Bref survol de la cartouche américaine
Comme beaucoup, on ne peut qu’apprécier les belles polices de caractères, les motifs ornés, les illustrations de gibiers, les scènes de chasse et de tir des anciennes boîtes de cartouches qu’on se plaisait autant à tirer qu’à admirer, rangées en rangs serrés comme des soldats de plomb, sur les étagères du garage. Ils ont trop tôt disparu au profit du « design » impulsé par des managers en col blanc, n’ayant jamais tenu un fusil ni chaussé les bottes, et si les cartouches fonctionnent aussi bien, la magie de cette époque n’opère plus autant.
De nos jours, mondialisation aidant, nous connaissons tous les trois « grands » que sont Remington, Winchester, et dans une moindre mesure Federal. Le premier brevet de cartouche «papier » datant de 1869, offrant une alternative au laiton rechargeable, le marché s’emballa en 1884 avec la machine Chamberlain de Cleveland (Ohio) pouvant produire 1500 cartouches à l’heure, que l’association de Winchester et UMC pour racheter Remington (en 1888), tua dans l’œuf. Winchester était déjà présent dans son usine de Newhaven pour les armes et les munitions depuis 1866. Et l’Union Metallic Cartridges qui s’était consolidée pendant la guerre civile commercialisait depuis 1868 des cartouches à grenaille en laiton non chargées. Remington fondé en 1816 était essentiellement armurier, sous-traitant pour les munitions, mais était positionné sur le laiton depuis 1874. Il s’était largement diversifié après la guerre civile : machines agricoles, à coudre ou à écrire.
Son rachat de 1888 jetait donc les bases d’un groupe puissant qui se ramifia en 1896 quand Winchester mit la main sur UMC devenant seul propriétaire, puis en 1933 laissant le groupe Du Pont prendre 60%, puis la totalité en 1980. Depuis 1970, son usine historique de Bridgeport (Connecticut) avait été remplacée par celle de Lonoke (Arkansas). Le crack financier de 1929 était passé par là, Winchester de son côté était entré dans l’orbite du groupe Olin-Western (1931) développant dans son usine de East Alton (Illinois) sa propre gamme. Remington qui était donc une marque filiale du groupe Du Pont resta cependant un élément déterminant du paysage de la cartouche US car il avait absorbé en 1934, une autre victime « vendredi noir », le groupe Peters véritable icône des chasseurs U.S.
Fondé en 1887 à Cincinnati (Ohio), la concurrence féroce de la Belle Epoque, avant la loi anti-trust de 1912 l’avait contraint à se structurer en filière complète autour de son usine de Kings Mills avec tour pour la grenaille de plomb, amorces, poudres (de la marque King qui était historiquement dans la famille Peters), machines à vapeur modernes, permettant à trois ouvriers de sortir 60 cartouches à la minute ! Peters, surtout, effectuait une promotion, une « réclame » disait-on alors, particulièrement active et qui réjouit les yeux de tous les amateurs : calendriers somptueusement illustrés, sponsorisation de tireurs fameux, boîtes de Noël « Quick shot » véritables collectors qui se vendent désormais à prix d’or. Au chômage partiel de trois jours par semaine, l’usine immense qui ferma en 1944 est toujours là en ruines, démontrant la force et la réputation de la marque vendue jusqu’à la fin des années 60, mais fabriquée par Remington.
Federal, arrivé plus tard en 1917, au milieu d’une concurrence féroce parvint à se frayer un chemin autour de son usine d’Anoken (Arkansas), sous son nom et les modèles « Hi-Power » à partir de 1920, mais également en sous-traitant pour de nombreuses petites firmes régionales. Il se renforça après-guerre, accéda aux percussions centrales rayées en 1963, au plastique (1) en 1965, à l’acier en 1973. Ce fut la première marque à coder en 1960 par couleur les calibres, avec des décorations sans trop d’autres fioritures que son fameux colvert.
1/Tout le monde chercha longtemps à contourner le papier nécessitant 100 opérations distinctes de fabrication, notamment du côté de l’alu et des polymères, avant que Remington ouvre la voie en 1960.


