Tirs difficiles : plutôt rater...devant !
C’est sûr, faut pas trop parfois intellectualiser le tir, et nous avons déjà consacré un article à ce sujet (1) controversé car on nous enseigne le plus souvent, côté sportif, que la technique prime. Ce sont parfois les tirs les plus courants auxquels nous sommes confrontés, qui posent question.
Regardez par exemple les « traversiers », habituellement droite-gauche (et l’inverse pour les gauchers). Classique n’est-ce-pas ? Eh bien, selon la distance ou le type de terrain, on voit bien que l’affaire se corse. Suffit qu’on ait mal vu le départ, taillis qui fait obstacle par exemple ou que le copain , à l'improviste, crie « à toi ! », et on prend du retard dans le swing (2), et si on voit le faisan devant le canon, c’est derrière ! Si on le voit bien, mais que c’est juste avant un nouveau rideau d’obstacles, il faut balancer « dans le jour » car il est plus avantageux de « rater devant » de toute façon, quelques plombs en tête vaudront mieux que dans sa longue queue laquelle, comme celle du renard, compte pour rien. Le coup de travers difficile c’est la perte de visuel qui arrête ou ralentit le swing, et fait tirer derrière.
Les « entrants », canard, pigeons, faisans, sont des cibles hautes et rapides où là aussi, si on veut les voir devant le guidon nous sommes en retard. Le plus dur, en l’occurrence, c’est de « sentir » la distance. S’ils sont bas, tirer vers l’avant pour la même raison que vu plus haut, et moins de plombs nécessaires, s’ils sont hauts, le « coup du roi » raccourcit la distance. Les oiseaux lents (oies, corvidés) où on tente de viser « dedans » compliquent encore la donne.
Au « coup d’épaule », peu de swing, il faut monter immédiatement et au bon endroit. Dans l’urgence la crosse frappe l’épaule, oblige à regarder plus ou moins où le canon se trouve, l’arme étant trop basse et distrait une fraction de seconde l’œil de la cible. On tire avant d’avoir eu le temps « d’aligner » et on manque dessous. La difficulté c’est tête-crosse au plus vite à reproduire sans cesse d’où l’intérêt de la bonne conformation, ou des fusils anciens « pentés » d’office qui faisaient tirer par déflexion, « haut » à la plume en général montante, voire des armes d’usage notamment celles qu’on emploie l’été dans les kermesses si on s’oblige à tirer non épaulé. Le « truc » enseigné par les grands fusils c’est de se focaliser uniquement sur un détail de l’oiseau, par exemple la collerette blanche du faisan qui décolle, pour ne pas se précipiter à chercher son canon tout autour.
Ce qui nous part dans le dos nous surprend bien sûr, et s’y ajoute, si on chasse avec des copains l’aspect sécurité puisqu’il faut pivoter à 180° avec une arme chargée. On ne peut commencer le swing dans la zone sensible, et effectuer une économie de mouvements, des petits pas de positionnement qui ne sont pas du temps perdu. La plupart du temps (bécasse, perdreau), l’oiseau est parti « dans les bottes », et on a encore bien le temps de tirer. Le « tir long », est celui, autour de quarante bons mètres, distance limite pas facile à apprécier finement qui est aussi celle de la limite d’efficacité balistique des cartouches, de swing à donner, et d’éthique où on risque de seulement blesser. Paradoxalement, le ball-trap et la fosse olympique où le tir à cette distance est courant n’aideront pas forcément le chasseur car non seulement la cible est plus petite et va bien plus vite, mais il oblige à se placer plus loin, et plus longtemps en avance maintenue. Son timing devra être plus précis car la fenêtre de tir se rétrécit à mesure que le plateau s’échappe et finit par tomber. C’est là qu’il faut tirer « in the box » comme disent nos amis Britanniques.
Les chasses au poste et la sauvagine englobent bien des subtilités (leurres, appeaux) autres que le tir qui font tout leur charme, mais ce dernier est un moment charnière d’autant qu’on y fait souvent plus appel qu’à la billebaude. Les acrobaties des sarcelles, l’agilité des palombes, la vitesse des colverts, les virevoltes des corneilles sont autant de figures déconcertantes qui s’ajoutent à l’exigüité du poste encombré de tout un tas de bricoles où on est caché, le plus souvent, en position assise. Celle-ci n’est pas naturelle et très déconseillée pour tirer, mais on part souvent de là, même si le siège est en position plus ou moins haute : une amplitude du haut du corps restreinte, une latéralité réduite de moitié pour swinguer. Il est donc important de se positionner avant, pour les droitiers se placer de trois quarts pour au moins, bien pratiquer le mouvement latéral gauche-droite.
Les particularités comme la pose changent tout ce qu’on a appris sur le swing. Si vous accélérez votre mouvement quand le colvert décélère, les yeux iront d’abord à ce qui va vite c’est-à-dire le canon, et vous quitterez la cible qui freine à mort tous aérofreins déployés ! C’est le mouvement lent et préparatoire du bras faible qui permettra de rester polarisé sur elle, et l’intérêt du bon confort et camouflage de poste d’anticiper cette montée « douce » de l’arme, bien connue des chasseurs de corvidés pour demeurer le regard fixé sur l’oiseau en approche avec son vol chaloupé caractéristique. On retrouve cette notion pour les tirs « longs », oiseaux méfiants qui tournent où, frustré, on se décide à tirer pour rien, voire ceux qui échappent aux leurres parce qu’ils nous ont vus, et où, dans l’inconfort, et à la va-vite, le tir est de plus en plus difficile au fur et à mesure qu’ils s’éloignent. Le tir est trop rapide car on a peur qu’ils dépassent une portée mal évaluée. Là aussi, à l’encontre de la tendance, il faudrait déplacer l’arme plus lentement pour mieux suivre, sans à-coups la ligne de vol et devancer plus loin encore, et avec du plus gros plomb, surtout depuis qu’on tire acier. Théoriquement, au poste on a des repères fixes pour apprécier mieux la distance : en règle générale ce qui passe au- dessus est vu et se trouve plus près que les traversiers où l’arrière-plan peut brouiller les visuels habituels.
Rassurez-vous, on ne manque rien…on trouve mille choses qui ne marchent pas, et on apprend de ses erreurs. La chasse est une série de coups manqués, de gaffes qui se recoupent toutes parfois à un moment donné, et qui permettent, occasionnellement...de mettre un coup au but !
1/ Voir précédent article du 14 novembre 2021.
2/Le swing c’est comme de vouloir lancer un caillou dans un vieux pneu déboulant de la colline. On ne pense pas à la pierre, ni au geste du bras qui lance, on regarde et l’ordinateur qu’est le cerveau calcule l’avance à donner. Stopper le mouvement détruit le tempo et la coordination dictés par l'ordinateur humain.






