Auto 5 : pourquoi "la bosse" n'a pas fait école ?
Winchester aurait sûrement dû y penser à deux fois avant de se fâcher avec JMB au sujet de l’ Auto 5, mais ce qu’on sait moins, c’est qu’il fut auparavant le véritable maître du fusil à pompe, et que le « dos carré » ou « la bosse » rendus célèbres par le fameux semi-auto venait de ses succès au ball-trap dont il s’était rendu compte qu’ainsi allongée, la ligne de visée permettait les coups de longueur.
La marque de Newhaven devait beaucoup à JMB, et seul un faible pourcentage de ce qu’il avait pensé fut réalisé pour de mauvaises raisons : trop en avance sur son temps où menaces sur des technologies que Winchester maitrisait déjà comme les armes à levier de sous-garde. JMB leur proposa une bonne demi-douzaine de prototypes de fusils à pompe, et la marque ne s’y résolut uniquement parce qu’elle avait eu vent que Colt, et surtout Spencer pour Marlin travaillaient déjà là dessus, ce qui aboutit au grand succès du modèle 93, encore amélioré par le 97 ensuite.
A ce moment-là JMB était déjà polarisé sur l’Auto 5 et considérait sans doute les pompes comme une technologie déjà dépassée, et le succès du Winchester modèle 12, toujours actuel, emprunta sans doute à des idées qui étaient contenues dans ses créations précédentes et dont les épures étant restées sur place, étant finalisées par l’ingénieur maison T.C.Johnson. Ayant coupé les ponts, il les avait sans doute laissées tomber par craintes d’éventuels procès, et ce modèle 12 avait abandonné la fameuse « bosse » à la fois pour marquer la rupture avec Browning, et plus sûrement faire une économie de poids pour rivaliser avec les hammerless de la concurrence qu’on ne connait pas du tout chez nous : Fox, Lefever, L.C.Smith.
Le pompe Remington mod. 17 (ci contre à g.) fut conçu par JMB avec des idées datant d’avant 1900 qu’il avait gardées pour lui, et la bosse disparut pour les mêmes raisons d’amincissement que Winchester. Par contre elle fut conservée sur le Stevens 520 (ci-dessous à dr.) , mais abandonnée par son successeur 620 armes également faites sous la houlette de JMB qui croyait cependant que sa fameuse silhouette de boitier "carré" se pérenniserait. Le Remington 17 donna naissance au mod.31 dont la conception fut ensuite abandonnée à Ithaca pour faire le fameux modèle 37 qui donna naissance en 1959 au premier fusil de chasse exclusivement destiné au tir à balles, le « Deerslayer ». Le patron d’Ithaca Ed Thomson fâché d’avoir à aller rechercher un cerf blessé avait mandaté deux de ses contremaîtres du département canons (H.Lelik et F.Keane) pour faire un emploi qui ne soit plus mixte chevrotines et balle, et surtout plus précis jusqu'à 100 mètres. Le mouvement fut suivi par d’autres firmes, mais sans obtenir le même succès qui aboutit en 1980 à des canons rayés capables d’être précis encore plus loin.
L’Ithaca 37 (ci-dessous à g.) fut une autre facette de l’immense génie de JMB associé à John Pedersen, notamment pour éviter la double alimentation avec deux butées de longueur légèrement différente à droite et à gauche et éjection par le bas. Il permettait le « slamfire », c’est-à-dire le tir en continu détente enfoncée et en manoeuvrant le devant, le claquement caractéristique du mouvement étant à lui seul, suffisamment dissuasif ! Cette arme était excellente au skeet, discipline dont l’influence fut énorme sur la conception des armes à feu américaines dans les années vingt.
Elle était plus simple mécaniquement que la concurrence, et même si Ithaca était un nain industriel par rapport à Winchester à cette époque, le M37 occupa parfaitement son créneau jusque dans les années 70 où il eut des destinations militaires célèbres au Vietnam, et fut régulièrement modernisé. Il se fit des versions allégées à boitier alu (mod. Ultra) manquant d’allonge dans le temps car ne se verrouillant pas comme de nos jours pour la plupart des semi-autos, dans le prolongement du canon, mais dans des inserts qui, alu sur alu, s’usaient vite. L’idée étant dans les années 70 au début de la vogue des cartouches plastique, que cartouche et petit culot gonfleraient au tir et saisiraient les parois de la chambre soulageant ainsi la poussée du verrou sur le boitier en alliage. Et derrière, les dernières cartouches en papier durement sollicitées par la rugosité du mécanisme à pompe, augmentaient l’accumulation de cire
La « bosse » est de nouveau de retour sur le Sweet Sixteen ressuscité par Browning en 2016, mais de manière beaucoup moins prononcée, pour un simple rappel au look et l’aspect rétro, et donc une approche plus que superficielle du mouvement initié par le grand armurier, car il relève de la technologie inertielle. Comme en politique, les nostalgiques préféreront toujours l’original encore facile à trouver en occasion…à la copie !





