22 LR : pousser à 200 mètres ?
Il fallait s’y attendre, et malgré les précautions d’usage, il s’est trouvé des lecteurs à considérer qu’on jouait un peu « épicier » à ne considérer que de 100 mètres la portée utile de la petite munition. Bien sûr, répétons-le, et nous le savons bien (1), elle est capable d’aller assez précisément bien plus loin. En octobre au camp de Caylus on tirait sur gong de 30X30 à 250 et 350m. et les dix meilleurs issus des qualifications tiraient ensuite à 375 et 450m !
On le redit aussi tout le temps, le petit calibre est toujours largement sous-estimé et s’il est la porte d’entrée au monde du tir précis avec les mêmes impondérables (arme, optiques, « bonnes » pratiques) au stand comme sur le terrain, on ne peut jouer sur la munition qu’en faisant des essais d’adaptation. Le formidable éventail de vitesses (standard, match, subsoniques, expansives, hypervéloces, etc.) ne facilite pas le choix du béotien, et en plus, il n’y a pas vraiment d’armuriers spécialistes dans ce domaine. Il faut donc essayer d’y voir clair par soi-même.
Ce qu’il faut retenir : la balle de 22 LR a ceci de particulier que sa vitesse oscille toujours autour de celle du son, lequel varie en fonction de la température, de la pression et de l’humidité de l’air. Par moins 10° elle est de 325m/s, et par plus 30° de 349m/s, ce qui n’est pas une paille non ? La fenêtre est donc très étroite entre trans et supersonique, et c’est là que tout se joue car la trainée peut, en quelques m/s de plus ou de moins varier de 1 à 5, sans même parler du vent ! Si on est très supersonique au départ, c’est la traînée et surtout le périlleux passage en transsonique qui vous jouera des tours. C’est la raison pour laquelle on ne tire jamais d’hypervéloces en compétition. C’est la vitesse constante, reproduite ad libitum qui est la clef de la précision « match » où les plus pointus pouvant mesurer la vitesse, font même des essais par lots.
Les différences de projectiles ajoutent à la difficulté car même sur les munitions standard, à première vue au même look, il existe des différences importantes. C’est « au-dessous de jupe des filles » qu’il faut aller regarder les différences de sertissage, de longueur, de culots creux ou plat qui agissent sur la trainée et un coefficient balistique de toute façon au mieux, médiocre. Après faut gérer le vent et le facteur météo, mais le 22 LR à moyenne distance semble pour nous une chimère et la distance de 200 m. moins un palier qu’une loterie, même si certains bien sûr, et on leur tire notre chapeau, tirent bien plus loin. A noter d’ailleurs que les encartoucheurs, au moins deux (SK et sa « long range », RWS et la R100) ont fait une « longue distance »…pour seulement 100m. C’est tout dire !
Un lecteur m’a fait remarquer que 200m. semblait une bonne formation à moindre coût pour l’initiation aux fondamentaux du tir, puisque c’est également, souvenir du tir de la préparation militaire de notre jeunesse, la distance du T.A.R. ou tir à l’arme réglementaire FFT discipline assez récente et en progression dans notre pays. Le 22 LR longtemps utilisé pour la formation des cadets, y a bien sûr toute sa place. Nous sommes bien d’accord en ce qui concerne réglage des armes et des scopes, respiration, visée, maîtrise de départ du coup, mais il semble difficile de pouvoir comparer une petite balle de 40 grains qui file à 315 m/s avec des balles quatre fois plus lourdes allant trois fois plus vite, même si elles se côtoient, par force, sur les stands.
Des études existent qui ont comparé le 22 LR à un calibre militaire classique comme le 308 Winchester, qui, mis à l’échelle le fait descendre de 25%, et rend son tir à 125 m. aussi difficile que le tir d’un sniper entraîné avec la munition OTAN à 500 m ! Si ce dernier parvient à atteindre la minute d’angle (29,09mm) à 500m. ça donne pour le 22 LR 37,2 mm, ou 4 cm et une petite boîte d’allumettes si on veut, à 125m. A cette distance la flèche du 22 dépasse déjà allégrement les 50 cm, et un petit vent de travers de 20km/h donnera 2,50m. de dérive latérale ! Quatre cm, je sais, c’est encore la « minute de ragondin » certes, et à 250m. encore suffisamment de vitesse (250m/s) et de puissance d’impact (30 cm de gel balistique traversé) pour théoriquement culbuter l’indésirable rongeur. Mais la pratique montre que, même à 50m. le « placement », terme qui peut faire sourire, a son rôle à jouer si on veut l’arrêter net et sans bavure avant qu’il ne plonge, et échappe ainsi à un tir de régulation encore éthique.
La vélocité constante reste la clef de la précision qu’on pourrait estimer dans l’option « terrain » à, déjà, être régulier à 100m. : mettons, dix balles de suite dans un carré de 5 cm, ce qui ne serait pas si mal tout ça en tenant compte des appuis, du vent, de la météo, face à une cible mouvante ! Nos amis tireurs longue distance ont toute notre sympathie, mais on ne boxe pas, comme on dit, dans la même catégorie…
1/Etant lecteur assidu de « Cibles » depuis un bon demi-siècle !



