Upland USA : les "bird states" de la chasse à la plume
Nous conservons une image fallacieuse du chasseur américain : gros 4X4 et pick-up bruyant dans le vrombissement du V8, grosses carabines et automatiques, chemise à carreaux et bonne pinte de bourbon, alors que c’est le seul pays où se pratique encore une chasse au gibier à plume ressemblant le plus à celle que pratiquaient nos pères. Ce sont les « Uplands », cette chasse des « hautes terres », objet de spécialistes aussi pointus que peuvent l’être par exemple nos bécassiers et que décrivent si bien Jim Fergus et Rick Bass (1), les seuls « nature writers » à être traduits dans notre langue.
Lors de la conquête de l’Ouest, peu de gens avaient de temps pour la chasse récréative le fusil à deux coups était un outil à usage général pour se débarrasser des ratons laveurs envahissants, du renard pillant le poulailler…ou repousser gens malfaisants et autres indigènes hostiles ! C’est véritablement à partir de 1890, période où le faisan s’installa, et où perdrix et gélinottes décrurent, que s’établirent la plupart des doubles classiques américains pour la chasse sportive à la plume dans le vieux Sud et la Nouvelle Angleterre pour faisan, gélinotte, bécasse (2), tétras et caille. La gélinotte n’apparaissant dans le Midwest qu’après les coupes où le faisan reste le plus populaire. Il avait été introduit en 1881 dans l’Oregon par le consul de Shangaï qui en avait envoyé une trentaine et se développa immédiatement dans le Missouri, Nebraska, Kansas, et surtout le Dakota du Sud (1898) où il s’en tuait déjà 1 million par an, dont il devint, dès 1943 l’emblème d’état. En 1945, les 175 000 chasseurs en prélevaient 7 millions avec bag-limit à 8 par jour ! Son implantation bénéficia d’aides importantes du fait des revenus du tourisme dans les années 50, et surtout après le Farm Bill de Reagan en 1985.
L’Illinois qui vit arriver le premier couple en 1890, le développa autour d’une ferme pilote en 1904, et 20 ans plus tard il en était lâché 37 000 par an, et 300 000 actuellement. La ceinture céréalière du Haut Midwest et l’Ouest des Rocheuses permet de tirer la perdrix grise (Hun), la chukar, la bartavelle (snowcock), les cailles (quails), et colins de Virginie se nourrissant de fourmis étant plus menacés par l’agriculture intensive faisant appel à la chimie. Dans le centre du Montana qui ouvre un peu comme chez nous de mi-octobre à début janvier, la chasse à la plume génère 40 millions de $ par an. Elle se pratique au chien d’arrêt souvent en association avec des retrievers pour récupérer un gibier souvent désailé car tiré de loin en fin de saison, vêtu impérativement en orange vif avec pantalons costauds et surtout guêtres sur chaussures Redwing ou L.L.Bean car il faut se méfier des crotales omniprésents.
Pour les raisons évoquées plus haut de nécessité pratique, les armes étaient d’origine full-full et assez peu accessibles, le calibre 12 s’imposant rapidement, le Sterlingworth représentant le haut de gamme de chez Fox sortant déjà à 108 000 exemplaires contre seulement 45 000 en 16 et 20. C’est la raison pour laquelle l’Auto 5, les « pompes » Winchester, plus accessibles prirent le pas sur les armes classiques, phénomène encore accentué par la grande dépression économique de 1936. Dans les années 40 on débutait la chasse le plus souvent avec un « single » en full, éventuellement coupé de 3 pouces chez le mécano du coin pour chasser le lapin avant de passer aux semi-autos rôdés lors des tirs de bienfaisance qui se faisaient devant la poste ou l’église, autres temps et autres mœurs que chez nous au pays du Second Amendement.
Parmi les marques inconnues en France (3) comme Ithaca, Baker, Lefever, AH Fox faisait des fusils simples et élégants, Parker plus innovant avec de belles armes dans les grades supérieurs mais compliqués avec des faiblesses dans la crosse un peu comme nos Darne, LC Smith des poids légers, Winchester avec son fameux modèle 21 et son « custom shop » de quoi rivaliser avec le meilleur niveau européen. Ses graveurs en 1900 comme Franck Mason pour Baker et Lefever ou Joseph Loy pour Ithaca n’auraient en rien déparé chez leurs collègues de Liège ou de St-Etienne. Il s’agissait également d’armes solides : un Fox en 12 en 1926 tira 35 000 cartouches en 3 ans, et un 16 en 1932 32 000 en 9 ans. Actuellement la firme SMC Galazan refait les Fox, Parker et Winchester de 2è génération au prix de nos Robust et Darne actuels.
La chasse du faisan à plus longue distance que chez nous institua également une recherche sur les charges lourdes en 16 dont on pourrait bien s’inspirer de nos jours pour qui apprécie ce calibre frappé de désuétude, et surtout, qui recharge par ses propres moyens. De 1890 à 1914 les charges les plus lourdes de PSF Infaillible ou Ballistite étaient de 28 grammes. Mais fin 1922, Western ajouta le calibre 16 dans ses Super X Field chambrées 65. La chambre 70 fut popularisée en 16 par le Remington 11 (clone de l’Auto 5) en 1931, poussant une cartouche Nitro Express 32 grammes, et même une « Auto Special » plus rapide. Comme en France (avec l’armurerie versaillaise Kerné) il n’y eût qu’une timide tentative de « Magnum » dans ce calibre déjà en perte de vitesse en 1954 avec une 35 grammes célébrée par Elmer Keith dans son Nid Ithaca à canons de 30 pouces.
De nos jours, les « upland loads » en 7-5-4 (4) font l’objet de discussions acharnées sur les forums de spécialistes, mais sont marquées du sceau de la vitesse qui a précédé de 20 ans par rapport à l’Europe, les recherches sur l’interdiction du plomb dans les zones humides. Les connaisseurs signalent quand même que « la meilleure charge, c’est encore de cheminer derrière un bon chien, de préférence barbu et avec des poils raides » !
1/Sur ces auteurs voir archives des 25 septembre, 22 août 2020, et 20 mai 2021.
2/Elle migre entre Louisiane et Canada lieu de nidification estivale et connue sous les noms de Timberdoddle, Mud Bat, Bogsucker.
3/Voir dossier sur ces marques : archive du 27 décembre 2017 et suivantes.
4/Remington Nitro Pheasant, Winchester Rooster XR (technologie analogue à la Long Beard), BP Heavy Pheasant, Kent Bismuth Upland parmi tant d’autres.






