22 LR : oser Toz ?
Dans les années 2000, et l’ouverture (dont on sait ce qu’il en est advenu de nos jours aux pays communistes !), des armes russes puis chinoises, fut bien plus décisif dans les pays anglo-saxons que chez nous où le 22 LR, banni de la chasse, est plutôt l’apanage des tireurs sportifs. Les carabines russes TOZ, puis chinoises Norinco (1) s’affrontèrent successivement sur le rapport qualité-prix.
Dans les deux cas, ce fut l’évolution de carabines d’instruction ou de « cadets », ici des organisations de jeunesse type « komsomols » dont la fabrication débuta en 1927 (Toz 8) à raison d’un bon million jusque dans les années 50. Rien de techniquement « révolutionnaire », le verrou s’effectuant comme bien souvent via la poignée de chargement avec quelques améliorations pour le sport (Toz 9 de l’ingénieur Kochetov), où les loisirs nature en interne (Toz 11) puis la répétition cinq coups (Toz 17) à partir de 1956. Fabriquées à l’arsenal de Tula, elles parvinrent en Europe sous la forme de surplus parfois baptisés Baïkal ou Vostock pouvant intéresser les sociétés de tir pour l’initiation du fait de leur robustesse, et leur précision sur le modèle Toz 78, disponible en plusieurs versions (2) à partir de 1986.
Les subtilités de l’embargo firent le jeu, comme on l’a vu, des Chinois, pas encore frappés par le « ban » des années Clinton, ni très au point dans la fabrication, avec la JW 15, copie de la Brno N°2 quand les Russes et autres pays abrités derrière le rideau de fer étaient encore tricards. Mais les Toz, déjà disponibles en surplus, par exemple dès les années 80 en Australie étaient bien au-dessus des Chinois en qualité, avant leur ouverture à l’Europe lors de l’IWA et surtout du Shot Show de Las Vegas 2006…qui vit d’ailleurs immédiatement Winchester s’engouffrer dans la brèche et importer la Toz 78 sous l’appellation « Wildcat » au prix de 100 dollars. Voir ci-dessous à g.
C’est ce modèle 78 qui est souvent comparé en terme de fusil à répétition sur les forums et dans la presse (3) aux autres carabines d’accès, et qu’il faut observer plus attentivement. Hormis l’aspect typé militaire, bois de qualité variable, plaques de couche en bakélite rougeâtre des chargeurs d’AK 47, et la modularité 5-10 coups, le taux de torsion (4) était de 1/14, soit un tour pour 36 cm de longueur de canon. Il était obtenu de manière primitive en « tordant » le canon qui, en se réchauffant lors de tirs répétés, pouvait se « souvenir » plus ou moins de son ancienne forme, et affecter la précision néanmoins renommée de cette arme : 0,5 pouce ou 12mm à 50m avec impérativement des balles lourdes subsoniques de 40 grains.
Elle était aussi obtenue par une chambre à l’alésage très court, presque « match » avec très peu de vol libre, qui, selon la dimension des munitions pouvait offrir une résistance à la fermeture, et autres menus désagréments si l’on en croit les forums : balles marquées, copeaux de plomb, étuis soufflés côté percussion. Les 4 rayures étaient au diamètre d’alésage classique de 5,5 imposé par le CIP après 1914, mais diamètre des rayures plus large (5,7) pour mieux enserrer les balles, que les 5,4 à 5,3 d’avant ces préconisations, et plus proches (2mm) de la chambre habituelle de 14,8 mm. Cet aspect de balles « forcées », améliorait la précision, mais fallait trouver comme on dit, chaussure à son pied, ce qui est toujours plus ou moins le cas dans ce calibre particulièrement capricieux, et où l’offre est considérable…
Le principal intérêt en école de tir, sur les versions nanties du réglage détente, était de disposer des deux vis offrant les deux grands principes du lâcher (5) : fluage (sear engagement) et poids de traction (trigger pull force) donnant un réglage fin pour les réalités du plinking et de la chasse (2 à 3,5 lb), et bien sûr beaucoup moins pour le tir à la cible. C’est ce qui donne à ces carabines une cote (250 à 400 euros) qui dépasse largement le prix où elles étaient vendues il y a vingt ans, et une renommée bien supérieure aux Norinco auxquelles elles sont, à tort, trop souvent opposées.
Les Chinois, même s’ils se sont améliorés ont fait les frais en réputation d’une fabrication de départ erratique, d’ailleurs sur des machines-outils massivement fourguées par le « grand frère » (6), l’offre sur le Net, pouvant faire l’objet d’une véritable loterie en matière de fonctionnement et de précision. Paradoxe des sinuosités de l’Histoire, Norinco inonda le marché nord-américain, au moment où c’était une copie plus ou moins acceptable des Brno alors inaccessibles car venant du Bloc de l’Est, avant de se retrouver à son tour dans le collimateur de l’Oncle Sam. Ce sont maintenant des collectors recherchés pour les amateurs d’exotisme un tant soit peu bricoleurs. La situation internationale, actuelle, bien loin des « lendemains qui chantent » attendus il y a bien longtemps, semble vouloir inexorablement éloigner loin de nous toutes ces armes solides et bon marché qui permirent à des générations de s’initier au tir.
1/Voir archives du 9 janvier 2022.
2/Avec détente réglable, canon lourd (78-5) ou filetage de silencieux (78-4).
3/En France, la magazine Action présenta la Toz 78 en 1997, et un face-à-face avec la CZ 452 dans son édition de juin 2008.
4/ Voir archives sur le taux de torsion des 22 LR du 11 janvier 2022.
5/C’est la difficulté d’atteindre un équilibre entre la meilleure sensation et la manipulation sûre dès que la sécurité est désactivée. Tous les fabricants mettent en garde toute intervention là-dessus si on n’est pas armurier. Le poids de traction fait en usine est un compromis de réglages et d’ajustements sur le déclenchement avant et après (pre travel et over travel) que la gâchette commence à se désengager.
6/Voir archives du 23 avril 2022.




