22 Short : pas si court que ça ?
L’utilisation du 22 à la campagne ne va pas forcément de soi, le petit calibre étant frappé d’un véritable tabou pire que sa réelle dangerosité, et les nécessités pratiques imposent de trouver des solutions plus discrètes que les hyper véloces aux noms vrombissants. Nous avons ici déjà essayé la « Z », parlé des « quiets » pas si tranquilles que ça, des subsoniques avant de retrouver une boite de « shorts » et de se pencher sur leurs performances.
Stricto sensu c’est un des calibres précurseurs du 22 LR, fondé trente ans avant (1857 contre 1887) déjà dans un rôle d’auto défense, pour les derringers et petits revolvers à port dissimulé qui, déjà peut nous faire dresser l’oreille. Franck C. Barnes, dans « cartouches du monde » prônait une utilisation chasse pour tous les animaux jusqu’à 8 kg, ses 100 joules n’étant finalement pas si loin de la 22 LR standard (127 joules). Des essais que l’on trouve facilement sur le Net ont été faits sur du gel balistique et un taux de pénétration de 10 à 17 cm qui n’atteint certes pas les préconisations létales du FBI (30 cm), mais qui, à certains endroits, tir en pleine tête par exemple, est quand même mortel à tous coups. Dans l’urgence, c’est aussi efficace qu’un gros bâton, même pointu !
Aux USA, le « shorty » fut longtemps utilisé pour la vermine et le petit gibier à courte portée, notamment achever coons et moufettes pris au piège, le long rifle prenant le relais passé 50 mètres pour lapins, renards, voire coyotes. La munition qui fut employée jusqu’en 2004 pour le tir de vitesse 25m. tomba en disgrâce en 1960 à l’apparition des premières semi-auto de grande diffusion, le volume de tir abaissant le prix du long rifle quand le « short » se maintint au même, et surtout, ne bénéficiant plus d’aucun poste recherche et développement. Où sont donc les différences notables ?
D’abord la petite balle de 29 grains contre les 40 du LR, un peu moins rapide (300-330m/s contre 325-380m/s en standard) et plus sensible au vent et moins cohérente pour les raisons d’abandon d’intérêt évoquées plus haut. Restent le silence et la capacité accrue des chargeurs pour les armes, rares de nos jours (1) qui la chambraient exclusivement : une Winchester 72 en emmenait 23, pas besoin de s’alourdir les poches pour chasser les « squirrels » ! Tout est donc une question de portée, en gros le défi à relever serait le même que celui du long rifle à 100m, mais cette fois à 50m.
Bien sûr il a été relevé par les passionnés des sites « rimfire » où il est raisonnable de s’attendre si on tire avec une 22 « normale » (2) à des groupes de 5 cm à 50m qui feront sourire les tireurs, mais pas celui qui veut envoyer ad patres les parasites du jardin sans faire sursauter les voisins. Le 22 short serait peut-être donc tout autant que les long rifle plus silencieux (quiet, colibri) l’arme des James Bond des plate-bandes menant des opérations secrètes contre les ennemis des cultures, mais en moins précis ? Cela nous renvoie aussi à un récent article sur le taux de torsion du 22 LR (3) qu’impose la plus petite balle. Si on regarde les archives on se rend compte en effet que les armes chambrées exclusivement pour le short fin XIXè, était de 1/20 (Winchester) ou 1/24 (Remington).
Les travaux de Scott Volquartsen qui propose depuis 20 ans, des kits canons exclusifs short, notamment pour la populaire SA Ruger 10-22, même s’il emploie également le taux de 1/20, estime que le travail sur la chambre reste déterminant pour gommer les effets délétères (4) du « vol libre » né de l’étui plus petit et de la balle plus légère. De fait, si vous augmentez la longueur de la chambre avec une légère avance sur la prise des rayures, les balles courtes s’alignent mieux. La précision dans ces chambres ad hoc, s’améliore, particulièrement à 25 mètres où le short, en silence, est plus meurtrier que le 22 LR car la vitesse plus lente et la densité de section inférieure donnent un temps d’expansion plus long et total sans passer au travers. On le voit (flèches rouges ci-dessus), les notions "pest" et "varmint" restent un argument commercial puissant pour cette petite munition qu'il ne faut pas prendre à la légère.
Des essais menés avec des Browning ATD en 22 short spécifique, des Ruger 10-22 à canon Volquartsen, des sporsters Winchester 52 à canons Lilja ont montré que ni la chambre, ni le taux de torsion faisaient vraiment la différence et que le seul facteur limitant à la précision était la munition qui ne bénéficie de plus aucune réflexion depuis 50 ans.
1/La seule arme encore fabriquée de nos jours (par Miroku (ci-dessus à dr.) doit être la 22 Short Browning, qui serait chez nous en catégorie B. Mais il y a un bon siècle tout le monde en faisait : Martini, BSA (mod. 12), Greener (rook rifles), Marlin (39 A Golden Mountie), Remington 33, Winchester 72, plus les un coup low wall. Toutes nos vieilles Gaucher, Manu-Arm à un coup sont censées tirer les deux calibres et même les bosquettes encore plus courtes. On voit ci-contre dans l’ordre bosquette, 22 court, 22 long, 22 long rifle.
2/On peut tirer du short dans le long, mais pas l’inverse.
3/Voir archive du 11 janvier 2022.
4/Outre la déformation progressive de l’entrée de chambre, il peut se créer un anneau de résidus carbonés et de plomb qui nuira ensuite à la précision. Il faut impérativement nettoyer au fur et à mesure ou mieux employer dans les chambres 22 LR des étuis longs, subsoniques ou « Z » pour tirer dans le garage. Attention, à 10m. ça troue encore pas mal un bottin !





