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1 avril 2020

Le fameux tir réussi à 600 mètres au revolver d'Elmer Keith

Mythe, légende, à la mesure du personnage à la fois exubérant mais incontournable du monde des armes (1), le tir réussi, à 600 mètres d’un cerf mulet avec une arme de poing par Elmer Keith ne serait finalement pas si improbable que ça, puisque réitéré depuis par d’autres.

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L’épisode relaté dans « Hell I was here » (Enfer, j’y étais), est bien connu et mérite d’être résumé. Cela se passe dans l’ Idaho, dans la chaîne des Bitterroot, sans doute à la fin de saison 1954 puisqu’il vient d’être l’heureux récipiendaire d’un des premiers Smith and Wesson modèle 29 à canon de 6,5 pouces en 44 Magnum, calibre dont il est un des concepteurs. Promoteur du tir longue distance mais aussi de chasse, on sait qu’en balade avec un copain, le juge Don Martin, il vient déjà de tester ce quasi prototype à 500 m, de la portière de son véhicule sur un gros rocher qui dépassait au loin : le premier tir est dessous, les 5 autres dedans !

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C’est la dernière journée de chasse de la saison, il faut de la venaison chez Paul Kriley à Clear Creek, le soir tombe, les deux amis passent à côté de biches à cent mètres, sans tirer car il faut un gros mâle de cerf mulet, et en haut de crête aperçoivent à 800 m. une petite harde et deux mâles, rassemblée sans doute apeurée par un puma. Il n’y a qu’une seule carabine en 300 Winchester Magnum, Paul veut faire tirer Elmer (2), mais ce dernier n’apprécie pas le réglage court de l’arme à cent mètres alors qu’il va falloir tirer bien plus loin. Il envoie Paul, plus jeune, en pleine forme (« il pouvait courir comme le cerf lui-même » dit sa relation de l’affaire), faire l’approche. Coup de fusil, puis un second.

Elmer rejoint et vient aux nouvelles, la harde s’est envolée, un cerf boite bas. Il s’agit de tirer de misère un animal blessé, Elmer prend sa célèbre position adossée, et tente ce coup très long d'au moins 400-500 m. que Paul suit dans l’objectif de sa lunette : projection de boue et de neige mêlée en dessous de l’animal, trop bas ! Paul tire à son tour, raté. Elmer retire à 600 yard, le cerf accuse le coup secoue la tête, on croit avoir touché les bois, le cerf revient vers l’endroit du premier tir de Paul…qui rate encore, et se retrouve à court de munitions ! Fatalitas… Elmer l’envoie tout à la fois refaire le plein tout en contournant l’animal pour tenter de le rabattre vers lui, ce qui va prendre une bonne demi-heure, dans la nuit qui tombe. Elmer lui,  se déplace, tente de lui couper la route balisée de sang, quand il tente un troisième et dernier tir, puis perd l’animal de vue.

S’ensuivent deux fortes détonations, la carabine vient tout à coup de redonner  de la voix... « l’avez-vous eu ? », il entend « Oui » dans le lointain, et on se retrouve au résultat. Balle de patte certes au premier tir de la carabine, mais le second coup de revolver, celui qu’on croyait dans les bois c’est le fameux tir cette fois « de tête » à 600 m, mais non mortel. La balle n’a fait que traverser le museau du pauvre cervidé, lequel a décidément passé une mauvaise journée... Enfin bref, le cerf est mort d’une balle de poumon, d’origine indéterminée, sans doute la carabine, un des deux coups entendus à la fin. Le lendemain un cheval de bât ramène la carcasse, et plus tard à l’autopsie, la balle de poumon est extraite…c’est une 44 Magnum, impossible à confondre avec le 300 WM ! Durant toutes ces péripéties, la cible fut certes mouvante entre 400 et 800 m. mais le premier tir réussi, de tête est assuré à 600 m. La controverse démarrera aussitôt en rappelant les performances du 44 Magnum : la balle de 250 grains ne file qu’à 363m/s, la chute à 125 m est de 2m et de 11 mètres à 500m. pour une puissance tournant autour de 250-300 joules ! Ce qui parait bien faible pour terrasser un cerf même blessé ?

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Le tir à l’arme de poing, censée être utilisée de près, est parfois surprenant, et des historiens vont se pencher sur la question, et retrouver pendant la guerre de Sécession, la mort du général sudiste J.E.Stuart. A la tête de son état-major, il avait été raté une première fois par le sergent John Huff du 5è du Michigan qui, après un cessez-le-feu, avait demandé et obtenu l’autorisation de retenter le coup, réussi cette fois, à 440 yards, avec son Colt Army à poudre noire ! Face aux polémiques, Elmer Keith lui-même retenta le coup chez lui dans son ranch, sur une planche de 1,20 m à la même distance : après 11 tirs de cadrage, il toucha six fois !

Depuis, tous les meilleurs tireurs ont réitéré l’opération, son copain Ed Mac Givern, puis Charles Askins, et plus près de nous, Bob Munder, et surtout Jerry Miculek sur un ballon à 1000 m. avec un Smith and Wesson 929 en 9mm. Vous retrouverez facilement sur le Net la vidéo de cette tentative. Le spécialiste Roger Clouser explique la difficulté première de ce tir particulier qui est de « chevaucher le bronco », c’est-à-dire gérer le recul dont l’effet sur la précision est majeur, puisque la balle est toujours dans le canon, alors que le déclenchement lui, peut se maîtriser et s’apprendre par de longues séances de tir à sec.

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Elmer Keith tirait aussi selon une méthode bien plus précise que de tirer « en l’air » à la va comme je te pousse, au-dessus de la cible, en observant simplement les impacts dans la neige ou tout autre terrain révélateur (terre, poussière) de l’impact. Il gardait la cible sur la hausse, en montant graduellement le guidon au-dessus. Chaque année à Valleyford près de Spokane (état de Washington), le Elmer Keith Memorial Shot (ci-contre à dr.) perpétue en juin depuis 2001, ce tir fameux à des distances s’étalant de 100 à 580 m avec des calibres allant du 22 LR à l’énorme 500 SW, et toujours en « visées fer»…comme le bon vieux temps d’Elmer !

1/ La figure d’Elmer Keith est familière de ce site : voir nos archives des 28 février et 2 mars 2018.

2/Elmer était, en plus d’un concepteur hardi, un tireur hors-pair, faisant partie de l’équipe de la garde nationale de l’Idaho. Il tirait, à 100 m au revolver des balles de bowling, et fut pendant la guerre inspecteur des arsenaux de l’Utah, où sa contremarque au banc d’épreuves fait envoler à prix d’or une arme la portant. Déjà adepte du tir longue distance, il fit, pour les généraux, dans la neige, des démonstrations de tir longue distance avec le Colt 1911 alors en dotation.

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