Armes longues...courtes !
Le bon équilibre d’un fusil de chasse est une équation difficile à résoudre, aux réponses souvent chaotiques qu’on soit bécassier ou, au contraire, sauvaginier, adepte du ball-trap ou lapinier galopant chaque dimanche derrière les bassets. Et si une arme à canon court, et donc maniable, mais chokée à fond était la panacée ?
Il faut avoir, comme nous, avoir souvent manié un Auto 5 de 62 cms, choké « full » pour se rendre compte qu’au final, il fait tout aussi bien que ses copains de râtelier de même longueur hors tout (voir ci-dessous à dr.), mais avec vingt bons centimètres de moins de longueur canon. Remington en 12 et en 20, tout comme Mossberg, seuls, font encore des fusils à canons de 20 pouces (50 cm) chokés en full, et on peut être étonné qu’à l’heure des interchangeables généralisés, personne ne voie là une piste pour une arme polyvalente, un poids léger à montée rapide à l’épaule, pointage express, proche des « fusils de gardes » d’autrefois. Compacts pour être faciles à dissimuler, ils devaient néanmoins être polyvalents.
Depuis les travaux du général Journée on sait que la longueur du canon influe peu sur la portée et la perte de vitesse. Seul le rétreint amènera une différence à 25 mètres du simple au double : le « nuage » de plombs étant de 53 cm en full, et 1 m en lisse, que le canon fasse 24 ou 30 pouces (76 cm). La perte en vitesse n’étant que d’une vingtaine de m/s.
Le seul problème du canon court à fort rétreint, et c’est ce qui explique pourquoi non seulement on en voit peu, et guère de munitions ad hoc, c’est que la charge est difficile à modéliser en dessous de 26 pouces (66 cm). Il faut tester beaucoup pour trouver une bonne combinaison qui fournira un motif cohérent et serré, particulièrement avec les charges lourdes qui sont légion de nos jours, sans même parler de la détonation qui sera plus forte.
Le coupable, avec les poudres lentes utilisées de nos jours c’est la pression initiale qui restera trop élevée et inégale avec les charges lentes et fortes. Il faudrait donc, pour avoir un schéma plus facilement reproductible, privilégier des charges plus faibles…qui ne sont pas dans l’air du temps, ni du marketing ambiant. Une grande partie de la vitesse supplémentaire obtenue à la bouche avec ces charges « high speed » serait de toute façon perdue à longue distance. Une charge de plombs N°7 à 392m/s au museau dans un canon de 70 cm n’affiche plus que 213m/s à 40m. et celui de 62 cm à même distance n’a plus que 198m/s. Différence minime certes, mais c’est justement presque ce « trop plein » de vitesse dans le canon court qui va rompre le modèle et la cohésion de la gerbe. C’est la raison pour laquelle les canons courts très chokés et qu’on ne les trouve plus que sur des fusils anciens genre Auto 5 et consorts où leur maniabilité, et leur équilibre des masses reste encore appréciés.
Le ball-trap, et le « swing » facilité par les canons longs autour de 30-34 pouces (76 à 80 cm) a également eu raison de ces armes qui étaient censées aussi favoriser les « mauvaises habitudes » de tir en milieu ouvert : passée au canard, faisans de haut-vol, où il faut tout au contraire, du poids sur l’avant. Contrepartie de la montée rapide, les canons courts étaient censés provoquer l’arrêt trop brusque du swing…et le tir derrière ! Le standard moyen actuel qui démarre à 66 cm et va jusqu’à 71-72 cm, avec la bille d’acier laquelle, comme on l’a vu ici tout au long d’articles récents, va encore plus « ouvrir » les chokes, et laisser ces configurations de canon court au rang des antiquités balistiques qu’apprécieront cependant toujours les connaisseurs. Un sondage pour un site US donnait encore 15% d’utilisateurs pour le canon de 24 pouces (61 cm), 47% de 26 pouces (66 cm), 35% de 28 pouces (71 cm), 2% de 30 pouces (76 cm). Et un article d’Outdoor Life assez récent (en 2012) mettait l’Auto 5 plus produit depuis vingt ans, au 6è rang des meilleurs fusils de chasse de tous les temps, et premier semi-automatique loin devant (10è rang) le Remington 1100.



