"Squirrels" : une autre curieuse chasse américaine
Varmints, « Toms » ou « Gobbles », chasse des « hautes terres », les Etats-Unis sont un paradis pour toutes sortes de chasses exotiques. Celle de l’écureuil ou disons plutôt des écureuils car il y a 8 espèces, et une bonne de cinquantaine de sous-espèces, est aussi celle des jeunes et des débutants car elle implique des connaissances fondamentales qui s’appliquent à toutes sortes de chasses.
Même pour les vieux briscards qui chassent le cerf de Virginie, son ouverture en septembre sert souvent d’ouverture dans la nature, de premiers circuits de repérage où il s’agit d’écouter et d’interpréter les bruits de la forêt, quand le rongeur frappe les cônes de pin, casse des brindilles, d’observer, se tenir à l’affût, se déplacer rapidement puis se tenir immobile un bon moment. En début d’une saison longue (selon les états, du Memorial day à mi-février), il faut aussi vaincre un climat encore chaud, compliqué par la présence des tiques, des aoûtats, des serpents, repérer les heures favorables à l’aube et au crépuscule, le froid ayant tendance à plutôt ralentir leurs déplacements.
Tous les garçonnets, « hillbillies » (1) des Ozark Mountains ont ainsi mis leur premier gibier « au pot » la plupart du temps avec une antédiluvienne 22 long rifle ou des petits calibres 28 ou 410 à l’affût sous les massifs de pruches, les frondaisons des grands chênes Hickory, selon des méthodes variées : dans l’Est avec des chiens de toutes races qui marquent l’arrêt sous un grand tronc, et au tireur de dégommer, de l’autre côté où il peut se cacher un bon moment derrière une branche, le « limbrat » ou « chiken of the trees »…ce que l’on peut traduire par « poulet des arbres » !
On se sert aussi beaucoup de « calls » ou sifflets à manier avec précaution selon l’environnement car on risque de se faire sauter dessus par quelques rapaces, voire attirer des oursons dont l’imposante maman n’est jamais loin ! Arcs et arbalètes selon les états sont parfois de la partie, et en général tous les petits calibres pour ne pas abimer les peaux ni la « venaison » on l’imagine fort peu conséquente. Le 17 HMR arrive désormais à concurrencer le 22 LR, le 22 magnum étant presque surpuissant pour des tirs de tête impératifs, les grands espaces US évitant comme chez nous, de trop se poser la question d’envoyer en l’air et au diable bouilli des projectiles, même aussi petits. A part ce qu’on pourrait appeler des « viandards » par ici, les « sportifs » soucieux d’éthique évitent le calibre 12 qui à moins de 30 mètres exploserait le minuscule animal. Les pragmatiques qui vont « au pot » le tirent néanmoins au plomb de 6, en visant « en bordure » de la gerbe, côté tête, stratagème que nous autres coulonneux connaissons bien, quand la pose est toute proche.
Parmi les « trucs » à connaître il y a la marche précautionneuse à bon vent, pas plus de cent mètres à la fois, en portant un camouflage adapté, si possible avec un partenaire un peu distant, car l’écureuil tourne autour des troncs pour se dérober aux regards. Les feuillus isolés dans les résineux sont à surveiller car moins pauvres en fruits, choisir son arme attentivement, suivre son tir, et éviter de mettre le gibier au carnier où la rigidité cadavérique va le rendre difficile à dépouiller, voire l’échauffer plus vite. Comme les perdrix et les cailles il est conseillé alors de le pendre à des lacets, en boucle à la ceinture ou sur le sac à dos.
Parmi les principales espèces on trouve l’écureuil renard de l’Est (Sciurus niger) à partir du Kansas, l’écureuil roux « boomer » peu sociable avec les autres espèces et même les oiseaux, et assez enclin à visiter caves, greniers et jardins. De vastes campagnes d’éradication eurent même lieu autrefois dans les campagnes, également contre les écureuils gris de l’Ouest (Sciurius griseus) qui peuplent les forêts de conifères de Californie, Oregon, état de Washington. Il y côtoie le chikaree (tamascirus douglasii), l’écureuil gris de l’Arizona, proie des ours souvent barbouillé de noir et du jus des noix qu’il casse, faciles à repérer au sol, ou l’écureuil pompon lié aux pins ponderosa du Colorado.
Bien connu des Amérindiens qui coupaient les têtes, enduisaient le corps d’argile et les cuisaient à l’étouffée, les écureuils gris offrent plus de viande et sont plus savoureux que les roux qui mangent des graines amères de résineux. La chair est plus dense que celle du lapin et prend la saveur de tout ce qu’il mange, noix, noisettes, champignons, fruits, et les gastronomes regrettent même qu’il n’ait pas la taille du sanglier ! Il y a par états, des tas de recettes : en Pennsylvanie il faut les laisser mijoter jusqu’à ce que la viande se détache et on en fait des petites galettes. La rockstar Ted Nugent, ardent chasseur, en a fait une célèbre mouture à l’étouffée.
Le dépeçage facile avec un bon petit couteau bien tranchant dont tout coureur de bois doit être muni, en fait le menu idéal à se farcir « sur le pouce ». Les jeunes, plus tendres, dont on ne garde que les pattes avant-arrière et la selle peuvent être frits comme des poulets, les vieux mitonnés pendant des heures avec divers assaisonnements Le plus classique pour le campeur improvisant son raout étant de les arroser d’huile salés, farcis d’ail, enveloppés de papier alu avec une brindille de romarin, puis grignotés ainsi roulés sur un bâton. Ou plus simple encore, passés à la poêle dans la graisse de bacon nappés du fameux « Bar B Q » qui, au pays de l’Oncle Sam peut être mis, c’est le cas de le dire…à toutes les sauces !
1/ Montagnard pas trop futé.






