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10 avril 2020

12 Gauge from hell : de vrais fusils...d'enfer !

Ou comment pousser aux limites du calibre 12, pas chez nous bien sûr, mais aux States où, en étant un poil outillé, on peut se bricoler de sacrées pétoires sans crainte de voir débouler la maréchaussée ? Là, pour résumer il s’agit d’un « wildcat » mais en lisse qui enthousiasme les sites US (1) et permet, tout en restant légalement en « 12 » mais un peu « renforcé » quand même (2) de tirer des balles de plus de 600 grains (40 grammes et plus) à 6-800m/s…De quoi laisser immédiatement sur place toutes nos  bonnes vieilles « brénèques » !

1212b

 

L’affaire est partie début 2000 des travaux de deux pionniers (Rob Garnick et Ed Hubel du Minnesota) voulant, à moindre frais que les gros Nitro Express, offrir sensiblement leurs performances à partir de notre bon vieux douze sortant d’une simple constatation : son diamètre de 0,729 pouces est en effet, proche du fameux 50 BMG. Oui, vous avez bien lu, la fameuse 12,7 de John Moses Browning, (sur lequel on bute à toutes les pages ici n’est-ce-pas ?), et dont les douilles en laiton de surplus sont accessibles à pas trop cher là-bas. On voit à g. comment on "gonfle" l'étui de 12,7. Nos deux pionniers sont d’abord partis sur du super-magnum de « 3,5 » (chambre 89 donc) mais poussé plus loin à 3,85, (3) mais avec comme premier hic, trouver des canons suffisamment étoffés pour encaisser le surplus de poudre super lente certes, mais bourrée à presque dix fois plus qu’une cartouche normale !

12fh

Qu’on se rassure il existe aux States, soit des petites firmes qui peuvent fournir de tels monstres « en blanc », et des passionnés outillés pour forer le chrome-molybdène de ces énormes canons, et les accorder à des boitiers mahousses-costauds, capables d’encaisser un tel choc. Hormis les blocs tombants artisanaux surdimensionnés le commerce propose des genres de « Simplex » locaux capables de résister au choc : New England Firearms, ou Harrison-Richardson qui possède outre le SB1 Standard, un SB2 avec des alliages aciers thermiquement renforcés ou Ultra slug se faisant d’ailleurs également en 10. Un fort verrou en coin ferme l’arrière qui subit 40% de la considérable poussée et où, en fait, plus ça force…plus ça tient !

Savage210

Autre postulant, le Savage 210-212 à faible coût (400 dollars), est une arme à répétition en 12 qui reprend la tradition des « goose guns » avec une forte culasse style Mauser  dont il faut immédiatement jeter le canon à la poubelle, pour le remplacer par un canon lourd, pas forcément rayé, les projectiles sabot ne s’imposant pas forcément avec de tels gros projectiles qui doivent rester transsoniques pour rester stables. La vitesse n’étant plus nécessaire avec une telle masse pour assurer une pénétration profonde. On voit ici  à g. cette arme et sa culasse impressionnante qui tire du « 12 gauge » notamment pour le dindon sauvage et l’oie des neiges.

CULOTS EPOXY

Les premiers essais se firent au départ avec des coques plastiques de super magnum, mais aussi rapidement avec des étuis laiton reformés de 50 BMG, pour être parallèles, et amorcés avec de simples culots de 12, collés à l’époxy (voir ci-contre à dr.) ! Vu la charge de poudre lente à enflammer, il fallut bien sûr aller beaucoup plus loin dans l’amorçage, ce qui fut résolu par de l’ajustage précis de culots vissés, et face au recul (5 fois celui du 300 Winchester magnum !) prévoir quelques aménagements cosmétiques indispensables pour sauvegarder son épaule. Alourdir les crosses à trou de pouce (pour bien se cramponner !), et garnir la crosse de pads amortisseurs conséquents (4). On a tiré avec ces monstres pouvant atteindre 12-13 kg des Fosters classiques, mais aussi des balles « solides » en laiton massif tourné, nous faisant un peu revenir au temps des « british bores » d’avant la cordite, mais en tenant compte des avancées de la métallurgie moderne, et de projectiles plus aboutis.  On le voit (ci-dessous) l’idée de tels étuis réutilisable n’est pas nouvelle puisque proposée sous forme de cartouches « coloniales » avant la guerre 14 par Manufrance.

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La précision ambitieuse visée au départ (6 pouces à 300 verges soit un peu plus de 15cm à 273 m) imposerait de rayer à un taux de torsion difficile à définir vu l’alésage (de 1/20 à 1/35) considérable. Les expériences du passé ayant aussi montré (avec le fusil Springfield de la guerre de Sécession) qu’on obtenait de meilleurs groupements avec les balles rondes calepinées, qu’avec la balle Minié laquelle se rapproche assez des « slugs » actuelles. La balle ronde en effet, ayant tendance, si elle perd un moment les pédales…ou plutôt les rayures,  à revenir à sa stabilité naturelle et à ne pas « culbuter ». Les tenants du 12GFH ont bien sûr expérimenté, toujours à partir des calibres plus petits notamment le 28 dans le même esprit des projectiles mieux adaptés aux balles classiques, mais bien sûr en dopant leurs performances, ce qui peut intéresser les chasseurs de whitetail, notamment pour allonger la portée où là, le sabot peut retrouver tout son intérêt. Dans les états où c’est permis, on pourrait envoyer des charges de 2 onces (57 grammes !) de « buck shots 00 », ce qui à 53,8 grains la ballette X30 cumulerait 1614 grains…De quoi stopper la charge d’une cohorte de lapins en pleine charge, rien qu’en tirant dans le sol devant elle !

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1/ Voir notamment « Shotgun world » ou « the high road » qui développent considérablement le sujet (actionnez la traduction simultanée).

2/La question s’est posée de la légalité de la chose car certains états interdisent les canons rayés de plus de 50. C’est la notion de « Gauge », différente de celle des « balles à la livre » que nous employons pour les canons lisses (sauf le 410) qui a sauvé la mise de ces armes considérées avec une certaine bienveillance dans les états pro deuxième amendement, comme « de sport ». La « Gauge » mesure anglo-saxonne par excellence, ne définit que le diamètre intérieur du canon (ici une sphère de 1/12 de livre) s’adaptant à la chambre. Le fait qu’on puisse toujours avec ces armes tirer du 12 classique… (sans doute quand même pas mal perdu dans ces gigantesques canons?), à sûrement aussi joué.

3/ On aurait donc, à côté du 2 ¾ (chambre 70), 3 (magnum chambré 76), 3,5 (super magnum chambré 89) désormais un 3 ¾ ! Va falloir refaire les manuels…

4/ Le recul avoisine le 458 Lott, mais en moins sec du fait des poudres très lentes et du gros alésage qui dissipe mieux la pression forte certes, mais progressive, en la répartissant sur de plus larges surfaces. Voir quand même la belle vidéo explicite : iphone 6 vs 12 Gauge from hell…qui fait bien souffrir deux malheureux cobayes, le premier se déboitant l’épaule, le second ayant bien du mal à conserver en main l’engin qui lui saute à la figure !

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