22 LR : un siècle de littérature américaine
Aussi difficile à imaginer que l’engouement pour les armes de toutes sortes autour des polémiques, et même des drames contemporains liés au second amendement, la littérature armurière US est d’une ampleur impossible à imaginer chez nous. Sans même parler des « gunwriters » (1) dont la réputation nous parvenue que très assourdie 20 ans après la mort des deux compères 0’Connor-Keith, il y avait déjà en 1930 une trentaine d’ouvrages parus et à collectionner sur le 22 LR !
Le plus connu de cette époque était sans conteste Charles Singer Landis (1886-1961), chasseur expert, observateur attentif de la faune, expérimentateur et écrivain au style concis dont son « Hunting with the twenty-two » date un peu (1950), mais reste un classique de cette période, et fut régulièrement réédité jusqu’en 1996. John D. Lachuk (1924-2014), ci-contre à dr. prit un peu le relais et fut surnommé le « Mister 22 » des seventies quand il publia coup sur coup « Wonderful world of the 22 » et « The gun digest book of the 22 Rimfire » (1972-1973). C’était au départ un « wildcatter », exploitant un peu comme Roy Weatherby un magasin de pièces auto dans le Sud de la Californie avant de se retirer dans l’Oregon, et créateur, entre autres du 44 Lancer, précurseur du 44 Magnum (2). En 1995, il publia également une biographie faisant autorité sur l’œuvre de l’armurier Franck Pachmayr (3).
Tous les deux écrivaient pour Gun Digest, bible annuelle des tireurs fondée par les magasins Klein d’articles de sports de Chicago avec un catalogue à la Manu, mais aussi tout le bouquet des grandes plumes de l’époque O’Connor, C.Askins, et passant rapidement de 224 à 464 pages (1980). C’était un mélange d’articles de fond sensés fournir une lecture intéressante, mais aussi une multitude de documents de référence pertinents sur les armes, utiles à tous les passionnés. Il avait comme concurrents d’autres publications annuelles spécifiques comme Shooting Times, et Guns and Ammo qui également se collectionnaient et ajoutaient un autre éclairage, ou un autre « angle » dans le jargon de la Presse, pour les lecteurs rompus aux joutes que se livraient les trois géants du domaine outdoor : Field and Stream, Sports Afield, Outdoor Life.
Après, l’édition prenait le relais pour des livres couvrant tous les domaines spécifiques de l’emploi du petit calibre. Charles Landis, qui était un spécialiste de la marmotte en Ontario et d’autres publications de la même eau, fit ainsi «woodchuk and woodchuck rifles » (1951), couronnant à dix ans d’écart (1922-1932) l’usage du 22 cible ou petit gibier, mais aussi l’armurerie spécifique « Riflecraft » (1923). Pour les « squirrells », il y avait également Bob Gooch ou M.D.Johnson, les militaires T.D.Batha, le survival Steve Markwith ou Mel Tappan, et même sur les visées « fer » Nick Stroebel. Ceux qui veulent embrasser l’ensemble du pnénomène 22 trouvent tous les dix ans des anthologies : « the gun digest book of the 22 Long rifle » (1972) de C.R.James, à ne pas confondre avec « The gun digest book of 22 rimfire » de James House, et le guide du carabinier de Steve Boelter (1995) fait la somme des tests de toutes les munitions répertoriées jusqu’ au tournant du siècle.
Bien sûr, il y a pléthore de chercheurs et historiens pour les armes vintage ou classiques comme P.Sharpe ou D.F.Geiger, et automatiquement par marques : Vic Havlin pour Mossberg, Homer C.Tyler chez Browning, Gyde-Marcot vers Remington ou W.Brophy (Marlin). Winchester balaye l’ensemble du spectre avec la « totale » de B.West sur le siècle 1866-1967, mais on peut encore affiner avec G.Madis et Ned Schwing, pour les singles et modèles anciens, et Herbert Houze consacre même un ouvrage spécial sur le modèle 52. Aussi amusants à collectionner que les armes elles-mêmes, tous ces ouvrages font l’objet d’un vaste marché du côté des collectors et de l’occasion, et enrichissent le débat sur ce petit calibre populaire car sans recul et polyvalent, notamment au petit gibier, notion que nous avons peu à peu perdue en France, parce que nous l’avons pas assez défendue…
1/Voir archives du 8 janvier 2018
2/Travaillant à booster le 44 Special sur base 30-40 Krag, il fit partie, avec Elmer Keith, ou les Ets Lyman des anonymes qui, sous le nom de « 44 associates » poussèrent Remington et Smith and Wesson à introduire un 44 vitaminé qui ne vit le jour qu’en 1955 sous le nom de 44 Magnum et popularisé par les films du célèbre inspecteur Harry incarné par Clint Eastwood. Il chercha à faire publier ses travaux sur le 44 Lancer dès 1949 dans American Rifleman qui fit la sourde oreille. Beau joueur, après 1955, il publia ses essais personnels sur le trilogie 41-44-357 Magnum que popularisa Elmer Keith.
3/Voir archives du 28 mai 2020.




