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27 février 2022

"Boo Whoop" le fusil perdu 50 ans

Le jour de l’an 1948, c’était encore une journée grise et fraîche, un temps de chasse en quelque sorte où deux amis de retour de la passée matinale furent contrôlés par les gardes. La routine quoi, dans ce coin de l’Arkansas, comme dans nos plaines de Beauce ou de Sologne. L’un des chasseurs, un petit bonhomme sec et fin, toujours tiré à quatre épingles (ci-dessous à droite) n’était pas n’importe qui : Théophile Nash Buckingham (1880-1971) était alors au faîte de sa carrière de journaliste et écrivain.

Nash à droite A

 

Juste avant-guerre, c’est la grande époque des ouvrages et revues « d’outdoor », où John O’Connor, George Bird Evans, Elmer Keith et tant d’autres, tenaient les lecteurs et chasseurs en haleine dans des relations de voyage bien plus proches du public que ne le furent chez nous par exemple, Maurice Genevoix ou Paul Vialar plus franchement versés dans le domaine de la littérature. Jim Morrisson et Jim Fergus poursuivent de nos jours cette veine d’écriture où les chiens, les armes, l’éthique nature tiennent un grand rôle.

op, A

Nash Buckingham qui était originaire de Memphis (Tennessee), y ajoutait un accent « deep south » à la Mark Twain, employant les expressions vernaculaires du bayou tout au long d’articles pour Field and Stream, Sport Afield, dont les bonnes feuilles allaient faire une dizaine de livres dont le plus connu (non traduit chez nous) reste « De shootinest gentleman and other tales ». Une arme particulière y était souvent mise en exergue, au même titre qu’un personnage dans ses articles, nommée « Bo-whoop » et qu’il convient de présenter plus précisément ici. Nash qui avait débuté avec un Winchester 97 récupéré sur un ami expatrié à Ceylan, avant d’entamer sa carrière d’écrivain, était habitué aux canons longs et chassait le gibier d’eau avec un Parker à canon de 34 pouces (86 cm) du temps où il était encore associé dans un magasin d’articles de sports.

win super X A

Sollicité en 1921 par John Olin en personne pour tester les nouvelles charges magnum Western Super X, on lui fournit, pour ce faire, un Super Fox en 12 qu’il fit transformer un peu plus tard en 1927 sur ses propres spécifications par l’armurier Burt Becker de Philadelphie. Les canons spéciaux de 32 pouces étaient suralésés full-full ce qui n’est pas courant, et chokés à mort pour concentrer encore 90% d’un coup de 4 à 40 mètres ! Quasi « canardier », c’était un juxtaposé de facture classique orné bien sûr de gravures de renards (animal qui se dit « fox » dans la langue de Shakespeare), sans sécurité, le bon Nash considérant qu’il s’agissait d’une distraction inutile quand on s’entassait dans le « blind » (poste) à l’affût des colverts…Le nom « Bo-whoop » lui avait été donné par un de ses compagnons habituels, Harold Sheldon, sur un doublé de canards : le son de la détonation évoquant les notes basses du cor dans un orchestre symphonique.

Inutile de dire dans ce matin froid d’hiver, que face à un tel personnage, les gardes ayant expédié les formalités d’usage, demandèrent à voir et manipuler la fameuse pétoire, laquelle, la discussion s’éternisant, finit par être posée sur le toit de la voiture…On devine ce qui s’ensuivit, le nombre de kilomètres avant de s’apercevoir de l’oubli, retourner dans la fièvre et en catastrophe en arrière en sondant les fossés et bas-côtés, et se résigner à la perte : « Bo-whoop » avait disparu ! Avec son entregent dans la presse, la nouvelle fit le tour du landerneau médiatique, une forte récompense fut promise, le petit comté de Clarendon, au fin fond de l’Arkansas, faisant alors l’objet d’une nouvelle ruée vers l’or : tous les chasseurs du coin, étant persuadés de tomber un beau matin sur la petite merveille au coin d'un fossé, ou au fin fond d'un buisson ! Commença alors une histoire extraordinaire de rumeurs et de spéculations. Un prêteur sur gages de l’Illinois, tout au Nord du pays crut l’avoir revendu…à un inconnu qui avait disparu le temps d’accourir sur place, et un faussaire en refit même un similaire en tous points, en respectant scrupuleusement les caractéristiques archi connues de l’arme maintes et maintes fois disséquée dans la presse spécialisée. 

uh

Las, en 1950 deux amis de l’inconsolable journaliste lui en firent refaire un à l’identique, mais la magie de l’original avait disparu, et le pauvre Nash partit rejoindre St-Hubert en 1971, à un âge avancé, mais sans avoir pu remettre la main sur son arme fétiche. Comme l’Arlésienne dont on parle beaucoup mais qu’on ne voit jamais, la disparition de « Bo-Woop » fut un des sujets de conversation préféré des sauvaginiers de l’ancienne génération, celle de l’après-guerre, une sorte de « légende…rurale » que l’on évoquait le bon vieux temps autour d’un vieux bourbon à la lumière des lanternes sourdes en ôtant ses cuissardes : qu'était devenu le fameux fusil ?  Il fallut attendre 2005 pour que commence à se lever une partie du voile quand un jeune homme poussa la porte d’une armurerie de Caroline du Sud pour faire réparer un vieux fusil dont la crosse était cassée en deux. Il était mandaté par son père malade, pour tenter une réparation et une revente dont la somme escomptée pourrait aider à son rétablissement. L’armurier qui avait des lettres en histoire des armes fameuses, fut tout de suite alerté, notamment par l’inscription frappée en toutes lettres sur les canons (voir ci-dessous)  « made for Nash Buckingham » ! Il eût beau alerter le jeune homme et lui faire comprendre l’enjeu historique de l’affaire, ce dernier voulait juste une crosse neuve, prit peur sur les conséquences de l'affaire…et disparut de nouveau, de la circulation pour quatre ans !                              A suivre.............

kj

Prochain papier : Boo Whoop suite et fin, le fantome réapparait

 

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