Humour : le temps d'une nouvelle arme ? Comment sauver votre mariage...
Je crois bien qu’on est tous dans le même bateau, au soir d’une vie de chasseur, la plupart d’entre nous possèdent depuis longtemps ce dont ils ont besoin...mais peu ce qu’ils veulent vraiment ! Quelle différence entre désir et besoin sinon dans le compte bancaire, à s’établir un budget « défense » séparé, (comme au Gouvernement !), et qui n’aurait pas d’impact sur les sorties ordinaires ? Voici quelques « trucs » quand il s’agit de faire entrer une nouvelle arme à la maison, sans mettre son couple en péril.
D’abord ne jamais mentir, mais omettre beaucoup, plutôt la philosophie «motus et bouche cousue», et une utilisation rationnelle des lieux. Le garage est le meilleur ami du passionné car elle n’y met jamais les pieds sinon pour les poubelles et la machine à laver, et c’est là que s’entassent tous nos impedimenta bannis des étages : waders crottées, vieux paletots fleurant encore bon le sauvagin et le fumet du barbecue, leurres dépareillés, la palette bigarrée des vieilles cartouches, et bien sûr nos trésors armuriers qui doivent impérativement lui donner le tournis. Le nombre d’armes au râtelier est toujours mouvant et indéterminé, et le va et vient permanent entre les armoires, le bureau, la camionnette de chasse. Un coup les carabines, un coup les juxtaposés, et toutes les excuses boiteuses de nettoyage et de démontage sont judicieuses pour les laisser traîner, notamment les nouveaux venus, afin qu’ils finissent par faire partie du paysage.
Dites-vous bien une chose, pour elles, toutes les armes se ressemblent sauf si elles sont brillantes, camouflées, ou dans une boîte neuve, et il faut se méfier des carabines qui ont parfois des looks caractéristiques avec leurs appendices disgracieux que sont lunettes et points rouges. Raison de plus pour les faire apparaître et disparaître à bon escient, les nettoyer ostensiblement et longuement au risque de se faire houspiller « c’est quoi ça ? Encore une nouvelle ? » et répondre benoîtement « non…non, c’est une ancienne dont je ne me sers pas souvent et que j’ai ressortie pour entretien ». En bref, acquérir, ne rien dire un bon moment, et produire l’engin à la face de la maisonnée, de temps en temps, comme s’il avait toujours été là.
Quand l’ampleur de la dépense nécessite ipso facto la mansuétude du Ministre des Finances, il faut la jouer plus fine encore. Toutes les semaines en période de chasse, prétendre qu’il y a des pièces qui cassent, et de ce côté, les analogies avec le monde automobile sont une aubaine. Rouler avec un véhicule dangereux peut laisser croire, que tout notre arsenal serait, lui aussi, un bric-à-brac vieillot qu’il importe absolument de rénover pour de nécessaires raisons de sécurité, surtout à la chasse. Un accident, n’est-ce-pas, est si vite arrivé non et on voit ça tous les jours dans les journaux ? Toutes les petites péripéties inévitables sur le terrain peuvent alors être utiles : le deux-coups qui tombe, et dont la crosse est bosselée devient in petto inutilisable, et la vieille canardière qui recule trop et blesserait l’épaule endolorie par l’âge, implique d’acheter tout de go un « light » non ?
Les anecdotes de chasse, judicieusement distillées dans la saison sur les ratés au saut du layon donnent l’ouverture : la nouvelle arme n’est jamais un luxe, mais l’équipement nécessaire que tous les copains possèdent (ou vont avoir, c’est la même chose !), utilisent avec succès, et que c’est presque à la limite un placement qui ne viendra jamais grever les finances du ménage. Laisser même entrevoir, qui sait, la possibilité de plus-value et de « culbute » en « collection », un mot magique car anodin, de la même manière qu’on accumule bien gentiment les timbres, ou les ronds de serviettes. Il faut savoir laisser négligemment sur la table du salon, les publicités, montrer l’urgence qu’il y a de profiter des offres mirifiques baptisées promotions, au pire, proposer de se séparer d’un ou deux éléments pour obtenir un nouveau jouet. Certains armuriers complices peuvent même entrer le jeu et dès qu’apparait la fameuse « affaire » en dépôt-vente, en parler sans arrêt pour l’étourdir un peu, disons autour de la date fatidique du « grand truc de la St-Luc » qui, chacun le sait (fin octobre) n’est qu’à quelques encablures de Noël…C’est comme ça que le beau Merkel que je chéris, tout comme la donatrice compréhensive bien sûr, a rejoint, il y a bien des lustres, le troupeau !
Il faut avoir la patience du paloumaïre et comme le vol d’oiseaux bleus « qui baisse…qui baisse », suivre et finalement abattre d’un coup bien ajusté la belle soit disant « occase » à quelques centaines d’euros pour se faire décerner in extrémis le satisfecit : « c’est un beau fusil, et pour quelques centaines d' euros, tu as bien fait ». Enfin les grands moyens moraux : lui dire avec toute la gravité nécessaire que l’égoïsme est la première cause de divorce en France bien loin devant l’adultère, et faire quelques comparaisons utiles. Chez nous, la passion dans le camp d’en face c’est la course à pied, et les paires de godasses de running qui s’empilent valent bien n'est-ce-pas, notre quincaillerie, ce qui met immédiatement fin aux commentaires désobligeants. Et puis il y a l’humour. Quand ma femme regarde un peu trop dans le coffre et pense que je suis fou, je la dissuade de trop se plonger là-dedans, où dès qu’on fermerait la porte, les affres du rut séviraient à l'intérieur, et les fusils, comme les lapins, se reproduiraient entre eux ! Morale de l’affaire, le pardon est plus facile à obtenir que la permission, donc félicitations pour votre nouvel achat, mais faites gaffe !


