Balles...et Russes : pour faire danser les ours ?
Les balles lettonnes DDupleks, l’actualité du Net peuvent attirer l’attention via leur expérimentation spectaculaire sur un site américain sur les « balles russes » venues du froid qui, en fait, remettent au goût du jour de vieilles recettes. Un phénomène né, il y a trente ans, de la chute du rideau de fer où on découvrit les « bricolages » de chasseurs livrés à eux-mêmes, pendant un bon siècle.
Qu’il s’agisse du temps des tsars ou de l’empire soviétique, il ne faut pas oublier qu’il y a dans ces vastes steppes des animaux aussi lourds et dangereux qu’en Amérique du Nord. En URSS où il n’existe pas de firmes d’armement privées, les chasseurs vivaient hors du temps et du monde, et le « système D » était roi. Le rechargement était un passe-temps courant, l’accès aux PSF limité, la poudre noire familière car ce propulseur le plus rustique est, de plus, le moins sensible au froid. Dans les années 70-80, les seuls « deux coups » étaient permis pour une période probatoire de 5 ans avant d’accéder à des carabines (1), souvent des SKS bien usées de surplus et dans un calibre un peu faiblard, celui de la fameuse Kalachnikov. La PSF (Sokol Poroha) ne fut standardisée qu’à cette époque, selon un moyen mnémotechnique de « moins trois » en quantité pour passer de l’une à l’autre, mais plus facile à retenir face à la poudre noire toujours présente dans la toundra jusque dans les années 80.
Toutes les recettes bien connues de rechargement circulaient sous le manteau et bénéficièrent de réimpressions (voir le prospectus ci dessous à g.) jusqu’à la chute du mur pour les balles PMDK (Pulya Metallicheskaya Dvyeneadzat Kalibr), le « M » de Métal, signifiant un alliage bien plus dur que le plomb et plus léger pour un calibre 12 plus étroit qu’en Europe (17,52 contre 18,5). Tout comme la Chine ou le Japon, la Russie fut longtemps à la remorque des innovations britanniques et européennes de chargement qui transpiraient via les pays voisins comme la licence Brenneke achetée dès 1910 via la famille lithuanienne Jakanis, et la balle « Jakan », ou les copies Stendenbach en forme de diabolo. Y étaient également connues des genres de balles-flèches à empennage en bois Von Witzleben, et même le système britannique Paradox que maudissaient les forgerons des kolkhozes travaillant au noir, car il fallait péniblement meuler jusque dans les années 60, cinquante mm de bout de canon en acier très dur. C’est ce même acier intraitable qu’on retrouve pour toute la famille des fusils Baïkal de nos jours. On suivit aussi les travaux des concurrents de Brenneke en Suède : dès 1900 le lieutenant Almquist fit pour les canons Husqvarna à rayures droites l’Uppsala deer ball (creuse et rainurée pour spin à gauche) et l’Elkugan à bourre feutre.
Concrètement, les chasseurs de la taïga devaient s’adapter, notamment pour la chasse hivernale à l’ours tiré de près, à la tanière. Il s’agissait de gros projectiles de 32 grammes, mais comme on l’a vu, d’un diamètre plus étroit (16,5) et plus longs car dans un alliage plus dur mais plus léger, le plus souvent en « dépiautant » des munitions standard en carton huilé ou plastique produits par les coopératives dont on fondait la grenaille dans des moules grossiers de 9 à 11 mm de diamètre, avec comme principal souci derrière, de plus ou moins « ensaboter » l’ensemble. C’est ce qui explique ces prodiges d’inventivité qui furent redécouverts dans les années 2000 quand la perestroïka permit de jeter un œil sur comment opéraient les chasseurs russes. Cela allait des vieux « postes à loups » tels ceux qu’on avait utilisé pour la bête du Gévaudan (2) avec des roulements à billes sous-dimensionnés « collés » à des bourres grasses classiques, ou guidés par toutes sortes de manchons et de concentrateurs. On pouvait utiliser des projectiles tournés, des noyaux de laiton à insérer dans du papier journal, ou des emballages divers, ceux de boites à lait en paraffine étant les plus prisés car assurant en plus une sorte de lubrification ultime de fortune.
L’apothéose de ce mouvement se fit en 2017 grâce à Internet et aux USA où il existe une forte popularité sur le « cast bullit » et la fonderie, du fait de l’ancienneté dans la pratique américaine des balles « pumpkin » (3) participant de ce même esprit de la débrouille locale avec les moyens du bord avec la balle Svarog HP. Une 34, 7 grammes (ci-dessous) pré-fragmentée que l’on peut charger « en kit » en surveillant les lignes de pression, et assez peu différente, en fait, des anciennes balles Lyman. Dans notre pays où le rechargement a quasiment disparu, la chevrotine passée de vie à trépas, l’offre commerciale est suffisamment vaste pour que les chasseurs n’aient à pas trop se casser la nénette avec toutes ces manips qui peuvent, à la limite, intéresser ceux qui font du « practical » avec des cartouches d’entrée de gamme pour mieux renverser, plutôt que les ours excités car sortis sans ménagement de leur sommeil hivernal…les cibles métalliques !
1/ « Ohotnichye ruchyo » le fusil de chasse et « vintovka » la carabine.
2/ Voir archives à partir du 3 mars 2015, en quatre épisodes, notre interprétation, vue sous l’angle du chasseur, de cette énigme historique. Nous penchons nettement vers un ou plusieurs hybrides ce que confirme l’autopsie et le rapport du notaire royal Marin, après la mort de la bête tuée par Chastel.
3/ Balles « citrouille » ou balle franches rondes ; voir archives du 6 novembre 2021.
Nouvelle petite trêve du site : prochain envoi après le 15 août



