1971-1987 : quand Browning faisait...des juxtaposés !
Comme beaucoup, et on serait peut-être nombreux à s’y laisser prendre, ce nom célèbre incline à penser immédiatement au fameux « the Superposed » ou B.25 et son génial inventeur, voire un peu avant (1903) son autre superbe intuition que fut l’intemporel Auto 5. Or, tout comme d’ailleurs l’autre grand groupe mondialisé concurrent Beretta, plus connu dans un tout autre domaine, les deux ont aussi fait des juxtaposés, et non des moindres.
Le Browning BSS (Side by Side) introduit en 1971 profita sans nul doute du retour d’expérience de la F.N. avant-guerre, dont on reconnait aisément la bascule à décrochement caractéristique pour faire, presque un siècle après la technologie Anson-Deeley, un juxtaposé parfaitement maîtrisé avec peu de pièces massives, parfaitement usinées au Japon chez Miroku, puis assemblées à partir de 1977 en Corée. Il boxa d’entrée dans la catégorie Winchester 21 plus ancienne (1931), mais surtout le Winchester modèle 23 fabriqué…comme par hasard également au pays du soleil levant par l’usine Olin-Kodensha. Les importations Daly ou Western Fields pour la grande chaine de magasins Montgomery Ward, produisirent au même moment des clones quasi interchangeables, mais avec un degré moindre d’ajustement et de finitions, notamment des bois.
Introduit d’abord en 12, puis en 20 en 1972, la gamme se déclina ensuite (1978) en un modèle « Sporster » et surtout « Grade II » avec des gravures soit en feuilles d’acanthes ou scènes de chasse, avec la possibilité même d’armes partant « en blanc » vers Liège concernant certaines commandes spéciales fignolées sous le nom BSL par le « Custom Shop », désormais transformé de nos jours en « John Moses Browning Collection ». Cerise sur le gâteau, en 1983 apparurent des modèles à platines en 12, puis l’année suivante en 20. S’agissant de reprises haute qualité de l’action Holland-Holland avec éjecteurs Southgate adaptées aux aciers et modes de fabrications les plus modernes, inutile de dire que nous avions là des armes particulièrement recherchées de nos jours sur le marché de l’occasion.
A sa sortie en 1971, le 12 était encore en chokes fixes : IC (lisse amélioré) et M (demi-choke) pour le 26 pouces (66 cm), M et F (demi et full) pour les canons de 28-30 pouces (71-76 cm), la bascule, surdimensionnée permettant même à des artisans motivés comme l’armurier californien Butch Searcy d’en faire des express en 470 et 500 Nitro pour les « professionnal hunters » ! Avec la mono détente non sélective argentée, puis sélective dorée en 1977, le devant enveloppant « queue de castor », l’acier poli richement bleui, la quadrille à 20 lignes par pouce, cette arme était très typée arme « américaine » des années 80, au même titre que ses concurrents Winchester précités, les SKB, les Citori Hunters… les cafetières Faberware, les marteaux Estwing, les vestes Woolrich…
Malgré toutes ses qualités, la sensation « clubby » que l’on peut traduire par lourde et mal équilibrée comme une massue, colle au train du Browning BSS dont l’immense tort fut aussi de sortir au mauvais moment, celui des premières réflexions de l’U.S. Fish and Wildlife Service (saison 1987-88) qui aboutirent en 1991 à l’interdiction dans les zones humides. Son poids, pas si rédhibitoire que ça puisque en 20 le BSS pesait à peu près autant que le Cynergy et surtout le Citori Field était surtout cantonné au ball-trap et à la sauvagine. Peu employé à la chasse des « hautes terres » que l’on peut comparer à notre billebaude à la plume, où il ne pouvait concurrencer les Fox Sterlingworth et autres « Elsie » Smith plus maniables, il souffrit également du désintérêt pour les juxtaposés, un peu comme nos vieux 16, considérés comme « ringards » et moins « cool » que les « automatiques » au même moment.
Il lui manqua dix ans pour bénéficier du retour en grâce des armes « vintage » où, de toute façon, la réorganisation d’un grand groupe n’aurait pas pu se repositionner rapidement sur ce nouveau créneau. Au plan de l’occasion, ce n’est pas en Europe où sa vente fut confidentielle, mais en Amérique du Nord, que sa cote bat son plein, tout ça parce que certains grossistes eurent le nez creux de racheter à ce moment, fin des années 90, autour de 250 $ tout ce qui passait à leur portée. Le prix de lancement en 1971 étant de 260 $, monté cinq ans plus tard à 355 $, mène maintenant un hammerless en bon état, certes ne pas atteindre les 5 à 7000 $ d’un Winchester 21, mais au moins décupler son prix de lancement. Les modèles à platines eux, ont doublé leur offre qui était de 2000 $ fin 1987. C’est la raison pour laquelle ces armes parlent encore aux baby-boomers, de bons vieillards chenus qui, fidèles au respect des habitudes familiales de la marque, nées autour du succès de l’Auto 5, espèrent, avec elle, retrouver leurs impressions de jeunesse.





