Ruger 10/22 : c'est "la" carabine américaine
Elle possède à la fois le look et la maniabilité de la « carabine US » en « 30 », de nombreuses innovations techniques et une élégance à la fois pratique et nostalgique de l’époque où elle a été conçue, en 1964. Avec une douzaine de modèles, personnalisable à l’infini (1), elle est partout : dans les cours de ferme, à l’arrière du pick-up, sur les stands de tir où elle se pare de tous les atours : du « tactical » des amateurs de plates formes AR 15, au « stützen » des traditionalistes…
Après le succès du 22 Standard, pistolet le plus populaire qui lança Bill Ruger (1916-2002) quand il s’associa avec Alex Sturm en 1949, cette carabine n’est pas partie de rien, mais du retour d’expérience sur la 44 Magnum Carbine, produite de 1960 à 1985 qui devait prolonger le concept « carabine US », mais en 22 Long Rifle moins puissante et onéreuse à fabriquer et tirer, dans un but de formation des forces de l’ordre. Les ingénieurs de la firme (2) avaient à relever le défi, difficile en 1960, de relier le canon acier (6 rainures au taux de torsion classique de 1/16) à un boitier en alu anodisé, gageure réussie en faisant tout le contraire de ce qui se faisait à l’époque, soit tout baser sur une queue d’aronde et une simple vis traversante, et donc fini le concept du « canon flottant » cher à des générations de tireurs de précision.
Ce qui « flottait » c’était donc le verrou que sagement, contrairement à la concurrence (3) on ralentissait considérablement grâce à une came retardante, équilibrant un cycle lent, fiable et régulier, ne sollicitant pas trop en tension un chargeur rotatif dix coups au fonctionnement doux et facile à approvisionner. Ce n’était pas réellement une nouveauté, Schoenauer qui l’avait inventé en 1884, l’avait fait breveter dès 1886 aux Etats-Unis, et Savage en avait fait, pour de plus forts calibres certes, une réussite incontestable pour son modèle 99 à levier (4). Mais le chargeur, il ne faut pas l’oublier, est un des éléments importants dans une carabine semi-automatique. Les tubulaires populaires à l’époque, forçaient les cartouches à effectuer un trajet subitement à angle droit avec un transporteur et un tas de pièces complexes se baladant ensuite de bas en haut dans un tintamarre de cliquetis métalliques. Là, grâce au rotor chaque cartouche était indépendante dans son alvéole, se présentant dans un angle invariant, assez simple, et mieux encore, détachable à tout moment pour compléter.
Les essais ayant été concluants tant en fonctionnement (1200 coups avec 15 marques de cartouches différentes sans lubrifier ni nettoyer) qu’en précision (à 50m. 3 cm munition standard, le double en HV, et 12 cm à 100m), sa sortie fit l’objet d’une forte campagne publicitaire exaltant le fort compagnonnage avec ses devancières en poids, proportion, gabarit et manipulation. Ensuite, la marque s’adapta continuellement aux marchés : des crosses laminées puis composites (1986), au fort classique stützen (modèle International 1967), et un take-down (voir ci-dessous à dr.) seulement en 1972 du fait de la complication pour s’adapter au fort tenon vu plus haut qui tient l’ensemble. Les distributeurs, dès lors que la commande pouvait dépasser le millier d’exemplaire, pouvaient se faire livrer des éditions spéciales, il y eut ainsi une Canadian Centennial, un modèle NRA, et même FBI…jouant sur les mots car en fait il s’agissait non de la police fédérale bien connue, mais de « Faber Brothers Inc. » ! Il y eût bien sûr des adaptations à des calibres proches : 22 Magnum de 1998 à 2006, 17 HMR de 2004 à 2006.
1/Il existe même un préparateur spécialisé (Volquartsen) de cette carabine. Nous en reparlerons bientôt.
2/Richard Kolish (1923-1999), D. McClenaham et H.Sefried.
3/Remington et Mossberg doublant presque les 945coups/minute de la 10/22.
4/Voir archive du 20 février 2018 sur la Savage 99.



