, et surtout plus rapides, car à 50m. l’ours qui charge est sur vous en quelques secondes. De ce côté, les armes d’épaule sont toujours conseillées prioritairement face aux armes de poing de gros calibre (comme celle ci-contre à g.) dont le poids, et surtout le souffle doivent être réservées aux experts. Ce n’est pas un hasard si toutes les administrations (police, gardes, forestiers, cantonniers) sont équipées…du bon vieux fusil à pompe tirant des « buckshots », autre nom de nos chevrotines ! Le tir dit « d’arrêt » est impératif à la tête, la vitesse important peu puisque on tire de près, voire…de très près ! Et c’est là qu’intervient la notion de balles à forte densité de section, laquelle est le rapport du poids de la balle au carré de son diamètre. Plus la balle est lourde pour son calibre, plus cet écart-type est élevé et à des chances de pénétrer, avec des balles « solides », une boîte crânienne particulièrement résistante. Si vous doublez la masse, vous doublez l’énergie, et si, par-dessus le marché, vous doublez la vitesse vous la quadruplez ! C’est là que réside une partie de la magie et l’engouement actuel pour des petites balles rapides avec lesquelles, selon les prospectus seule « la vitesse tue ».
Comme bien souvent la vérité est à la croisée des chemins et surtout affaire de conception de la balle. L’efficacité du projectile est une histoire de compromis entre la masse, les matériaux, le concept de construction pour fonctionner correctement à une vitesse donnée, ce qui fait pas moins de quatre critères à harmoniser entre eux. La « quadrature du cercle » en quelque sorte…



