Hélices et autres turbines : les concurrentes oubliées de la Brenneke
Les balles autrefois « franches » pour fusils lisses nous intéressent de plus en plus, sanglier oblige ! Jamais avares de papiers sur le sujet, il faut bien se rendre compte (voir notre archive du 18 décembre 2017) qu’on réinvente souvent de vieux concepts. Notre vieille « Manu » et ses catalogues qu’on se plait à feuilleter inlassablement, nous le rappellent à chaque page «munitions»…
En 1900 on trouvait, provenant de la Cartoucherie Française, deux modèles de balles « Hélice », puis de 1920 à 1960 les « Faunia » et « Francia », des diabolos à hélice intérieure et orifices de sortie faites par Gévelot, et conçues sur le système Stendebach, fécond inventeur, armurier et homme d’affaires allemand dont la carrière est mal documentée, sinon qu’il commença à Suhl en 1899, et termina à la fin des années 30 à Augsbourg sans jamais être semble-t-il, associé à l’aventure nazie, malgré, en 1936 un prototype de semi-automatique curieux (1) qui aurait pu intéresser la Wehrmacht.
Carl Fiedrich Stendebach (ci-contre à dr.) déposa de nombreux brevets qui nous sont parvenus et l’ont quelque peu fait sortir de l’oubli : en 1904 pour un pistolet d’abattage, en 1907 pour des armes « pivotantes » sur le côté, tournant ainsi les brevets conventionnels Anson. En 1906, il fut, dans une cartoucherie à Leipzig associé au fameux Kersten (des verrous Merkel), expliquant sans doute bien plus tard entre 1928 et 1933, la création d’une cartouche « propriétaire » sur base Mauser en 8X71, se confondant pour les mensurations avec la plus ancienne (1909) 8X71 Peterlongo. Sur ce cliché la Peterlongo est au-dessus, la Stendebach en dessous.
Sa balle par contre était particulièrement sophistiquée combinant deux masses de plomb dur et doux, enserrant une bille d’acier. Il fit, sur base de 8X57, de nombreuses carabines, drillings, pour des armes pivotantes (ci-dessous à dr.) qui font la joie des collectionneurs, mais sa réussite fut certainement sa fameuse balle « Idéal » pour fusils lisses, misant sur l’aérodynamisme de son tunnel interne pour entrer en rotation, la fragilité de conception ajoutant ensuite à l’expansion quand elle avait frappé le gibier comme à l’emporte-pièce.
Dans la période de l’après-guerre, les balles « Rajon » ou « MF », voire « JR » était destinée au canon rayé « Supra » qu’on ne trouve plus depuis longtemps. Il s’agissait d’un projectile de plomb tourné à deux ou trois gorges destinées à prendre les rayures au pas très long, destiné à donner un effet gyroscopique, la stabilité étant assurée, comme pour la Brenneke, par une bourre liège vissée ou collée. Pour les amateurs, les canons rayés actuels au pas très court stabiliseraient difficilement ces vénérables reliques faites pour l’Idéal, le Robust, le Simplex, mais surtout le Perfex, notamment le modèle 930 disposant du canon spécial de 66 cm avec hausse à feuillets, déjà pour « taper » le sanglier et faire, avec en complément le canon de 71, un « combo » avant l’heure.
Mis au point dans l’entre deux guerres, le canon « Supra » avait vocation dispersante (bécasse, lapin), mais la publicité l’indique bien « …permet le tir à balle ronde, conique ou MF avec précision suffisante pour une distance de 50 à 100 mètres ». Ces six rayures larges et peu saillantes au pas allongé prenaient la suite du « Paradox » (en bout de canon) en 1885, suivi par Webley (1888 rectiligne à développement hélicoïdal), Greener (1889, rayé jusqu’aux chokes), Westley-Richards avec ses projectiles spéciaux « Explora » (en 12), et « Fauneta » (en 20) dont nous parlerons bientôt. Le tir à balles dans les canons lisses, on le voit, est donc une vieille affaire qui revient sans cesse sur le tapis roulant de vieilles idées sans cesse ressassées…
1 /Ce prototype assez révolutionnaire en 1936, (ramené par un soldat US d’un lot d’armes confisquées pendant la guerre) fait l’objet d’une belle vidéo sur le site US « Forgetten Weapons » que l’on peut traduire par « Armes oubliées » et que vous trouverez facilement sur le Net. Il ne fonctionne pas par emprunt de gaz, mais par ressorts et genouillère (un peu comme le pistolet SA Luger), avec un magasin rotatif comme le Johnson concurrent du Garand, avec pas mal de pièces (pontet, plaque de couche, grenadières) en alu.





