Rechargement : l'univers américain
Sur les 900 000 chasseurs que nous sommes, combien rechargent exactement ? Aux Etats-Unis, selon une enquête de la NRA, sur 43 millions de porteurs de fusils, ils étaient 5 millions, avec même une presse spécialisée en la matière, et donc une analyse fine de ce vaste public qui entretient une économie florissante.
Une étude de la Cast Bullit Association a montré que la moyenne d’âge était de 55 ans, de bricoleur tendance manuel et minutieux dans un savoir-faire qui confine à l’alchimie : précision millimétrique, patience, essais plus ou moins pétaradants. Les récentes pénuries en munitions, malgré les polémiques sur le second amendement, a remis l’activité sous les projecteurs. Aux USA, la demande vient de dépasser par deux fois l’offre en 2017 et 2020 : la production de 8,1 milliards de cartouches est insuffisante là où il faudrait 9 milliards dont plus de la moitié rien que pour la seule percussion annulaire ! Par comparaison, l’US Army n’a plus qu’une seule usine de production (usine de Lake City à Independance, Missouri) pour 1,6 milliards de cartouche en percussion centrale. Pendant la seconde guerre mondiale il en fallait 21 milliards par an sur une quinzaine d’usines, 4 seulement furent réactivées pendant la guerre de Corée.
Le chargement manuel est une tradition assez ancrée du temps de la poudre noire et de la « frontière » où dans tout « general store » qui se respectait, on pouvait trouver moules, calepins, lubrifiants. Les cartouches métalliques (1880) nécessitèrent un temps d’adaptation car avec la poudre sans fumée, on ne pouvait plus charger dans l’à peu près. The Ideal Manufacturing Compagny, précurseur de Lyman, mais aussi les grandes marques (Winchester, Marlin, Sharps) proposèrent des outils dont le plus commun était l’outil-pince manuel pour désamorcer, élargir les collets, sertir les balles. Pas forcément pour faire de grands volumes mais ajuster les besoins, le tout étant, si on coulait au coin du feu de camp, d’éviter de manipuler la poudre à proximité…
La sortie de la Winchester 30-30 (1895) accentua cette tendance que renforça la présence ensuite de nombreux surplus disponibles, particulièrement après la seconde guerre mondiale. C’est ce qui explique que toutes les grandes marques de projectiles datent de cette époque : Vernon Speer ouvrit le bal en 1940 avec des surplus d’étuis 22LR, Sierra démarra en 1947 à partir de Sedalia (Missouri), John Nosler et sa fameuse « Partition » fut conçue dans son garage en 1948 en Californie, Joyce Hornady l’année suivante vendit son magasin de sports pour se lancer à son tour, faisant l’acquisition de Pacific Tools qui fonctionnait depuis 1928 en 1971.
Toutes les grandes marques actuelles ressortent de ce dynamisme de l’après-guerre : Walt Berger et ses balles de sport en 1955, Dick Speer (frère de Vernon cité plus haut) faisait des amorces, secteur que les fabricants de munitions étaient réticents à vendre du fait de la concurrence du rechargement avant de lancer à partir de Lewiston (Idaho) Cascade Cartridge Inc…la fameuse marque CCI qui, en 1975 réussit le 22 LR Stinger. Fred Barnes faisait des balles depuis 1932, mais le rachat par R. et C.Brooks développa en 1974 la fameuse X Bullet, puis en 1980 la monométallique cuivre. Les balles Swift ci-contre à dr. démarrèrent à Quinter, un coin perdu du Kansas en 1982 pour sortir deux ans plus tard une balle A-Frame) revisitant la fameuse « Partition » avant que suivent sous l’impulsion de Bill Hober (1994), un ancien cadre de Pepsi qui insuffla capitaux et recherche RD deux nouveautés : la Scirocco II (1999) et pour l’Afrique la Break Away Solid (2015).
C’est dans ce contexte industriel florissant que se développa, en 1966 le bi-mensuel « Handloader » de Dave Wolfe dont le groupe, basé à Prescott (Arizona) servit de locomotive à de nombreuses autres publications de la même veine (Rifle, Load Data, Upland Almanac) bénéficiant des signatures prestigieuses de l’époque bénie des « gunwriters » classiques : Gary Sitton, Brian Pearce, Jim Carmichael qui se tiraient la bourre avec les figures de la concurrence : Rick Jamison, Layne Simson, Ken Waters, Mike Venturino. « Handloader » bien sûr bénéfica à sa sortie, de l’aura et de la pleine notoriété d’Elmer Keith (1889-1984) qui, quand il recevait chez lui à Salmon (Idaho) Ross Seyfried, autre grande plume de la revue, après un bon verre de bourbon dans le salon, traversait en coup de vent la cuisine en prévenant sa femme Lorraine d’un sonore « on va tirer », et filer à la cave dans un grand « boum» bouleverser le tas de bois de chauffage au 338 ! On le voit dans la photo en exergue, tirer dans la fameuse position (ci-contre à g.) qui lui permit de prélever un cervidé à l’arme de poing à 600m. en 1954 (1).
Malgré Trump et sa politique clivante, instrumentalisant le second amendement, l’évolution des opinions publiques après les tueries de masse, et surtout le poids des réseaux sociaux dans le cadre des pénuries, fragilisent le monde des armes, déjà secoué par les péripéties entourant la gestion de la NRA. Certains réseaux interdisent désormais les vidéos explicatives ou refusent la pub sur les produits aidant au fonctionnement des armes traditionnelles…concurrencées maintenant par celles fabriquées par des imprimantes 3D.
Ce ne sont pas des armes mais des jouets en plastique sur lesquels les juges fédéraux se cassent les dents, les textes de lois restant à élaborer maintenant dans l’urgence, pour les munitions que tirent ces camelotes. Le mouvement fut amorcé en 2012 par des activistes libertariens, avalisé par Trump en 2018, et attaqué depuis par une vingtaine d’états. Le plastique n’étant pas…fantastique pour tout, notamment contenir les explosions, un amateur vient même de fabriquer pour cela des coques en acier plus épaisses qui tireront du « 314 » donc pas loin du 357 Magnum ! Aux USA la fabrication personnelle de munitions est légale, mais pas leur vente qui nécessite une licence fédérale. Si ça marche, le génial inventeur envisage en prendre une…
1/ Episode ébouriffant mais véridique bien qu’il figure dans notre archive du… 1er avril 2020 ! Elmer est une figure familière de notre site, voir archives des 28 février et 2 mars 2018.





