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14 février 2020

Les balles "Explora" et "Fauneta" de Westley-Richards

L’arme rayée recule-t-elle autant que l’arme lisse ? Voilà une vieille théorie qui de James Forsyth à Greener, tenaillèrent nos anciens. Etaient en cause les rayures censées offrir une résistance, ou plutôt une friction augmentant la pression. On était, il est vrai au temps de la poudre noire qui détone -explose si vous voulez- au lieu de se consumer plus ou moins vite, c’est pourquoi on parle d’ailleurs désormais de poudres « progressives ».

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C'est la raison, avant la cordite, pour laquelle les gros calibres avaient la cote, le lisse permettant de tirer des balles plus lourdes car, au départ le recul c’est poids et vitesse de balle, la résistance du canon entrant pour peu de choses, les rayures pouvant seules peut-être apporter un effet de couple parasite (1). Les 10 et 8 étaient donc des fusils standard, la limite « encaissable » semble-t-il par l’épaule du chasseur moyen étant de 8 drams (2) de poudre noire, associée la balle ronde de 600 grains (39 grammes) le tout autour de 450m/s. C’est l’arrivée de l’invention du colonel Fosbery (1885) avec la rayure « Paradox » profonde en bout de canon qui amena à se poser ces questions de recul tant sa polyvalence (de la bécasse au tigre !) s’imposa : lisse d’un côté, rayé de l’autre on était, au temps des « colonies », paré à toute éventualité. Mais on se creusait la tête pour savoir lequel des deux reculait le plus…les utilisateurs de drillings actuels, dans le feu de l’action, font-ils d'ailleurs la différence ?

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Sous l’égide de Holland/Holland qui avait pris le brevet, on se rendit vite compte cependant que le fameux « double usage » chargé à 4 drams, céda vite la place à un emploi « carabine » de 8 drams lançant une balle de deux onces (presque 50 grammes), pour supplanter les vieux « 8 », le « freinage » brutal en bout de canon à la prise de rayures réduisant un peu le recul, les balles « Paradox » étant sous-dimensionnées. C’est ce qui explique le succès des « jungle guns » d’Army et Navy (3) de Webley and Scott qui prirent le relais en tant qu’armes polyvalentes offrant, aux côtés du canon lisse, six rayures peu profondes pour pousser une balle ronde classique.

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Tout le monde s’étant engouffré dans la rayure des canons mais avec des procédés différents pour contourner le brevet, Westley-Richards dut attendre son extinction en 1889 pour le faire adapter par son maître armurier Leslie B.Taylor, mais cette fois « vitaminé » aux poudres vives qui venaient de faire leur apparition. La gamme « Explora » (en 8-10-12) et « Fauneta » (en 20 et 28) proposait, à partir de 1905, une cartouche spéciale en laiton avec un projectile très élaboré digne de nos balles techniques actuelles, la masse de plomb en forme de diabolo, reposant sur une bourre de papier collé, et coiffée par un cône de laiton expansé pétalisant et ouvrant la voie, le tout mis en mouvement par l’effet gyroscopique inspiré par les rayures,  bien sûr décuplé par la nouvelle poudre.

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En calibre douze la balle de 750 grains filait à 378m/s à la bouche et 3650 joules, avec une précision de 3 pouces (7,6 cm) à cent mètres, mais utilisable au-delà, les hausses à feuillet proposant jusqu’à 300 yards (voir ci-dessous) ! Son concurrent direct en arme rayée le 303 british ne proposait au maximum qu’une balle de 215 grains et là, cette fois, on était équipé pour affronter tigres, panthères et léopards avec : à droite une bonne once et demi (42 grammes) de chevrotines, et à gauche la grosse balle de plus de 50 grammes ! La « Fauneta » encore plus précise en 28, permit ainsi à l’épouse du maharajah de Dhar, de prendre, en 1919, un tigre de plus de 3 mètres ! Bien sûr, ce furent aussi les nouvelles poudres, associées à la qualité de fabrication de la firme britannique qui popularisèrent ce projectile, emmené par exemple par l’explorateur polaire Amundsen face à la menace des ours blancs.

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De nos jours, le Paradox est toujours proposé en option par certains constructeurs, et peut toujours marcher avec les balles courantes genre slug et Foster, faut juste faire des essais. La balle Explora avait besoin d’une cartouche spéciale qui n’existe plus, à moins que Westley-Richards (4) ne la refasse ?

1/La charge devant être supérieure pour bien « forcer » la balle, le poids de cette dernière et la charge de poudre jouent plus que les rayures dans l’effet de recul, lesquelles nécessitent un canon plus lourd que le lisse. Dans la période moderne, à même poids d’arme, des essais entre un 20 lisse et un « 62 » rayé (même poids de balle) ont montré des différences de vitesse négligeables, seulement il fallait une plus grosse charge de poudre pour que le rayé approche les mêmes vitesses. Les balles rondes ont besoin d’un pas de torsion rapide (1/58), ce qui implique plus de couple et jouera plus sur la précision que sur le recul.

2/ Quelques chiffres à retenir quand on parle des mesures anglo-saxonnes souvent employées ici : un once = 16 drams = 437,5 grains. Un dram = 27,34 grains = 1,772 grammes. Un gramme = 15,432 grains = 0,564 drams.

3/ Army and Navy était une sorte de coopérative à disposition des coloniaux britannique éparpillés un peu partout dans l’Empire pour s’approvisionner en biens de consommation courantes, dont évidemment armes et munitions pour lesquelles souscrivirent la plupart des armuriers de renom de l'époque classique des grands fusils anglais.

4/Le magazine web de Westley-Richards se nomme justement « Explora » et mérite assurément une visite si vous vous intéressez au meilleur des armes de chasse classiques.

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