Les carabines à système Heeren
Les carabines à bloc tombant ont déjà été abordées ici dans leur généralité (voir archives du 7 février 2017), et on va tenter cette fois de résumer le système Heeren, action plus que centenaire, illustrée par des centaines d’armuriers, pas seulement allemands, puisque nous avons en France un bon connaisseur en la matière avec les Ets Dorléac de Perpignan.
Le bloc tombant était connu depuis plusieurs décennies quand en 1881 le comte Arturo Massa-Heeren (1844-1920) conçut avec l’ingénieur Beck, cette action courte, à grande force de verrouillage pour un faible poids et encombrement, le groupe de déclenchement étant regroupé autour du pontet faisant aussi office de levier d’ouverture, de sécurité, voire de stecher à l’occasion. Le brevet fut très vite vendu à l’armurier badois Nagel-Menz qui fit fabriquer les armes par Stephan Heym et son fils Max, à Sühl, lesquels les firent ensuite sous leur nom à l’expiration du brevet en 1920, puis jusqu’en 1938 associé au terme Heeren, avant la transmission à Kerner jusqu’en 1945.
Etant dans le domaine public, ce système pour armes à un coup fut repris par beaucoup d’artisans de Suhl ou de Ferlach (1) avec plus ou moins d’améliorations comme ressorts hélicoïdaux, passages à de bien plus gros calibres (2) que le populaire 5,6X52 R de l’entre-deux guerres (3), ou que les européens classiques en 6-7-8mm. En 1980, le catalogue Frankonia en proposait encore deux versions ; et de 1975 à 1995, l’armurier suisse Wutrich en fabriqua autour de 300, associés à de nouveaux brevets notamment de sécurité avec armeur séparé, le plus en pointe actuellement en ce domaine étant l’artisan germano-canadien Martin Hagn (4).
Au plan armurier, on comprend bien pourquoi, au tournant des années 1890 personne ne fit le saut de tenter de convertir à deux coups le système du bloc tombant qui existait depuis au moins 1865 avec Farquharson et ses prédécesseurs. Il fut tenté par G.Kersten en 1902, et par Miller-Greiss un peu avant (1894 : en forgeant ensemble deux canons) puis plus tard par Kaletzy, mais on se heurta toujours à la difficulté de régler la convergence de deux canons vissés face au bloc tombant. D’autres problèmes ont même été soulevés, tenant compte de la technologie moderne, illustrés par exemple chez l’armurier texan Bailey-Bradshaw comme l’extraction des étuis, et le retrait des percuteurs avant le déplacement du bloc. Il fallut concevoir pour certains étuis « collant » des extracteurs à deux vitesses, on imagine la complexité de l’opération…
Les carabines à système Heeren ont l’avantage d’être assez disponibles sur le marché du neuf et de l’occasion mais onéreuses, parfaites vu leur compacité (96 cm de longueur HT avec un canon de 60 cm), pour la chasse en montagne, l’approche-affût, avec une grande qualité et diversité du fait qu’elles sont l’œuvre d’armuriers artisanaux de haut niveau. Le boitier compact et plat vierge le plus souvent de tout axe ou pivot permet également aux graveurs de faire jouer toute leur virtuosité.
1/ Greifeld (Berlin), Grundig (Dresde), W.Glaser (Zurich), Schilling (Zella-Melhis) ; plus récemment, Hartmann-Weiss, Orea, Furtschegger, Outschar.
2/Hartmann-Weiss l’a fait, par exemple en 458 Winchester magnum.
3/Développé au départ en 1910 par Charles Newton à partir du Winchester 25-35, repris en 1912 par Savage pour son modèle 99, c’était un calibre idéal pour les armes combinées en complément d’un canon lisse. Ses performances (800 m/s, balle de 4,6 grammes, 1250 joules à 100m) en font un calibre adéquat renard-chevreuil mais pas plus.
4/ Né en 1943, formé à Ferlach berceau de l’armurerie autrichienne, ayant travaillé à New-York pour Griffin and Howe, il revint en Allemagne en 1967 au service de Kettner Cologne, Krieghoff à Ulm, se consacrant ensuite de 1973 à 1985 au perfectionnement de ce système à un coup qu’il avait découvert et promis d’améliorer lors d’une chasse en Alaska avec Gerhard Hartmann (de Hartmann und Weiss précité). Etabli depuis 1985 en Colombie britannique au Canada, il propose 4 actions allant jusqu’au 600 Nitro Express. Cet artisan exerce toujours et son site internet permet de bien comprendre son travail. Il a lui aussi tenté le coup et montré qu’il était capable de faire un bloc tombant à deux coups (en 7X57 R), mais le coût prohibitif aurait limité la commercialisation, autour de 30 000 euros.




