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20 juin 2022

Carabines 22 : du jardin à la compétition "long range"

Est-ce un mal ? Nous avons beau, ici, être un site suintant la nostalgie du temps où le premier communiant se faisait offrir une « Manu-Arm », première étape dans la voie du jeune chasseur, et bientôt du conscrit, il faut bien dire que la production récente nous fait un peu rêver. Fini le temps de la carabine à deux balles, sans sécurité (sinon à laisser la culasse ouverte comme sur mon antique « Gazelle » !) à la détente spongieuse, la culasse « bloblotante » laissant échapper quelques pets malséants, et à la percussion de marteau-pilon massacrant les étuis…

KIDD-10-2kklom

De nouvelles disciplines comme la PRS (Precision Rifle Shooting, 2012), et depuis deux ans chez nous le « Prince of 22 » au camp de Canjuers, rapprochent irrémédiablement la percussion annulaire de la centrale. Le monde du tir, jamais bien tendre sur l’utilisation du petit projectile dans nos campagnes (1) a logiquement ramené vers lui ce calibre bon marché, permettant de s’entraîner à peu de frais, et tiré vers le haut la production. Tout ça vient des USA, partant du fait que la configuration d’un training précision annulaire a tout en commun avec celle d’une centrale : il faut tenir compte en effet des mêmes critères optiques, armes, accessoires pour faire un système complet qui permettra sans trop de changements pour le tireur, de passer de l’un à l’autre.

KLM

La différence de calibres vient après, mais les particularités du 22 ne pouvaient que motiver les tireurs car sa chute à 100 m. (entre 16 et 20 cm) ajoutée à un fort vent de travers (encore une dizaine de cm de « flottement » cette fois latéral) apprennent à mieux « lire » ce dernier, se montrer précis avec le petit calibre à 300m. équivalant à l’être, sans doute, avec du 308, à 1000 m ! Aux USA, le PRS (2), qui fait tirer à des distances et positions variables (couché, derrière une barricade, etc.) s’est fait au départ avec ce qui était le plus disponible sur le marché, l’omniprésente semi-auto Ruger 10/22, facile à « customiser » (3). Les tireurs percussion centrale longue distance qui utilisent des verrous à base Remington 700 small action, se sont tournés vers des entreprises spécialisées qui ont su prendre le train en marche comme Vudoo, de St-Georges (Utah).

an 1727

Son action V 22 a été conçue par Mike Bush, un ingénieur spécialisé des conversions du single Remington 40X en arme à répétition, magasin 10 coups, car de nombreux parcours PRS se jugent sur ce nombre de tirs. Non seulement les tireurs centraux retrouvèrent la même échelle, mais ce concept a vécu sa propre vie et une véritable « success story » grâce à ses indéniables qualités de fabrication. On retrouve l’action Remington mais au format 22 avec deux tenons intermédiaires à 180° qui pousse une partie avant où on retrouve de manière classique éjecteur et extracteur. L’action à course longue, percuteur traversant, prend la cartouche « au vol » lors de l’extraction chargeur, il n’y a pas de rampe d’alimentation qui frotte, rabote, et malmène l’ogive, et nous retrouvons une forme d’alimentation contrôlée bien connue depuis 1908…

lighgow

MMOV

Evidemment, les canons (Shilen) sont au niveau, et tous les aménagements de détentes et de finitions sont possibles pour un prix qui avoisine nos 2-3000 euros. Une firme spécialisée (Rimxest) sur même base Remington 700 démarrant autour de 1000 euros, permet de se construire du sur mesure : détentes à deux étages Timney, canons Shilen, Lilja, Bartlein, Brouckton, Lothar Walther de la longueur qu’on veut, le plus souvent autour de 16 pouces (40 cm) car après, la friction ralentit ou perturbe la trajectoire des balles. Bergara avec sa B 14R est aussi parti de ce principe Remington 700, mais à moindre coût, et toutes les grandes marques proposent maintenant du fait du gros marché en perspective, des carabines de haut niveau PRS : Anschütz (54-64 en haut à g. ), Tikka T1X, Savage B 22, CZ 455-457, et même un nouveau venu, l’australien Lithgow LA 101 (4), aux prix des précédents, 1200-1500 euros. Volquartsen ci-dessous à dr.  se démarque en faisant à la fois une carabine à verrou (Summit), mais aussi une semi-automatique à 1500 $. Après, la cohérence veut qu’on y monte des accessoires qui vont bien : en général des déclencheurs de haut niveau au même poids que ce qu’on va tirer en centrale, des rails Picattiny plutôt que des Weaver de plinking, des scopes à réticules différents mais HQ, et des munitions « match ».

volq

Ah, c’est sûr qu’on n’est plus là au prix de la Gaucher « Colibri » de notre enfance, mais ces « formules 1 » à l’instar de l’automobile devraient engendrer comme pour les conducteurs du dimanche, des retombées même pour les chasseurs, car la pratique PRS colle de près à l’utilisation de terrain, tir debout, couché, à genoux, accroupi.

1/Notre position disons « rurale » du 22 LR nous amène, émanant des tireurs FFT de temps à autre des remarques aigres-douces sur les conditions légales d’emploi dans nos campagnes du petit calibre qu’ils voudraient impérativement ramener au stand, et nulle part ailleurs. Mais comment faire quand le renard est dans le poulailler, et préserver le bien-être animal des poules ?

2/Depuis 2017, il existe aussi des compétitions NRL en 5 classes : open, jeunes 8-16 ans, dames et air comprimé.

3/Il existe même, au Texas, une entreprise (Kiddinnovative) spécialisée dans la personnalisation de la Ruger-10/22.

4/Habitué de la production des systèmes Lee-Enfield, elle reprend le verrou arrière à trois pattes chanfreinées, atout d’une grande douceur de fonctionnement.

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