Bizarreries et curiosités des chinoiseries Norinco
Comme il fallait s’y attendre, notre essai, en début d’année (1) de la carabine JW 15 nous a valu quelques réactions aigres-douces du milieu des tireurs. Nous avons donc épluché l’historique opaque et plutôt ténébreux de ce monde flottant qui nous inonde depuis quatre décennies, rien que pour le 22 Long Rifle d’une bonne demi-douzaine (2) de modèles « JW ».
Le terme lui-même est controversé : initiales d’un fameux général ou classe de frégates ? Les premières traductions des importations américaines (Strong Wind) collent plutôt à Jiang Wei ou « vent fort » qui commença à souffler dès les années 80 avant que le « ban » Clinton mette fin aux importations venant de la Zhongzhou Factory en 1994. Aux USA elles se firent d’ailleurs sous plusieurs noms (Interarms, Century, Clayco, Ithaca) avec déjà une réputation de « plinkers » solides, fonctionnels et précis pour le prix (150$) mais aux finitions et fonctionnements aléatoires.
Il faut un peu revenir en arrière pour comprendre comment ça s’est passé dans le bloc communiste après-guerre, et les énormes plans de transfert de technologie dans les années 1953-1957, et pas moins de 156 grands projets industriels concernant, la chimie, l’énergie, et en ce qui nous concerne ici, les machines-outils allégrement pillées sur l’Allemagne vaincue. Les travailleurs chinois durent fonctionner au plus vite sur des usines quasiment dupliquées, ce qui eut des effets secondaires sur les normes des matériaux et des pratiques d’ingénierie clairement séparées entre production et recherche et développement…celle-ci passant au second plan dans l’urgence de la lutte contre les vilains « Capitalistes » ! Corée et Japon, dans l’autre camp s’émancipèrent bien plus vite pour s’adapter aux avancées rapides de l’armurerie occidentale. L’imitation étant la forme la plus sincère de la flatterie, bien d’autres en Europe copiaient des brevets introduits par des gens qui ne les possédaient pas. Après tout, en 1958, le Modèle 1 de Brno était en 1945 un concentré (3), de toutes les carabines de « cadets » allemandes (Mauser, Walther, Haenel), elles-mêmes largement inspirées de la Winchester 52.
Les Chinois firent même, avant le JW 25, au look Mauser 98, un KW 22, plus court que le modèle Haenel, pour Frankonia en important de vraies pièces (écrous et vis, mécanismes détente) fabriquées à Brno, et surmontées de lunettes de visée « Norconia » contraction des noms des deux groupes, ce qui entretint, dès le départ le flou sur une sorte de « qualité allemande » de ces importations aux yeux bridés. Le modèle EM 332, jamais importé en France, ci-contre à g. vanté comme équipant l’équipe nationale chinoise aux J.O. allait même beaucoup plus loin, marchant sur les plates-bandes des TOZ russes. C’était une copie de l’action 54 Anschütz avec détente réglable à deux étages, crosse Monte Carlo contenant deux chargeurs 5 coups de rechange (voir ci-dessous à dr. ), canon de 20 pouces (50,8cm), pontet en alu sablé. Vendue 400$ dans tout le monde anglo-saxon, tout comme sa version NS 522 plus légèrement configurée mais avec la même action, elle est très recherchée, tout comme d’ailleurs tous les modèles JW 15 qui traînent chez les prêteurs sur gages et dans les « gunshows » de nos jours.
Dans les années 80 elles se vendaient comme des petits pains car copies des Brno…interdites car venant, en pleine « guerre froide » du monde communiste, et maintenant c’est l’inverse, mais elles sont appréciées car ce sont de bonnes armes de départ pour expérimenter et apprendre, capables du meilleur comme du pire. Leur finition disons « crue », pour être gentil, soit pose problème, soit se règle en tirant pas mal de cartouche ou en jouant de la Dremmel. Ce qu’il faut savoir néanmoins : leur acier est extra dur car le canon est entièrement traité thermiquement, difficile donc de le raccourcir, où percer ou tarauder atteint les limites du particulier, surtout s’il est sommairement équipé. Le canon n’est pas flottant, les apôtres du « bedding » se heurteront à une véritable loterie tant les bois sont variables avec des essences locales improbables (chu, catalpa, sorte de balsa, voire copeaux agglomérés ?) et parmi les pires finitions en épaisseur de vernis appliqué avec une queue de vache ! Malgré tout, les bricoleurs aimant les défis peuvent en faire des « customs » comme cette arme (tout en bas à g.) pour la silhouette smallbore : l’action Norinco a été conservée, montée sur une crosse Winchester 52 modifiée et un canon lourd Shilen.
Le taux de torsion qui est de 1/14,3 au lieu du 1/16 traditionnel en 22 LR, et la chambre légèrement surdimensionnée impose de tester les munitions. De ce fait, c’est une des rares carabines qui va bien stabiliser les balles longues et lourdes comme l’Aguila SSS de 60 grains, l’idéal semblant être la classique 40 grains, ou mieux, une 50 qu’on peine à trouver. Dans tous les cas, (ce que nous avons fait immédiatement !), lui offrir un chargeur résine CZ qui vaut certes une blinde (45 euros) mais au fonctionnement onctueux et impeccable, et en plus élégant, car s’intégrant bien au devant en 5 coups. La détente peut s’améliorer via les tutoriels classiques que l’on trouve sur le Net (ressort pousse mousse, stylo bille, ou jouer sur les spires mais en y allant mollo, car la sécurité de l’arme est en jeu). Celle de notre essai, venant d’un grand importateur du Centre, et sans doute comme beaucoup de ses émules armuriers confirmés, avait été parfaitement travaillée et refaite dans tout ce qui concerne l’action où toutes les traces d’usinage étaient encore bien visibles, mais ce n’est pas forcément le cas de celles qu’on achetait en pack, brut de décoffrage sur le Net (4). Et nous pouvons vous confirmer que, comme dans la vie, si on aime les jolis minois (entre autres…) de carabines, on peut parfaitement se contenter de méchants laiderons…pourvu qu’ils tirent bien !
1/ Voir archives du 9 janvier 22
2/JW 22 au look Mauser, JW 23 en 22 Magnum, JW 11 à canon court, JW 21 à levier, JW 14 semi-automatique, ATD clone de la Browning SA 22.
3/Voir archives du 23 avril 22.
4/Le faible prix d’entrée permettait, si trop d’ennuis, de la remplacer directement en échange standard sans avoir à se décarcasser à mettre un armurier à bosser dessus. Les armuriers sérieux exigeaient sans doute un cahier des charges qualitatif précis, que quelques heures de travail permettaient de peaufiner, sans avoir de « retour » pièce pour pièce toujours commercialement délicat.





