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6 février 2022

Braques perdus...et retrouvés !

Comme les griffons dont nous avons parlé voici quelques jours (archive du 22 janvier dernier), les braques, font qu’on s’y perd un peu entre les descendants de cette vieille souche de chiens français déjà décrits du temps de Gaston Phébus (XIVè) ou un peu plus tard, en 1598 dans un traité d’histoire naturelle italien. C’est le tsunami du brassage de chiens anglais à partir de 1855 qui a mis le bazar dans cette grande famille où certains ont prospéré (braque de St-Germain), d’autres se sont maintenus grâce aux éleveurs du Sud-Ouest (Pyrénées, Gascogne), surnageant vaille que vaille (Ariège, Auvergne, Bourbonnais), voire complètement disparus (Dupuy).

gascogne

 

Du braque français ancien, Pyrénées (petit modèle 55 cm au garrot) et Gascogne (65 cm), ci-contre à g. qui peuvent même se décliner pour le second en deux autres terroirs (Tarbes et Cauterets) sont les plus fidèles, le nom courant en 1850 étant officialisé par l’exposition d’Auch (1880), le club (1919) aidant à la définition du standard (1923), la séparation officielle de ces deux variétés de braque français datant de 1967, et l’interdiction de croisement de 1975. L’Ariégeois (ci-dessous à dr.)  aussi de la vieille souche de braque français du Midi ou de Toulouse a pris le nom de ce département du fait de la vitalité des élevages locaux, sa rusticité étant appréciée des chasseurs du Sud-Ouest. En péril après la seconde guerre mondiale, LOF depuis 1964, le club fondé en 1990 vise l’inscription d’une cinquantaine de naissances par an.

 

1004227-Braque_bleu_dAuvergne

ariège

Le braque d’Auvergne  (à g.) doit son nom parfois de « bleu d’Auvergne » à son croisement avec des pointers noirs gallois alors qu’il était fixé dans le Cantal depuis deux siècles, selon la légende autour de l’ordre des Hospitaliers, et plus sûrement sous l’Empire, lors de la dissolution des chevaliers de Malte et leur retour en France. Presque disparu après la seconde guerre mondiale, il subsiste difficilement sous la forme d’un chien particulièrement polyvalent arrêt-rapport, à la quête économique tout terrain et longue distance.

bourb

Le braque du Bourbonnais,  ci contre à g. proche géographiquement du précédent dans l’Allier, est une des plus belles réussites de sauvetage qui s’est déroulée dans les années 70 autour du juge Michel Comte, et d’éleveurs motivés. Le « canis burbonansis » était déjà décrit dans un traité d’histoire naturelle italien en 1598, et connut son pic d’activité dans les années 1875, où Adolphe de la Rue organisateur des chasses de Napoléon III vantait l’ardeur de ce petit braque rustique tout en rondeurs, à la bécasse. Sa robe flatteuse, couleur lie de vin ou lilas cassé se mariait avec les étoffes des élégantes en des termes d’un charme désuet : fleur de pêcher ou « cuisse de nymphe » une variété de rose pâle tirant vers mauve et très à la mode.

Malgré l’influence du club fondé en 1919, il n’y eût plus aucune inscription au LOF à partir de 1963, et la disparition du dernier couple fut actée en 1967. Des éleveurs motivés trouvèrent alors difficilement des descendants dont un mâle lui-même issu du chien « Napo » appartenant à Pierre Perret qui en avait même fait une chanson ! La première portée naquit en 1973, le club réactivé en 1981 fut confirmé en 1985 comme unique gestionnaire de la race qui prospéra et s’exporta même (1988) aux USA. En 2000 elle était donc sauvée avec 100 à 150 naissances par an, et encore 37 inscriptions au LOF en 2020.

BSG Eugène Petit

Le braque de St-Germain  (ci-contre à dr.) qui est un vrai demi-sang braque-pointer est, historiquement le mieux fixé puisqu’on le voit sur les tableaux de Oudry et Desportes aux côtés du roi Louis XV à Compiègne puis St-Germain-en-Laye. Il fut relancé en 1830 par Charles X qui, ayant troqué son fusil à piston contre un Lefaucheux, et voulant des chiens plus rapides, insuffla de nouveau une bonne dose de sang anglais pour ces chiens qui étaient les plus représentés à la première exposition canine de Paris en 1863. Le club, fondé en 1913, grâce à ses archives, documente la généalogie de plus de 4000 animaux de 1880 à nos jours.

dupuy

En sens inverse le braque Dupuy  (ci-contre à g.) n’a jamais pu se relever d’une ambiguité sur le terme « retrempe » qu’il ne faut pas confondre avec bâtardisation car il s’agit selon E.Laverack « d’un apport de sang d’une même race, mais de souche différente ». En 1808, Omer et Narcisse Dupuy qui, dans le Poitou, trouvaient leurs braques trop lourds et trop lents, croisèrent le lévrier greyhound « Rémus » d’un de leurs amis avec une de leurs lices. De la portée de 3 chiots fut issu, à la 3è génération un autre « Rémus » qui, accouplé à la chienne « Léda » lança une race, déjà en difficultés en 1850, mais relevée par Gaston Hublot qui lui consacra un livre en 1889. Ce grand chien élégant et haut sur pattes (67 cm au garrot) qui se voulait une version française du pointer tirait trop sur le lévrier. Il était en total déclin en 1919, plus ou moins abâtardi en 1950, le dernier de race pure disparaissant en 1964 chez un dentiste de St-Jean-de-Sauves dans la Vienne près de Loudun. Malgré tout, le standard est toujours en place si on veut faire revivre la race grâce à une norme officielle comme ce fut le cas pour le braque du Bourbonnais.

prete au tir

Ce petit panorama nous montre les limites auxquelles nos devanciers se confrontèrent de vouloir contrôler la Nature et de la modeler à leurs gouts, et le début des fantasmes de pureté des races à la Gobineau, tout comme leurs délires auxquels les chiens, de même que les hommes, mais de manière moins tragique, ne pouvaient réchapper. Les races qui ont réussi sont celles qui ont laissé une certaine marge de manœuvre aux éleveurs, souvent chasseurs. En 1800, en France le chien à poil long était un épagneul, celui à poil court un braque, et celui à poil dur un griffon, classement sommaire qui fut en gros celui des chasseurs germaniques. De 1855 à 1880 ce fut le déferlement du sang britannique que dénonça en 1884 Ernest Bellecroix lors de l’exposition de Paris avant que les éleveurs français ne se ressaisissent et reviennent à des normes bien établies qui, par exemple, permirent la survie des épagneuls (1) et leur maintien florissant jusqu’à nos jours. Jean Castaing dans son ouvrage « les chiens d’arrêt » de 1960 préconisait pragmatiquement trois races : forêt et marais, tout terrain et plaine, et surtout la distinction drastique du critère terrain-travail devant l’emporter sur expo-beauté, et masquer même toutes les différences de races. Une préoccupation de chasseur plus que d’éleveur…

1/ Breton et Français se portent bien, Picardie et Pont-Audemer sont plus vulnérables, St-Usuge chien bressan assez similaire au Munsterlander fut sauvé grâce au dévouement de l’abbé Billard dans l’après-guerre.

 

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