Après le chien...le fusil d'arrêt ?
Les plaisirs du marketing vont-ils nous faire dépasser l’utilisation du calibre légal pour l’animal chassé avec la balle appropriée sur un bon placement au premier coup, et nous imposer d’autres concepts « clef en mains » ? Après les « scout guns », voici les « guide guns » et autres fusils d’arrêt qui arrivent au catalogue de quelques marques, partant sans doute du principe selon lequel « qui peut le plus peut le moins ».
Le (gros !) sanglier qui se généralise à un peu instillé cette idée de montée en puissance, et le 375 HH (avec de « petites » balles) qui semble vouloir devenir le calibre universel, incite à se pencher sur cette notion de « fusil d’arrêt ». On l’aura compris, avec ce calibre, il faut un peu se tourner vers l’Afrique et se frotter à des dilemmes inconnus chez nous de « dangerous game » pourtant finement analysés depuis plus d’un siècle : express ou fort verrou, alimentation contrôlée ou poussée, balles « solides » ou à expansion plus ou moins contrôlée ?
Tout ça face aux grands herbivores qui piétinent, aux félins qui lacèrent, aux meutes (loups et hyènes) qui mordent, voire autres serpents et crocos également à la dent dure. L’esprit de la chasse que l’on disait « sportive » dans les années 60 ne mettait pas tant que ça en avant cette notion d’arrêt puisqu’il s’agissait de mettre le client dans les meilleures dispositions pour un placement précis du premier coup, le plus souvent avec une arme à verrou dotée d’une lunette. Le fusil d’arrêt souvent un express de fort calibre (404 Jeffery, 416 Rigby, 458 Winchester Magnum), n’étant là « au cas où » ce tir présumé décisif aurait mal tourné et aux mains du guide ou professionnal hunter. Ci-contre à dr. un bel exemple d’une telle arme, Heym Martini en 416 Rigby.
C’est cette probabilité de « charge », où, dans le feu de l’action, on a tendance à tirer instinctivement dans la masse centrale la plus accessible qui a fait considérer qu’il valait mieux aller au plus gros calibres : 40 à 50. Mais l’expérience et les grands auteurs (1) ont alimenté les débats : il y a en effet une grande différence entre certains pachydermes, et les ours et félins, ces derniers avec leur peau douce et sensible aux chocs ne nécessitant pas forcément des mêmes médecines…Le sujet est alors forcément inépuisable (2) : coups de cou, hautes vitesses (Weatherby), grosses balles de renversement sachant quand même qu’aucune munition miracle ne compensera un mauvais tir.
On remarquera que désormais, les fabricants (Ruger par exemple avec sa 416, version moderne des anciennes 450-400), mettant à disposition des balles modernes dites « premium » (…avant 1960 c’était « solides » ou FMJ, parfois de surplus pour tous) ont balayé la solution express qui permettait un suivi rapide. Le débat s’est plutôt focalisé, s’agissant de cartouches surdimensionnées (voir les boitiers Brevex ci-dessus) nécessitant une manœuvre vigoureuse sur l’alimentation, contrôlée ou non. Plus ancienne, datant de la création militaire de Paul Mauser sur son modèle 98, il s’agissait, dans un premier temps d’éviter pour les recrues la double alimentation.
Dans l’alimentation contrôlée (ci-dessus à g.), chaque balle est maintenue en place tout au long du cycle de tir, mais il faut impérativement passer par le magasin (3). C’est l’assurance de pouvoir doubler rapidement, mais avec quelques inconvénients : un temps de verrouillage long, une lunette plus haute du fait de la sécurité à drapeau. L’alimentation poussée, (ci-dessous à dr.) connue de longue date au plan militaire, se développa à la chasse à partir de 1949 et la Remington 721 puis 700, offrant un verrouillage plus précis, un corps de culasse plus petit amenant plus de douceur mécanique, et des fusils plus légers sur des actions spécifiques pour chaque calibre. Le chargement était plus simple par le haut avec possibilité de réalimenter manuellement sans passer nécessairement par le magasin, et même plus de précision intrinsèque, la surface d’assise de la douille étant plus importante et plus stable. Lorsque l’arme est chargée, la munition est simplement poussée vers l’avant, un petit clip la prend à la fin, et un petit piston à ressort dans la face du verrou l’éjecte.
L’écart entre les deux systèmes n’est pas si grand et le débat assez académique avec peut-être un temps de verrouillage plus long sur l’ancienne version, les choix de balles devenant de nos jours de plus en plus la préoccupation majeure : s’agit-il de ramener un trophée ou de sauver une vie ?
1/Taylor préconisait le 416 Rigby et balle de 410 grains introduite en 1911, balles toujours présentes chez Nosler (400 grains) et Woodleigh pour les nostalgiques. Il utilisait personnellement pour le lion une carabine à un coup Farqarson en 375 HH et balles de 300 grains, et 727m/s, car malgré sa peau peu épaisse, le félin qui peut atteindre 500 livres, possède une structure osseuse plus substantielle que celle d’un grand cerf.
2/Voir notre article « La polyvalence à l’épreuve du gibier dangereux » dans les archives du 6 décembre 2019.
3/ L’astuce 5 dans le magasin, plus une « forcée » sur la pile en comprimant avec le pouce fragilisait l’éjecteur est fortement déconseillée dans le système à alimentation contrôlée.




