Un "vieux gars" pour les vieux jours ?
C’est un célibataire assez simplet, que l’on regarde de haut, au hasard des rencontres, au détour des chemins, « arme de débutant ou de chasseur sans le sou », au système aussi rustique que solide dont nous avons parlé maintes fois ici (1). Il ne s’agit pas non plus de tomber dans le snobisme, et l’engouement pour les armes et calibres désuets (2), mais de se rendre compte, qu’en fait, c’est l’arme d’une autre chasse…
Certains sites U.S. parlent pour le « single shot » de romantisme, de mystique et presque d’éthique, et il faut bien reconnaître que même revenu un peu de tout, dans la force de l’âge, nous venons d’en parler récemment (3) nous n’aurions sans doute jamais parié un kopek d’avoir à ainsi philosopher un jour sur un tel engin. Dans les campagnes reculées il était pendu au-dessus de la cheminée ou derrière le placard, jamais bien loin pour protéger le poulailler. Il durait éternellement, inusable, du fait déjà de sa conception ultra simple, et aussi parce qu’il impliquait, de facto, des pauses dans le tir évitant coups de chaleur, érosion et contraintes successives qui ébranlent tous les mécanismes même les plus solides.
Après le Simplex, mettre bien plus tard la main sur un Beretta « Trunchino » neuf qui plus est pour une misère (45 euros !) était une aubaine à ne pas laisser passer. Nous l’avons déjà disséqué ici (4), mais ses caractéristiques restent étonnantes : canon de 32 pouces (82 cm), qui se plie en deux pour entrer dans le sac à dos et look de « fusil de bracos » d’autrefois, équilibre parfait à 2,4kg grâce au chrome-molybdène et bien sûr finition au top Beretta des années 70 ! Celui qu’on nomme joliment aux USA « Companion », est devenu le nôtre pour un rythme de chasse qui n’est certes plus celui de nos jeunes années, mais qui se déguste comme un bon Bourbon, lentement, et à petites doses sur un lit de glaçons, et à certains moments bien choisis de la semaine cynégétique, souvent chargée.
C’est le partenaire des sorties solitaires, pour la chasse au poste, « faire le pied »…ou le « lever » le dimanche après-midi, pour cette chasse ralentie et détendue où on se concentre sur la Nature avec ce sentiment familier d’avoir au bras quelque chose d’élégant, de fin et de léger, et surtout de terriblement efficace. Tirer une seule fois, implique que ce premier coup compte vraiment. On disait autrefois quand on entendait pétarader au loin : « un coup : dans la gibecière ! Deux coups : peut-être ? Trois coups : derrière » ! L’usage des 22 LR à un coup nous avait déjà montré à ne pas appuyer inutilement sur la queue de détente, à moins de pouvoir donner le coup fatal. Avec ce genre d’arme toute la génération des chasseurs d’après-guerre apprenait la patience et la prudence, le placement des tirs, et l’estimation de la portée, puis le chargement de la cartouche au numéro de plomb idoine. Avec un seul coup, on n’avait pas le choix, il fallait se concentrer et se connecter immédiatement au gibier.
Cette limitation enseignait au novice l’intérêt de se rapprocher, d’attendre, et se retenir jusqu’à ce que les conditions soient parfaites : excellente façon, au demeurant d’aborder plus tard n’importe quelle chasse ! Quand on n’a plus rien à prouver, sur le tard, c’est là qu’on « jouit », (ne rigolez pas, le terme n’est pas trop fort, ni trivial), d’éprouver cette quintessence de la finesse de la chasse quand, tous les sens en alerte on regarde le vol de colverts approcher, puis les malards se pavaner autour des leurres, ce qui représente n’est-de-pas, 99% de la jubilation de notre passion commune ! Avec, au bras, cette « canne à mouche » des armes à feu…on peut aussi faire comme nos amis pêcheurs, « no kill » et parfois, (reconnaissons-le, jamais assez souvent), ne pas tirer ! Trois malheureuses cartouches suffisent à garnir le fond de la poche quand on sait que, de toute façon, rien ne va repartir après, témoin le capucin de l’année proprement expédié avec, et au coup d’épaule, en allant aménager un poste à pigeon !
C’est en effet tout le paradoxe de cet outil élégant et semble-t-il anodin, à l’allure innocente de carabine de jardin, de tout écraser, et d’être comme disait W.Churchill à propos de la gent équine « dangereux aux deux bouts ». Effet du faible poids, il recule bien sûr et rue comme une mule (5), mais il n’a pas besoin de « semi-magnum » de 40 grammes ou plus pour être efficace : le long tube, plus serré qu’un pet de nonne, fait tout le temps le boulot, même avec une petite 28 grammes de N°6, par exemple à la palombe. Pas de blessés ni d’oiseaux désailés, faut juste bien couvrir si on va loin, bien plus loin que le commun des armes récentes, notamment avec du gros plomb, où les 40 « vrais » mètres sont régulièrement atteints. Le recul d’un seul coup n’est jamais un problème, ce dernier n’entrant en jeu que lors des tirs répétés et de toute façon, on a le temps de s’appliquer à bien épauler. Pour la chasse « cool » et quasi éthique car, à bonne distance, c’est soit à côté, ou mort de chez mort, c’est l’outil…
1/Voir archive du 18 janvier 2018, et pour les singles US celle du 21 juin 2018.
2/Le calibre 16 par exemple, dont nous attendons, comme le Messie, le retour.
3/Voir archive du 26 septembre 2021.
4/Voir archive du 31 mai 2018.
5/Parce qu’il est léger. Avec la même cartouche-type par rapport, par exemple au MP 153 « à gaz » l’écart est considérable. Moins, contrairement à ce qu’on pourrait croire, à cause du mécanisme « amortisseur » que de l’écart de poids. L’emprunt de gaz commence, (en 0,002 sec.) à pousser la barre d’action vers l’arrière, et en théorie, effet action-réaction va pousser le fusil vers l’avant, mais sur les 3000 joules mesurés à la bouche « l’emprunt de gaz » est insignifiant : quelques vingtaines de joules tout au plus. L’énergie totale transférée vers l’arrière est, en gros la même, mais si c’est assez peu perceptible par le tireur, elle est différée, étalée dans le temps, sur une arme beaucoup plus lourde, près d’un kg d’écart. C’est ce qui explique l’effet « confort » ressenti sur les semi-automatiques.





