Le 22 dans tous ses états...unis !
En pleine tourmente « deuxième amendement », ce vaste pays n’est pas forcément l’eldorado que l’on pourrait croire vu du petit bout de notre lorgnette. Les législations par états sont fort différentes, mais le petit calibre y reste quand même largement employé pour la chasse au petit gibier. En fait, il est partout présent notamment au travers d’une arme emblématique la Ruger 10/22 dont nous allons parler dans le prochain envoi.
Même si la France a pris très vite le train en marche, Gévelot et la MFC le chargeant rapidement après 1887, tous ses développements se firent aux USA avec l’accès aux PSF, puis aux hautes vélocités (Remington 1930), avant le phénomène Stinger (1977) précédant les hyper véloces. Nos législations restrictives l’ont plus ou moins banni de l’usage rural où il était pourtant bien pratique pour toutes sortes de choses auxquelles on continue de s’accrocher à la campagne : régulations des ennemis des cultures et immense cohorte des « ravageurs » en tous genres. Au pays de l’Oncle Sam, dans tout l’Est, c’est le calibre des chasseurs d’écureuils où il est juste interdit (Illinois, Georgie, Alabama, Tennessee, Michigan) pendant la saison du cerf en octobre-novembre.
Dans les états du Centre (Iowa, Nebraska, Texas, Oklahoma), infestés de lapins, il est encore peu concurrencé par les nouveaux 17 HMR et HM2 dont la balistique est intéressante, mais les balles inadaptées à la venaison. Il ne faut pas en effet se leurrer sur les exploits « longue distance » (1), et quand il s’agit de remplir le carnier, la portée se mesure à l’aune du coup de tête fiable à 25-30m. ou un peu plus selon la possibilité du tireur de se stabiliser parfaitement. Les « varminters » eux-mêmes (2) qui tirent « gophers », rats arboricoles, emploient dans un premier temps du 22 pour du tir de près et faire du chiffre auprès des agriculteurs qui les acceptent sur leurs terres, avant de passer à la longue distance, mais avec d’autres calibres, et à percussion centrale.
Des états comme l’Arizona, le Kansas, le South Dakota prévoient des lois spécifiques pour chaque gibier et un système « d’étiquettes », un peu comme nos bracelets qui peuvent voir au même moment cohabiter sur le terrain, plusieurs armes ou calibres différents. Vous pourrez promener votre 22 pour tirer un lapin, mais irez au-devant de gros problèmes si vous vous en servez sur un whitetail ! Beaucoup vont jusqu’au gobbler (Floride) ou tétras (Oregon), le plus restrictif étant la Californie dominée par le lobby écolo qui interdit le plomb, et comme il n’y a pas encore de substitut pour le 22 …
C’est, en fait le « pest control », sorte de notion de « nuisibles » si on veut qui amène à dépasser cette zone des 50m. où toute munition même standard est encore précise, et où il faut changer d’échelle. Au-delà du renard, il y a déjà dans les arrière cours tout un tas d’indésirables inconnus et d’une autre envergure que chez nous : « coon» (3), mouffette, opossum, lynx roux, et surtout l’impressionnant coyote. Ce dernier qui décime les faons peut être tiré de nuit où toute chasse est illégale, en Arizona dans les zones à pronghorns. L’invasion des sangliers et hybrides a relancé toutes les cartouches hyper véloces, un peu moins rapides, mais plus lourdes et précises que la Stinger, avec pour le coyote un tir d’épaule et d’ancrage pour le suivi, car il est très difficile à tirer de près tant il est méfiant.
Pour les suidés, souvent tirés de nuit avec une aide à la visée spécifique, c’est le contraire avec un tir derrière l’oreille avec des munitions plus « solides » comme les « yellow jackets » de chez Remington. Dans le Grand Nord, malgré l’exploit de Bella Twin sur grizzly (4), si la percussion annulaire est interdite grand gibier, le 22 Long Rifle est omniprésent sur renard, tétras, et même phoques. S’il est encore acceptable jusqu’à 150m. sa balistique est telle qu’il place le tir de chasse dans un dilemme que ne connait pas le tireur sportif. Ce dernier peut titiller la portée précise maximum quand le chasseur cherchera la portée efficace maximum qui, en fait n’excède pas 100 m. L’énergie chute tellement qu’il faudrait être très précis pour prélever éthiquement à cette distance, et comme tout le monde n’est pas champion FFT, il faut impérativement se rapprocher…
1/Le record homologué devant témoin de tir d’un lapin est de 413m. et C.S.Landis dans « Hunting with the Twenty Two » donne 150m. avec une haute vitesse pointe creuse. Il faut considérer 70m comme la sage limite d’une subsonique pointe creuse.
2/Voir archive du 10 février 2021.
3/Sur le « bandit masqué » voir archive du 18 avril 2021.
4/Voir archive du 1er novembre 2020.




