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16 février 2022

Melvin Forbes, le pionnier de l'ultralight actuel

Comme pour tout, alimentation, déplacements, la légèreté a aussi envahi le monde de la chasse et du tir, notion  noyée dans une masse d’informations que le jargon du marketing et de la recherche et développement, permettent difficilement de démêler. Si la première carabine légère célèbre, la fameuse Old Betsy (3,64 kg) de Warren Page date de 1959, la première arme de série (Winchester Featherweight : 3,62 kg) était même un peu antérieure (1952), et Jeff Cooper, un peu plus tard, préconisait 3,175 kg pour son fameux concept « Scout  Gun» quand, en 1985, un parfait inconnu proposa au Shot Show de Las Vegas son modèle Ultra Light : 3,175 kg avec les optiques !

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L’histoire de cet habitant des Appalaches ne manque pas de sel car s’il tenta à deux reprises de concéder son idée géniale à d’autres sous licence, mais se heurta par deux fois à des échecs, avant que Barrett, en 2015 rachète les actifs restants et incarne désormais cette filiation avec sa gamme Fieldcraft. Les débuts de cette aventure, en 1980, sont désormais perdus dans un brouillard à la fois de contrefaçons et de publicités foisonnantes dans ce nouveau monde où tout est devenu « clean » et « light ». Melvin Forbes, armurier et enseignant dans un lycée professionnel de Morgantown (Virginie occidentale) ayant eu à faire un prototype de fusil ultra léger sur base de Remington 600, mit quelques années à mûrir un allégement qui ne se contente pas de faire des trous partout, mais constituant un ensemble cohérent, conciliant perte de poids et surtout équilibre passant, selon lui, par la crosse.

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Depuis des années déjà, souvenons-nous de la Remington « Nylon 66 » en 1959, les crosses synthétiques, notamment celles de Brown Precision, battaient le pavé et avaient abaissé à 3,6 kg le poids des armes légères, quand le standard était encore à 4 kg. Le coup de tonnerre du Shot Show 1985 tint au gain de poids spectaculaire mais aussi à sa classification en poids de ses carabines, plus facile à comprendre que la fastidieuse habituelle nomenclature des armes : son modèle-phare était le 20 onces (crosse de 556 grammes) pour tirer toute la gamme 308 et surtout le populaire 284 Winchester, en pesait 5 de moins que la Remington 700 dont il reprenait mécaniquement les grandes lignes. Sa société ULA déclinait ainsi des modèles 24 onces pour le 30-06 (2,38 kg montée), des 28 et 32, et un 40 onces (2,72 kg) permettant de tout couvrir, du 22 long rifle (1) au 416 Rigby.

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Tout se jouait d’abord dans la composition de la crosse en kevlar-carbone prenant toute l’action et le canon donc, non flottant, ce qui paraissait une hérésie à l’époque du début des « beddings », mais regardés de travers, l’epoxy mis à toutes les sauces semblant le traitement de cheval pour résoudre un artisanat bâclé. Le canon flottant pouvait être la solution aux bois de qualité variable, sensible à l’humidité, mais les « literies » complètes se trouvaient de longue date sur de nombreuses armes de qualité, (les « stützen » germaniques par exemple), et il existait même des points de contact fixes ou réglables pour contrôler les harmoniques. L’idée, en jouant sur le matériau, très rigide, était de raidir à l’extrême pour contrer les vibrations, une arme équilibrée sur la vis de fixation avant, la centrant idéalement sur le montage des scopes Talley, en alu, eux aussi de conception Forbes, la rendant aussi plus maniable. Accessoirement les premières décorations Cerakote permettaient toutes les fantaisies ornementales permettant de se démarquer de la concurrence.

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L’action était classique avec un verrou en acier un peu plus dur, alimentation poussée, extracteur court Sako, éjection sous bonhomme de tension, détente Timney à deux positions mais trois fonctions : avant feu, arrière safe, mi-course possibilité de désarmement en toute sécurité. Il fit, du fait de la proximité géographique appel à Douglas pour ses canons. Malgré le prix de cette arme encore artisanale (3500 $) le succès fut immédiat : un an d’attente et 70% des acheteurs conquis repassant commande sous moins d’un an ! Hormis la légèreté, la précision grâce à la fameuse rigidité était aussi au rendez-vous : 5 charges d’usine même avec des balles s’échelonnant de 165 à 185 grains, groupaient dans moins d’un pouce (25,4mm) pour crapahuter en montagne en tirant du chien de prairie aux plus gros animaux ! La crosse bien pensée car très en ligne, nécessitant une mise en conformation soignée, l’aide du pad Pachmayr « Decelerator », permettait même de contrecarrer le légitime souci, avec une telle plume, déjà de maîtriser une visée sans doute un flottante, mais surtout de tirer par exemple dans le « 40 onces »…un monstre comme le 378 Weatherby Magnum !

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Melvin, soucieux de passer à l’échelon supérieur à celui d’une production limitée d’un fusil léger fut racheté en 1999 par Colt et fit un carton au Shot Show de l’année suivante : 7000 commandes dans la semaine ! Mais le « Colt Light Rifle » n’avait plus rien à voir, notamment au niveau de la crosse conventionnelle de l’époque, du plastique moulé injecté bon marché genre Tupperware, et il reprit l’entreprise sous son nom fin 2000. ULA devint NULA (New Ultra Light Arms) basé à Granville (Virginie occidentale), retrouvant le succès : 2010 lauréat des 25 meilleurs innovateurs armuriers de la revue Outdoor Life où il côtoyait, excusez du peu, Paul Mauser et Townsend Wehlen, ou encore, l’année suivante, récompensé du Bullseye Pioneer Award de la NRA.

En 2013 il retenta de concéder ses idées sous licence à la grosse firme d’Armement Titan Machine Products, sous le nom de Forbes Rifle LCC. Cette fois, chat échaudé craignant l’eau froide, il continuait de faire ses crosses chez lui à Morgantown quand tout le reste, avec changements de canons (Bulldog et Shaw ERC) était fait à Westbrook dans le Maine. Toutes ses productions précédentes, étaient interchangeables et l’artisan procédait encore lui-même à nombre d’adaptations et réparations relevant de la « NULA addiction » selon les termes de ses fans, laquelle durait déjà depuis deux décennies, et continue encore ! Las, en 2015 l’affaire tomba en quenouille, Barrett racheta les actifs restants, quelques dizaines d’armes et actions, et s’en inspira, mais avec quelques différences (actions en acier inox contre chorme-molybdène), canons et crosses d’autres fournisseurs, et surtout des prix diminués de moitié. Melvin Forbes fait encore des fusils personnalisés certes, mais bien peu rendent honneur à ce précurseur qui initia un vaste mouvement repris par d’autres (Kimber Montana, Cooper Back Country, Christensen, Rifles inc., Bansner) et toutes les « majors » U.S.

La piste est en effet étroite entre la production de masse, et les fusils personnalisés de ce qu’on pourrait appeler les armes de production limitée. C’est ce que nous montre cette histoire : sans être véritablement artisanales, elles sont assemblées avec plus de précision, disposant de canons supérieurs, titillent le haut de gamme, mais ne seront jamais aussi abordables.

1/Leur prix dépassant celui des meilleures Anschutz de compétition, le choix de ces petites merveilles se discute pour tirer les écureuils.

 

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