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24 février 2020

Chasseurs légendaires : Clayton Mack (1903-1993), l'homme de Bella Coola

Evoqué brièvement au sujet du bigfoot (1) dont il a témoigné à trois reprises la présence sur la côte Pacifique, Clayton Mack est à placer dans le panthéon des grands pisteurs d’ours au même titre que les illustres précurseurs que furent Davy Crockett, Daniel Boone, ou d’autres moins connus (2) tout en étant une encyclopédie des traditions tribales des peuples premiers Dakehl, Nuxalk, Tsilhhaqotin vivant autour du lac Anahim.

Britich col archives

 

Contemporain des grandes figures cynégétiques US souvent évoquées ici (Jack O’Connor, Elmer Keith, etc.), amérindien de la tribu Nuxalk, il fut, à 5 ans enfermé dans une peau de loup et jeté quatre fois dans la rivière pour qu’il grandisse fort comme l’animal-totem, le chiffre quatre étant porte-bonheur d’un monde réparti en quatre éléments : la terre, le ciel, la mer et les arbres. On connaît, grâce à son biographe, le Dr Harvey V.Thomassen, médecin des populations autochtones (3) beaucoup mieux la riche culture des tribus locales, vivant de la chasse et du saumon, et l’importance de la cérémonie du « potlatch » visant entre autres à donner un nom « qui indique aux gens d’où vous venez, où se trouve la montagne sur laquelle Dieu a placé votre ancêtre,  où se trouve votre village, et tout le monde savoir où vous pouvez chasser et pêcher ». Sur cette photo (British Colombia archives), Clayton Mack est à droite.

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Bûcheron, pêcheur, éleveur, conteur envoûtant, il se fit rapidement une réputation de guide efficace dans la chasse à l’ours noir, et au grizzly, pour d’importants clients U.S. dont les relations amplifièrent ensuite son aura, au point qu’il se déplaça même à Hollywood, rencontra le savant Thor Heyerdahl, ou l’acteur John Wayne. Il n’apprit l’anglais qu’au contact des « blancs » dans une région, la grande forêt pluviale primaire de Great Bear, où parler des ours c’est comme parler du temps : que font-ils, où sont-ils, les saumons sont-ils arrivés ? Cet écosystème vierge, développant un sens exceptionnel d’intemporalité magnifié par des communautés autochtones à forte culture, fut un peu mieux connue grand public lors des premiers évènements « bigfoot » suite aux articles du journaliste John Green, de l’enquêteur local Bob Titmus, et d’un autre guide, auteur de trois livres, Gary Shelton. Ce dernier, qui fut président du Central Coast, Grizzly Amenagement Commitee imposa un certain nombre de restrictions qui permit à la population de plantigrades de monter en flèche dans la décennie 70-80, mais aussi d’être au centre de polémiques sur l’écotourisme de l’ours. Il défendit en effet la chasse comme « mal nécessaire » en raison de leur prédation sur les cervidés, et surtout les veaux d’orignal (jusqu’à 80% !) certaines années. Il fut aussi célèbre pour la découverte en Amérique du Nord, du plus gros ours…qu’il n’avait pas tué ! Il s’agissait (1970) d’une carcasse (tirée trois ans plus tôt au 303 British) estimée à 455 kg, là où habituellement les plus gros spécimens n’en font que 350.

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Clayton Mack, dans ses ouvrages explique parfaitement, tout comme Jack Mac Donald dans « In bear country », la transition qui s’effectua dans l’entre-deux guerres entre les moyens modernes (bateaux à moteurs, hydravion) et les anciens « trails » qui, une fois par an, à la belle saison, via chevaux, mulets, rafting, mobilisaient de grosses expéditions. Il était en effet impossible du fait de la prédation (également du lynx et du puma) d’élever porcs et moutons, et le « deer hunting » (chasse au cervidés : wapiti, whitetail), y palliait par la venaison. La Winchester 94 lever action en 30-30, calibre qui pourtant fait sourire de nos jours, pourvoyait à tout : on préférait manger de l’ours noir que du cerf, meilleur que le grizzly à goût de poisson, que le couguar à chair blanche et goût de porc, le loup y passant aussi parfois au besoin….

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Guidant autour de 300 expéditions, il notait déjà la dangerosité des ours habitués à la présence humaine, qui ne s’enfuient pas automatiquement et défieront les humains et les chiens. De nos jours, où sous la pression écologiste, les tribus locales ont plutôt opté vers un écotourisme limitant grandement la chasse, et même si c’est bien loin de nos Pyrénées, il est peut-être bon de regarder de temps en temps ce qui se passe ailleurs…

1/ Voir notre archive du 30 janvier 2020.

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2/Wiley Carol dans le Nevada, de 1951 à 1981 (500 expéditions), Will Picket dans le Wyoming, le général confédéré Wade Hampton (500), Ben Lily déjà évoqué ici (archive du 7 janvier 2019) ou encore Tiger Whitehead qui, sur son lit de mort, refusa de tuer son centième ours car « hors action »…Nous reviendrons bientôt sur Holt Collier, autre émule de Ben Lilly, que la légende pare de 3000 ours à son actif !

3/Outre les deux ouvrages : « grizzlies and white guys » (1993), « Bella Coola man » (1994) le Dr Thomassen est également auteur d’ouvrages sur les arts et traditions populaires locales, ou de médecine.

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