Nostalgie et fusils cultes ?
On l’aura remarqué ici, et certains lecteurs ne manquent pas de nous le souligner, (mais c’est peut-être aussi ce qui fait le charme de ce site, non ?) on exalte peut-être un peu trop cette atmosphère douce-amère que « c’était mieux avant ». Pour chasser, pour tirer avec des armes de la haute qualité du passé, qui étaient faites pour durer plusieurs vies.
A force de nous dire que tout se transforme, se reconstitue sans cesse, dans la mondialisation, la nostalgie c’est ce regret d’un passé qui donne le sentiment bénin et réconfortant d’un « retour au pays », lequel s’opposerait à toutes ces nouvelles formes de mobilité qu’on nous impose actuellement. La Chasse c’est une chaîne de savoirs qui a besoin d’usages et de pérennité, tous longs à acquérir. On cherche à retrouver ces modèles que les armes anciennes évoquent : l’émotion connue pour une époque, celle des terroirs désormais dissous dans une modernité anonyme et abstraite. Darne, Browning Auto 5, et même notre bon vieux Robust, on sait que ces armes ne peuvent plus être fabriquées, sinon à quel prix aujourd’hui ? Déjà excellentes à leur époque, non contentes d’avoir résisté à l’épreuve du temps, elles sont encore difficiles à battre de nos jours. Vénération religieuse ou dévotion abusive ? Peut-on comme à Lourdes, leur demander de réussir des miracles ?
Ces armes ont une qualité de « synergie » (…ce qu’a tenté en vain Browning avec l’arme éponyme, nous y reviendrons bientôt via un dossier « Cynergy » qui bat en brèche les stratégies de marketing !), en ce sens que le tout est supérieur à la somme des parties. Ils ne sont pas plus légers, ni balistiquement plus au point, car antérieurs à certaines technologies nouvelles, mais en plus d’être bien faits « en général », ils exhalent une sorte de « sentiment » comme celui que les chiens rencontrent certains matins d’hiver, où le givre recouvre encore la campagne. Les bois absolus, la patine, les pièces patiemment usinées, respirent l’entretien en continu d’armes montées à la main par des lignées d’ouvriers, une transmission d’années de bons et loyaux services. Ce sont ces petits riens imperceptibles qui changent tout : on connaît les points forts et faibles qu’à la longue on maîtrise, et on apprécie avec recul -et c'est bien le cas de le dire quand on fait pèter ces engins- cette conduite souple et du bout des doigt, d’armes qui sont bien autre chose que des outils.
C’est ce niveau de nostalgie, magnifiée bien sûr par les souvenirs fameux de tel « coup du roi » au détour d’une allée (même si ce n'est que sur une malheureuse corneille de passage !), qu’on déguste et qu’on partage entre « dévots », frères d’armes, c’est véritablement le cas de le dire, ou contemporains communiants d’une même culture, autour d’un verre après la battue où on psalmodie, ensemble, les litanies autour du fusil Darne ou Charlin, avec quelques invités cultivés. Comme les grands crus, on déguste, au fond des bois, à la passée du soir, quand la notion d’objectif est largement dépassée, le maniement du B.25, la souplesse d’emploi du bien nommé « Idéal », la légèreté du canon « Plume » ! Il ne faut pas confondre fusils cultes et célèbres (1) ni surjouer l’émotion d’une époque que, pour paraphraser Aznavour… les moins de…soixante-dix ans ne peuvent pas connaître !
Il n’empêche, l’église, comme on dit, était encore au milieu du village, les hameaux composés comme autrefois de « feux » où tout le monde se réchauffait, se connaissait, chassait, se rendait des services, où les fermes étaient accueillantes et non plus des structures froides et distantes raisonnant en « filières », asservies aux « robots » de gigantesques « gaèques »….Plus de haies ni de talus, adieu la caille et le perdreau, bonjour les ensileuses surfant sur des « mers » de maïs, et surtout, autour des trois dernières décennies, plus d’agriculteurs eux-mêmes chasseurs depuis des générations pour nous défendre. Les écarts sont désertés, peuplés dans notre Bocage de « Brexiters » maussades et mal embouchés (2), de « horsains » de passage, travaillés par les lubies écologiques et autres théories complotistes, peu au fait des bienséances campagnardes, dont la chasse faisait ipso facto partie, dans le Bocage d’autrefois. Tous ces pauvres malheureux ex-citadins, échoués à la campagne, et qui se plaignent du chant du coq à l’aube, ou des odeurs de bouse à l’heure de l’apéro, ont la conviction qu’on vit moins bien d’un avant dans une campagne… qu’ils n’ont jamais connu !
Mais les chasseurs eux-mêmes donnent-ils le bon exemple ? Dans notre région, les plus ardents d’entre eux, depuis longtemps ne font plus « société »…et surtout pas « société de chasse » ! Ils rôdent tels des loups dans les campagnes au pied des « stabus », à l’affût des « aubaines », des bonnes chapes-chutes au gré des successions, d’hectares à ramasser ou plutôt, à entasser, mais pour quoi faire ? Empêcher les autres de chasser, nuire à la cohésion d’une activité qui, il ne faut pas se leurrer, n’est plus dans l’air du temps de la société actuelle, et battue en brèche par l’opinion, les réseaux sociaux, et la Presse qui « fait le buzz ». Cette dernière, cachée derrière la bonne conscience du droit à l’Information, se nourrit des histoires des gens et des conflits, maintenant montés en épingle par les réseaux sociaux. Elle décide de ce qui va être sous ses feux de l’actualité ou non. Ce qu’elle va montrer ou taire, et si vous restez longtemps dans son collimateur, votre sort en est jeté, elle aura toujours le dernier mot.
Là où il faudrait, comme le rappelle sans cesse notre président W.Schraen, face aux nuages noirs qui s’amoncellent sur nos têtes, de l’union et de la cohésion, par exemple derrière la vénerie, notre mère à tous, ou les chasses traditionnelles, tout le monde tire à hue et à dia. Alors, voilà pourquoi, nous autres nostalgiques nous réfugions-nous dans ce qui reste, le plaisir d’apprécier ceux qui connaissent la valeur des choses, de la tradition de la chasse, et des gens qui la composent…Après tout, la Chasse est bien placée pour le savoir, comme dans la Nature tout est affaire de cycles, de vie, et de mort, inéluctablement…Le long voyage de la vie est-il d’arriver à la tombe en pleine forme dans un corps idéalement conservé selon la doxa écologiste, ou plutôt de dériver, latéralement, totalement épuisé par toutes les bonnes choses de la vie qu’on a expérimenté dont bien sûr, les belles armes du passé ?
1/On peut placer là-dedans le 27 Rigby de Jim Corbett, le 20 Purdey de Lord Ripon, le 450 Lancaster de Denis Fynch-Hatton (joué par Robert Redford dans « Out of Africa ») fabriqué en 1911 vendu 100 livres à sa mort en 1931 au vicomte Cole son copain d’Eton…puis 27 000 livres en 2009 aux enchères, et encore 55 000 livres un an plus tard !
2/Voir archives des 24 mars 2015 et 5 mars 2019.



